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Défilé de camions-citerne pour alimenter en eau sept villages de l’Aveyron

L'eau abonde habituellement sur le plateau du Carladez, dans l'Aveyron, mais la sècheresse persistante perturbe le débit de la rivière Siniq, et des camions-citernes se relaient pour approvisionner en eau...

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Des camions-citernes à Thérondels, ans le département de l'Aveyron, le 8 août 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Lionel BONAVENTURE)

L’eau abonde habituellement sur le plateau du Carladez, dans l’Aveyron, mais la sècheresse persistante perturbe le débit de la rivière Siniq, et des camions-citernes se relaient pour approvisionner en eau les 3.000 habitants de sept villages.

Carte de France métropolitaine localisant les restrictions d’eau et les zones concernées par des arrêtés préfectoraux, au 8 août (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Alice PALUSSIERE)

« Depuis ce lundi, nous avons cinq camions par jour qui viennent injecter de l’eau dans la station de traitement des eaux de la communauté de communes », explique Pierre Ignace, le maire de Mur-de-Barrez, village pittoresque de 800 habitants, où les vacanciers affluent au mois d’août, notamment des Aveyronnais de Paris.

Le niveau du Siniq, seul cours d’eau à alimenter le bassin, est au plus bas. Son débit dépassait largement les 100 mètres/seconde en 2021, il est descendu à 30 m/s cette semaine.

Les camions semi-remorques se succèdent au centre de traitement des eaux près du village de Thérondels, flambant neuf et bardé de panneaux solaires pour lui assurer une autonomie énergétique.

– Pic de consommation –

En une trentaine de minutes, les 28 m3 de la citerne sont déversés dans le réservoir de la station, « en espérant que cela permette de passer le pic de consommation du 15 août. C’est la solution qu’on a trouvée pour ne pas couper l’eau courante, et ne pas en venir à la distribution de bouteilles d’eau aux habitants », confie le maire. 

Les maires ont appelé les habitants du Carladez à réduire la consommation d’eau. L’effet a été immédiat. Elle est passée de 2.000 à 1.200 m3 par jour.

« On fait attention, on n’arrose pas, on ne lave pas les voitures, on utilise le moins d’eau possible. Tout le monde fait un effort », témoigne Catherine Lafortune, 67 ans, venue passer ses vacances dans sa maison de famille de Mur-de-Barrez.

Le centre aquatique Natura, avec ses piscines et toboggans, très prisé durant l’été mais trop gourmand en eau (10 m3/jour), a été fermé fin juillet.

« C’est un été compliqué, poursuit le maire. En plus, le lac de Sarrans est interdit à la baignade en raison d’une bactérie liée aux fortes chaleurs. C’est la double peine, pour les jeunes surtout ».

« J’ai un forage, mais je ne l’utilise pas, l’eau c’est le bien commun. Il faut apprendre à vivre avec moins d’eau », lance le propriétaire de l’auberge de Barrez, Uri Pinchas-Naor, qui a grandi en Israël, où « chaque goutte d’eau compte ».

– « Aberrant » –

Les collines habituellement verdoyantes du Carladez, à quelques kilomètres du Cantal, ont jauni sous les effets de la sècheresse. Les dernières pluies remontent au mois de juin. Dans les pâturages, les vaches cherchent l’ombre ou s’allongent dans l’herbe, accablées par la chaleur.

« Les vaches sont fatiguées, c’est très dur pour les bêtes, elles produisent moins de lait. On a encore un peu d’herbe, mais c’est inquiétant », confie Daniel Prunet, éleveur d’une centaines de Brunes, près de Mur-de-Barrez.

« On a fait moins d’herbe que les autres années, on va bientôt devoir attaquer le stock d’herbe prévu pour l’hiver, on va manquer de nourriture pour les animaux en 2023 », alerte l’agriculteur, favorable à des lacs collinaires (réserves d’eau) pour la stocker pendant l’hiver, afin de faire face aux périodes de sècheresse.

Le jeune maire de Mur-de-Barrez s’interroge. « Lacs collinaires? Récupération des eaux de pluie? Repasser en régie directe plutôt que de rester avec Véolia (le concessionnaire actuel)? En tout cas il faut repenser la politique de l’eau ». 

Avant sa mise en service en juin 2022, la station de traitement des eaux Thérondels, un investissement de 5 millions d’euros, avait suscité des divergences.

« Tout le monde savait que le débit du Siniq n’était pas suffisant pour alimenter le Carladez, et que cette usine n’avait pas d’avenir, que c’était un investissement risqué », tempête Jean-François Pagès, un des élus de la communauté de communes qui s’étaient opposés au projet.

« On voit où ça nous mène. Aller chercher l’eau avec des camions-citerne… C’est une aberration sans nom, dénonce-t-il, il faut se pincer pour le croire ».

Annie Cazard, vice-présidente de la communauté de communes, met en avant que « tous les experts étaient favorables au projet, que l’Etat a donné son feu vert et subventionné ». 

Lundi, un stock de bouteilles d’eau a été livré à la communauté de communes, par précaution. Les élus espèrent qu’ils n’auront pas à les distribuer.

ap/dmc/mpm

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