Couverture du journal du 30/01/2026 Le nouveau magazine

ENTRETIEN. « Pour les TPE-PME, la donnée n’a de valeur que si elle permet de prendre une décision »

Structuration, pilotage, gains de marge, levée de fonds, intelligence artificielle… La data n’est plus un sujet réservé aux grands groupes. Arnaud Boudet, expert-comptable et fondateur de Comet Expertise (Rennes), et Jean-Baptiste Munoz, data engineer et cofondateur de Comet Data, croisent leurs regards sur un enjeu stratégique ; celui de la transformation d’un amas de données dispersées en un levier économique.

Arnaud Boudet, expert-comptable et fondateur de Comet Expertise, et Jean-Baptiste Munoz, data engineer et cofondateur de Comet Data.

Arnaud Boudet, expert-comptable et fondateur de Comet Expertise, et Jean-Baptiste Munoz, data engineer et cofondateur de Comet Data. © Comet Data

Les dirigeants de TPE et de PME produisent énormément de données sans toujours en avoir conscience. De quelles données parle-t-on concrètement ?

Jean-Baptiste Munoz. Cela dépend évidemment des secteurs d’activité, mais il existe une constante : la donnée financière. Qu’on soit dans le BTP, dans un laboratoire ou dans le commerce, à la fin de la journée, ce qui compte, c’est ce qu’il reste en banque. Ensuite, il y a les données métier : stock, chantiers, plannings, production, logistique… Dans le marketing, cela peut aller encore plus loin avec de la data liée au nombre de mails envoyés, au taux d’ouverture, de clics et de conversion. La donnée ne manque pas, mais la vraie difficulté, c’est d’en faire quelque chose.

Arnaud Boudet. Dans 100 % des TPE-PME, on retrouve de la donnée comptable à l’instar de la facturation clients, des achats, de la trésorerie… C’est une donnée mesurable, exploitable rapidement, et qui permet déjà de piloter le comportement client, de travailler les coûts fournisseurs ou d’anticiper des tensions de trésorerie. Ensuite viennent les données spécifiques à chaque activité. Mais la base financière est toujours là.

La data est-elle devenue un actif stratégique pour les petites entreprises ?

J-B. M. Oui, mais pour des raisons différentes selon le stade de vie de l’entreprise. Une entreprise en phase de démarrage concentrera son attention sur les indicateurs de conquête et de croissance, en observant de près la transformation commerciale et la dynamique d’acquisition. Une structure plus installée cherchera davantage à affiner son modèle économique, en scrutant ses marges, ses coûts et sa rentabilité réelle. Nous avons par exemple accompagné un laboratoire de compléments alimentaires pour animaux sur ses remises de fin d’année (RFA). La fiabilisation du calcul, grâce aux données, a permis de supprimer des doublons invisibles dans un océan d’informations. Ce laboratoire a évité près de 25 000 euros de versements indus sur un volume d’environ 200 000 euros. Là, la valeur est mesurable.

Beaucoup de dirigeants entendent parler de « valorisation de la data », mais cela reste abstrait. Que signifie concrètement valoriser