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Glaz Festival : 4 vidéos au musée des beaux-arts de Rennes

Inauguré le 16 novembre à Rennes, le festival Glaz, lancé par Christophe Godet, célèbre la photographie sous toutes ses formes, images fixes et animées. Le programme est ambitieux : 30 artistes venus des quatre coins du monde, des expositions, des conférences, des projections, des rencontres jusqu’au 7 janvier et dans 25 lieux différents.

Le Massacre des Innocents de Léon Cogniet ©DR

Le Massacre des Innocents de Léon Cogniet ©DR

En breton, Glaz évoque les couleurs changeantes de la mer et du ciel. Ce que l’on sait moins en Bretagne, c’est qu’en russe, Glaz signifie : œil. On ne pouvait rêver mieux pour évoquer le regard du photographe et la variété des écritures photographiques. La thématique retenue est celle de l’urgence, illustrée par les crises que connaît notre monde : politiques, économiques, sociales, climatiques, énergétiques, sanitaires. Et dont témoignent les photographes réunis par Christophe Godet.

L’urgence dans l’art

Comment les artistes plasticiens traduisent-ils cette notion dans leurs œuvres ? Point de départ de cette réflexion : le tableau du musée de Rennes : Le Massacre des Innocents de Léon Cogniet (1824), un tableau où l’on retient son souffle comme la mère et son enfant menacés par les soldats d’Hérode, deux êtres à sauver d’urgence.

En écho à cette toile, au musée des beaux-arts de Rennes sont présentées quatre videos sur le thème de l’urgence dans l’art, quatre vidéos qui évoquent le rythme effréné de notre monde contemporain. Elles soulignent par exemple notre soif de déplacements toujours plus rapides. Et parlent d’urgence politique en rejouant une scène révolutionnaire à l’issue inattendue.

TRESHOLD TO THE KINGDOM de MARK WALLINGER

Treshold to the Kingdom de Mark Wallinger ©DR

Treshold to the Kingdom de Mark Wallinger ©DR

Le Britannique Mark Wallinger met en scène au ralenti, des voyageurs arrivant à l’aéroport de Londres sur une musique du 17e siècle, un Miserere composé sur le 51e psaume de la Bible par Gregorio Allegri (1582-1652). Tournée en une seule prise depuis une position fixe, la video intitulée L’entrée au Paradis montre en vue frontale la porte des arrivées internationales. Pendant 11 minutes, les portes automatiques s’ouvrent et se ferment sur les passagers et membres d’équipage. Le sentiment de temps suspendu contraste avec l’effervescence qui règne dans les aéroports dont la raison d’être est d’offrir des liaisons rapides.

NOTES ON THE CIRCUS de JONAS MEKAS

Notes on the Circus de Jonas Mekas ©DR

Notes on the Circus de Jonas Mekas ©DR

Réalisateur, écrivain et figure marquante du cinéma expérimental (32 films), le Lithuanien Jonas Mekas offre un regard singulier sur le cirque. Mort en 2019, le cinéaste commentait ainsi ses images : « Ringling Bros. Filmé en 1966, périodes, couleurs, mouvements et mémoires d’un cirque.» Ce film de 16 minutes dédié à Kenneth Anger qui lui avait fourni une provision de films Ektachrome dans les moments difficiles fut pour lui « un exercice de structuration instantanée » sur une musique de la Jug Band de Jim Kweskin.

10000 FRAMES de MARIA MARSHALL

10 000 Frames de Maria Marshall ©DR

10 000 Frames de Maria Marshall ©DR

Maria Marshall est connue pour ses films inspirés par le monde de l’enfance. Avec des images simultanément oniriques et angoissantes. 10 000 Frames fait référence au nombre d’images par secondes dans la technique du film super 8. Maria rend compte d’un voyage aller et retour entre Londres et le parc Disney en Floride avec deux enfants. Un voyage de six jours résumé en quelques minutes. Le mode accéléré des images et des commentaires en voix off évoquent un rythme effréné, en contradiction avec la détente attendue dans un lieu de loisirs.

LA LIBERTÉ RAISONNÉE de CHRISTINA LUCAS

La liberté raisonnée de Christina Lucas ©DR

L’Espagnole Cristina Lucas dénonce les contradictions qui existent entre les histoires officielles, l’histoire réelle et la mémoire collective. La Liberté raisonnée  est une traduction du tableau de Delacroix : La Liberté guidant le peuple (1830). La Marianne dénudée surgit au milieu d’hommes en habit. Elle semble être leur égérie mais finit par être leur victime. Cristina Lucas propose une lecture féministe et critique d’un des tableaux les plus évocateurs des valeurs républicaines françaises. La musique dramatique et le ralenti de l’image servent paradoxalement le propos de l’artiste, revendiquant une urgence politique.

« Ces quatre vidéos ont en commun de s’appuyer sur deux procédés esthétiques opposés et propres à l’image animée : l’accéléré et le ralenti. Loin d’être une illustration littérale de la notion d’urgence, elles nous conduisent à nous interroger sur notre rapport au temps : le temps long de l’histoire, le temps frénétique de nos mouvements quotidiens. »

 

Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20 quai Emile Zola, Rennes.
Les 4 vidéos sont projetées tous les jours (sauf le lundi) de 14 h à 18 h
Glaz festival, jusqu’au 7 janvier 2024.