Couverture du journal du 30/01/2026 Le nouveau magazine

GRAND FORMAT. « Le statut de bailleur privé réactive un marché sous assistance respiratoire »

Dans un contexte national marqué par la crise du logement neuf, la Bretagne semble connaître des signaux de reprise. Malgré tout, la complexité réglementaire, la rareté foncière et la frilosité des investisseurs continuent d’alourdir l’équation. Nolwenn Lam-Kermarrec, présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) Bretagne et dirigeante de Kermarrec Promotion, et Alain Gautron, président de la Chambre des Notaires de l'Ouest (anciennement nommée Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Rennes), s’expriment sur une situation jugée fragile mais réversible, à condition de redonner des perspectives aux acteurs du secteur immobilier.

Nolwenn Lam-Kermarrec, présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) Bretagne et dirigeante de Kermarrec Promotion, et Alain Gautron, président de la Chambre des Notaires de l'Ouest (anciennement nommée Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Rennes)

Nolwenn Lam-Kermarrec, présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) Bretagne et dirigeante de Kermarrec Promotion, et Alain Gautron, président de la Chambre des Notaires de l'Ouest (anciennement nommée Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Rennes) ©7Jours/Didier Echelard

Vous êtes tous deux aux avant-postes du secteur immobilier breton. Quel est l’état du marché de la promotion aujourd’hui en Bretagne ?

Nolwenn Lam-Kermarrec. Le contexte reste compliqué, mais la Bretagne résiste mieux que d’autres régions. Sur les neuf premiers mois de 2025, nos ventes progressent par exemple de 14 %, quand la moyenne nationale est à -10 %. Notre région est dynamique, résiliente, avec une prévision de 300 000 nouveaux habitants d’ici 2040. Cela implique un besoin urgent de logements. Or, la production est inférieure aux besoins. Avant le retournement du marché en 2022, nous construisions déjà moins de 20 000 logements par an, alors qu’il en faudrait 23 000. Aujourd’hui, le stock disponible se raréfie. Cette tension sur l’offre, conjuguée à la hausse des coûts, pourrait entraîner un effet ciseaux inquiétant. Le secteur fait tout pour tenir, mais il a besoin d’un appui politique clair.

Alain Gautron. Ce regain d’intérêt se perçoit également dans nos études, même si notre activité reste légèrement décalée dans le temps. Les ventes en l’état futur d’achèvement (VEFA) avaient fortement reculé, à l’exception des logements proposés via le Bail Réel Solidaire. Aujourd’hui, nous observons un léger rebond, notamment en fin d’année 2025. Les acquéreurs se remettent à signer, et le marché se fluidifie progressivement. Mais l’ensemble reste fragile. Nous avançons sur une ligne de crête.

Cette tension foncière est-elle exacerbée en Bretagne ?

N.L.-K. Oui, le littoral attire et la rareté foncière s’intensifie avec la Loi ZAN. Mais cette contrainte est aussi une forme d’équilibre : nous avons la chance d’avoir une diversité d’acquéreurs (propriétaires occupants, résidences secondaires, investisseurs) qui permet aux opérations de tenir économiquement. À l’échelle d’un programme, les ventes en résidence secondaire ne sont pas majoritaires, mais elles jouent un rôle clé. Si certaines communes interdisent totalement ces acquisitions, comme à Cancale, cela peut déséquilibrer les plans de financement. Car ces ventes dites « de confort » permettent aussi de financer les logements sociaux. Si nous coupons cette branche, c’est l’arbre tout entier qui vacille.

Nous avons la chance d’avoir une diversité d’acquéreurs qui permet aux opérations de tenir économiquement – Nolwenn Lam-Kermarrec

A.G. L’équilibre économique de chaque opération repose sur la diversité des acquéreurs. Si nous restreignons trop certaines catégories, comme les acheteurs de résidences secondaires, nous fragilisons la capacité à financer les 20 à 30 % de logements sociaux attendus. C’est un équilibre délicat, qu’il faut préserver. En parallèle…