Dans un climat où l’industrie agroalimentaire est régulièrement sous le feu des critiques, l’ABEA a choisi la contre-offensive par le fait. Sous l’impulsion d’un collectif de figures de proue du secteur – Rémi Cristoforetti (Le Gouessant), Olivier Clanchin (Olga), Annie Saulnier (Geldelis), Sébastien Floc’h (Sill Entreprises), Pierre-Yves Jestin (Savéol) et Christian Griner (Even) – l’ouvrage entend déconstruire l’idée reçue d’un modèle monolithique et déshumanisé.
« Tout est écrit, chiffré, et par conséquent opposable », martèle Sébastien Floc’h, président du directoire de Sill Entreprises. L’ambition est claire : reprendre la main sur le narratif ambiant. Il ne s’agit pas de prosélytisme, mais d’une démarche de transparence pédagogique pour ouvrir le débat. Comme le souligne le président de l’association Rémi Cristoforetti, l’objectif est d’offrir un regard documenté sur le premier poumon économique de la région, un secteur qui, au-delà de sa fonction nourricière, fait face à des enjeux réglementaires et d’attractivité majeurs. Autrement dit, « À la bretonne » doit être « une arme de construction massive », selon les mots de Christian Griner, directeur général de la coopérative Even.
De la terre ingrate au leadership
Le livre retrace l’épopée d’une « terre pauvre » devenue, à force de solidarité et d’innovations collectives, un leader agroalimentaire de rang mondial. Ce modèle breton, fondé sur une relation étroite entre l’agriculteur et l’industriel, pèse aujourd’hui un poids colossal : 34 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 72 000 salariés. Le constat s’impose : la Bretagne nourrit désormais un Français sur trois.
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Conçu à la croisée du beau livre et du roman graphique, l’ouvrage explore la complexité de cette chaîne de valeur : de l’évolution des régimes alimentaires et modes de consommation (un chapitre particulièrement intéressant) aux défis énergétiques, en passant par les mutations structurelles de l’agriculture et la décomposition de certains coûts de production. Tout cela saupoudré d’une remise en perspective historique. Les nombreux chiffres et fun facts rendent la lecture ludique. Aussi on y découvre que sur les 120 crêperies industrielles de l’Hexagone, une centaine est implantée en Bretagne ; par ailleurs, 72 % des structures de la filière régionale sont des TPE.
2 000 exemplaires
L’ABEA profite également de cette parution pour réaffirmer son engagement environnemental. L’ouvrage souligne que la Bretagne n’attend pas l’horizon 2050 pour engager sa mue. Le livre met en exergue les efforts de sobriété déjà accomplis ou projetés : 76% des entreprises agroalimentaires bretonnes ont un projet de production d’énergies renouvelables à court terme. Le développement de la réutilisation des eaux usées traitées, autorisé par décret en 2024 après le lobbying actif des industriels bretons, y est défendu comme un levier stratégique pour garantir la pérennité de la filière et la souveraineté du territoire.
Disponible au prix de 21 euros sur une plateforme dédiée, l’ouvrage rencontre déjà un écho certain. Face à l’engouement, un second tirage est d’ores et déjà en préparation pour pallier l’épuisement imminent des 2 000 premiers exemplaires. Un livre qui tombe à point nommé pour alimenter le débat public sur l’avenir de notre souveraineté alimentaire. À lire ou offrir… sans faim, à quiconque souhaite nourrir sa réflexion.