Chaque année vers la Pentecôte, la cité corsaire devient une tour de Babel littéraire. Étonnants Voyageurs, fondé en 1990 par l’écrivain Michel Le Bris, s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous culturels français. Depuis 2021, c’est Jean-Michel Le Boulanger, auteur et ancien vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, qui en assure la présidence. Comme l’ensemble du secteur culturel, l’événement subit de plein fouet la stagnation des dotations publiques. Dans le même temps, les charges ont grimpé jusqu’à 15 % en cinq ans sur des postes comme la restauration ou les déplacements. Après avoir réduit ses propres coûts, le festival s’est résolu à bâtir un nouvel équilibre en diversifiant ses sources de financement.
Les entreprises embarquées dans l’aventure
Jean-Michel Le Boulanger a lancé le club des « Compagnons de voyage », un outil stratégique pour structurer la recherche de fonds privés auprès des entreprises du territoire. Et la proposition va bien au-delà des avantages fiscaux qui existent. Pour l’édition 2026, les mécènes disposeront d’un espace privatisé dans le Palais du Grand Large, pour y accueillir clients et partenaires. Mieux encore : le lancement du club a été marqué par une intervention de Jean-Yves Le Drian – envoyé personnel du président de la République au Liban – venu analyser les enjeux géopolitiques actuels au Moyen-Orient.
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Parmi les mécènes déjà engagés, Lobodis, le torréfacteur basé à Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Son directeur général, Frédéric Lerebour, y voit une démarche qui dépasse largement la logique RSE : « Il y a une forme de militantisme par rapport au soutien à la culture. C’est quelque chose de fondamental, c’est un acte civique. » Pour lui, le club crée aussi des synergies inattendues entre acteurs du territoire : « On a l’idée de faire cause commune avec plusieurs acteurs économiques, dans des secteurs d’activité qui ne se croisent pas naturellement. » Jean-Michel Le Boulanger, lui, martèle son argumentaire auprès des dirigeants hésitants : « Plus la Bretagne est culturellement riche, plus son image est positive – c’est un atout économique fort. » Le club doit encore grossir pour tenir ses ambitions. Les 23, 24 et 25 mai prochains diront si la cité corsaire a su convaincre ses entreprises d’embarquer.