Pourquoi avoir décidé de briguer la présidence du Medef Bretagne ?
Éric Challan Belval. Je suis engagé depuis longtemps comme chef d’entreprise dans cette organisation. Nous vivons un moment charnière car le monde que nous avons connu est en train de disparaître. Entre les déséquilibres géopolitiques, l’instabilité politique nationale et l’accélération des transitions numériques et climatiques, les entreprises ont besoin de visibilité et de stabilité. Cela dit, je ne crois pas à l’homme providentiel. Si je me présente, c’est parce que j’ai échangé avec de nombreux acteurs de l’écosystème, des chefs d’entreprise en passant par les branches professionnelles et les quatre Medef territoriaux. Un certain nombre d’acteurs avec qui j’ai travaillé m’ont convaincu que le projet que je portais correspondait à leurs attentes. C’est une candidature collective.
De mémoire de dirigeant, les défis que vous évoquez sont-ils inédits ?
E.C-B. Les chefs d’entreprise ont toujours connu des tempêtes. La particularité de celle-ci, c’est l’absence de porte de sortie visible à moyen terme. Nous naviguons dans le brouillard, sans signaux clairs venant du monde politique. Nous ne voyons pas d’horizon s’éclaircir avant 2027. Cette absence de perspective freine les investissements et les embauches. Pour la première fois, des entreprises historiquement solides montrent des signes de fragilité. Lorsque ce ne sont plus seulement des TPE mais aussi des ETI ou des groupes structurés qui vacillent, cela signifie que c’est l’ensemble du tissu économique qui est atteint.
Quelles sont les forces et les faiblesses de l’économie bretonne ?
E.C-B. La Bretagne est solide et résiliente. Nous avons un secteur agroalimentaire fort, une filière maritime et navale stratégique, une base industrielle de défense qui monte en puissance ainsi qu’un secteur numérique et cyber dynamique. La diversité économique est une force. Nous disposons aussi d’un maillage dense de PME et d’ETI, souvent familiales et enracinées dans le territoire. Cette économie d’ancrage est précieuse. La culture de coopération entre acteurs économiques et politiques dans notre région est également reconnue. Mais les marges s’érodent, les trésoreries sont sous tension et la concurrence internationale s’intensifie. Nous portons des charges réglementaires et fiscales supérieures à celles de nos concurrents européens. Cela pèse lourdement sur notre compétitivité.
Si vous êtes élu, quels seront vos grands axes d’action ?
E.C-B. Il y a d’abord l’emploi et la formation. Il faut réduire l’écart entre les besoins réels des entreprises et la cartographie des formations. Lorsque nous manquons de chaudronniers par exemple, il faut savoir adapter rapidement les dispositifs. Ensuite, il faut œuvrer la compétitivité. Une entreprise française supporte plusieurs milliers d’euros de charges de plus que leurs concurrentes allemandes ou européennes. Nous partons avec un handicap structurel dans la compétition européenne et internationale. Enfin, les enjeux de mobilité, de logement et d’attractivité sont essentiels pour sécuriser les recrutements et accompagner le développement économique régional.
Vous situez-vous dans la continuité du président sortant ou entendez-vous imprimer votre marque ?
E.C-B. J’ai beaucoup apprécié de travailler avec Hervé Kermarrec. La collégialité et l’implication des différents territoires et branches du Medef doivent d’ailleurs se poursuivre. Mais je suis différent. Je souhaite un Medef clair et puissant, nous devons expliquer que la création de valeur vient des entreprises. Rappelons que, par exemple, les entreprises françaises financent plus de 55 % des transports en commun et représentent près de 600 000 salariés en Bretagne. Il faut assumer et porter cette réalité dans le débat public. Si les entreprises sont fragilisées, ce sont l’emploi et le pouvoir d’achat qui le sont aussi. Il n’y a pas d’argent magique.
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