Après les Tribunaux de commerce de Rennes, de Lorient, et de Saint-Malo Dinan, c’était au tour de la juridiction de Vannes de tenir son audience solennelle de rentrée ce mercredi 28 janvier 2026. Entouré de nombreuses figures du monde économique vannetais, son président Michel Pavec a fait état du bilan du tribunal pour l’an passé. En 2025, l’activité du Tribunal de commerce de Vannes a été soutenue. Ce dernier a rendu davantage de jugements qu’en 2024. Ils sont au nombre de 896 en 2025 contre 765 en 2024, soit une hausse de 17 % et de 44 % par rapport à 2023.
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Ce qui s’explique en partie par l’augmentation de 13 % du nombre de redressements judiciaires au chapitre des procédures collectives. Le tribunal en dénombre 77 en 2025 alors qu’il en comptait 68 en 2024. Leur nombre a doublé comparé à 2023.
Le bâtiment et la restauration à la peine
Un phénomène contrebalancé par la baisse des liquidations judiciaires. En repli de 3 %, leur nombre s’établit à 179 en 2025, contre 184 en 2024. Pour autant, les salariés ont été moins impactés car ces procédures concernaient essentiellement de petites entreprises (EI, TPE et des PME) composées de faibles effectifs.
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Autre élément saillant : le tribunal a adopté plus de plans (sauvegarde, continuation et cession). La juridiction en comptabilise 26, tandis qu’elle en recensait 11 en 2024 et huit en 2023. Preuve, selon Michel Pavec que « le tribunal est là pour sauver les entreprises et les emplois surtout si le chef d’entreprise s’adresse rapidement au tribunal ». Il note au passage que deux secteurs souffrent en raison d’une trésorerie tendue : le bâtiment et la restauration.
Plus d’immatriculations, plus de radiations
Pour ce qui est du registre du commerce, on constate plus d’immatriculations d’entreprises, mais également plus de radiations. Quelque 2 909 immatriculations ont été enregistrées, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024. Pas moins de 1 192 radiations ont été comptabilisées, ce qui représente une augmentation de 18 %. « Ça s’équilibre », estime Michel Pavec. Parmi les immatriculations figurent beaucoup d’entreprises individuelles, ce qui mérite, selon lui, « une lecture prudente, certains commerces servant au blanchiment d’argent issu du trafic de stupéfiants. Le tribunal judiciaire est vigilant à ce sujet. »
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En matière de prévention, Michel Pavec a rappelé l’importance de faire de la justice commerciale un « levier d’action rapide et efficace ». Avec deux mots d’ordre. « Nous devons agir plus tôt pour détecter les difficultés avant qu’il ne soit trop tard notamment pour les petites entreprises. Nous devons aussi responsabiliser davantage les dirigeants, en encourageant la transparence et la déclaration rapide des difficultés. »
Sentinelles recherchées
Car les difficultés jugées inextricables peuvent conduire le chef d’entreprise au silence et affecter sa santé mentale. Parfois jusqu’au drame. De par son engagement, Philippe Laumaille, président de l’Apesa 56, en sait quelque chose. Pour éviter ces situations, il invite les volontaires à adhérer à son association ou à devenir des sentinelles qui se donnent pour mission de repérer les chefs d’entreprise en difficulté. « Nous devons augmenter la surface de contact entre les sentinelles et les chefs d’entreprise. Plus il y aura de sentinelles sur le territoire, plus il y aura de chances de s’en sortir. »
Quatre nouveaux juges commerciaux à Vannes
Quatre nouveaux juges consulaires ont été élus en octobre 2025 pour deux ans. Parmi ceux-ci : Bruno Tranchard, président de Seritech et Frédéric Ferrario, fondateur de l’enseigne Story qu’il a revendue avant de s’intéresser à la formation. Nouveaux juges commerciaux, Nadine Kerguen a cédé son entreprise TNK alternance et Olivier Smague la sienne nommée BforPub et conserve une activité dans l’immobilier. Tous les quatre, veulent mettre à profit leur expérience. « Nous avons aimé monde économique. Il y a beaucoup de choses à faire. Nous aimerions apporter notre connaissance de l’entreprise au tribunal », souligne Nadine Kerguen. Les quatre juges suivent une formation sur six mois, amorcée fin 2025.

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Lutter contre le travail dissimulé et les fraudes fiscales
Lors de son discours qui a introduit l’audience solennelle de rentrée, le procureur auprès du tribunal judiciaire, Maxime Antier, a émis un vœu pour l’année 2026. Le même que l’année dernière. Il souhaite obtenir davantage de moyens pour lutter contre le travail dissimulé et les fraudes fiscales. Deux fléaux créant « une distorsion de concurrence qui impacte les entreprises. Il y a urgence à agir », a-t-il relevé, avant de déplorer le manque « d’enquêteurs spécialisés en matière économique et financière ».