Couverture du journal du 13/05/2022 Consulter le journal

Immobilier : où va le marché ?

Avec des métropoles dynamiques, une desserte routière et ferroviaire performante, le charme des ruelles pavées ou des maisons à colombage, le littoral le plus grand de France…, la Bretagne attire chaque année acquéreurs et investisseurs. Depuis plusieurs mois, le marché de l’immobilier est pourtant très tendu. Éléments de compréhension avec Philippe Eon, vice-président du Conseil régional des notaires de la Cour d’appel de Rennes.

Philippe Eon, vice-président du Conseil régional des notaires de la Cour d'appel de Rennes, immobilier

Philippe Eon, vice-président du Conseil régional des notaires de la Cour d'appel de Rennes ©Franck Boisselier

Pourquoi le marché est tendu en Bretagne ?

Premier poste de dépenses des ménages, la problématique de l’habitat est au cœur de toutes les préoccupations : difficultés à se loger, mobilité, pouvoir d’achat… avec des prix toujours plus hauts. Pour les maisons anciennes, on observe une hausse de 11,6 % sur l’ensemble de la Bretagne historique (Bretagne et Loire-Atlantique) et de 18,8 % pour la commune de La Baule-Escoublac.

Deux raisons principales expliquent cela : le facteur Covid-19, qui a souligné l’importance de se sentir bien chez soi, et les taux d’emprunt jusqu’alors extrêmement bas. Le rebond a été rapide après le confinement de 2020, avec une accélération des transactions en particulier au 2e trimestre 2021. Tous les bassins ont profité de l’emballement des ventes, les bassins ruraux comme les villes ou les littoraux. Le déséquilibre entre l’offre et la demande que nous avons constaté depuis deux ans maintenant a également favorisé la hausse des prix.

Le chiffre

+13,5 % c’est la hausse des volumes de ventes des logements observée sur 1 an à la fin décembre 2021.

Nous dirigeons-nous vers une stabilisation ?

Les effets positifs des amortisseurs sociaux et économiques mis en place pour pallier la crise sanitaire, l’épargne des ménages stockée en 2020 – 151 milliards d’« épargne-Covid » accumulée chez les Français selon l’OFCE – ont profité à cette augmentation des transactions.

Néanmoins, ces effets positifs laissent désormais place à la prudence pour les mois à venir (hausse des taux, baisse de l’épargne, inflation, crise ukrainienne…). Le volume des ventes pourrait ainsi être altéré à moyen terme et atteindre une phase de stabilisation. L’environnement économique spécifique au marché immobilier demeure sécurisant, les taux d’intérêt des crédits nouveaux à l’habitat restant à un point bas à 1,14 % en février 2022 selon la Banque de France, réservent ainsi à la pierre sa qualité de placement sûr et durable.

Quels changements de comportements avez-vous pu observer chez les acquéreurs ?

Ces derniers mois ont également été marqués par l’accentuation du mouvement de déplacements des grands centres métropolitains vers des communes de plus petite taille, bien que cela reste à relativiser au regard de la volumétrie globale de ces transactions. Certains secteurs géographiques ont bénéficié d’une relance du marché immobilier, notamment les agglomérations à taille plus humaine jusqu’alors davantage délaissées. Cette augmentation devra aussi être à confirmer dans les mois qui viennent, surtout si les prix des carburants restent élevés.

Cependant, avec l’arrivée des « néo-ruraux », les budgets sont plus importants. Les prix ont ainsi augmenté dans le Centre Bretagne avec +20 % dans le Bassin de Caulnes (22) et +17 % dans les bassins de Gourin (56) pour les maisons anciennes. Sur le littoral breton, la hausse des prix est elle aussi particulièrement vertigineuse sur le marché des maisons anciennes avec des hausses avoisinant les +20 % dans le Finistère et le Morbihan et +16,5 % sur la côte d’Émeraude bretillienne.

Quels sont les enjeux pour l’habitat en Bretagne ?

La crise sanitaire a profondément changé les attentes de chacun sur le logement avec notamment le développement massif du télétravail. L’immobilier doit se réinventer et répondre à de nouveaux défis comme la densification des villes et la mobilité, l’accès au travail, aux transports et aux services, la maîtrise des prix des logements, la rénovation de l’habitat existant et les nouveaux matériaux de construction.

Premier poste de dépenses des ménages, la problématique de l’habitat est au cœur de toutes les préoccupations : difficultés à se loger, télétravail, mobilité, pouvoir d’achat, taux d’intérêt… avec des prix toujours plus hauts.

Dans ce sens, pour leur cinquième université de la négociation immobilière, qui a eu lieu les 31 mars et 1er avril, les notaires bretons ont choisi comme thème central « Habiter autrement ». Transitions énergétique et démographique, nouveaux modes de consommation du logement, nouveaux usages … : le notariat a sa place dans ses réflexions prospectives de transitions et, nous avons le devoir de nous y intéresser en tant que citoyen.

Quel est l’engagement du notariat vis-à-vis de l’immobilier responsable ?

Au-delà de son métier d’architecte du patrimoine, la profession tient à s’impliquer dans les enjeux environnementaux et sociétaux. Nous rencontrons, assistons, conseillons, au quotidien, les différents intervenants : promoteurs, particuliers, collectivités… Témoins de ces mutations, nous devons modestement tenter d’influer sur ces bouleversements environnementaux et comportementaux pour construire collectivement des territoires plus durables, plus connectés, plus inclusifs et plus attractifs. Le notariat entend ainsi réfléchir et accompagner les grands défis immobiliers qui s’annoncent tels que :

  • Favoriser la multiplicité des usages dans un même immeuble : commercial, habitation, énergie, agriculture… ;
  • Simplifier et adapter les baux ;
  • Faciliter l’accès à la propriété ;
  • Adapter la réglementation existante aux nouveaux usages (coworking, coliving )

Comment imaginez-vous la ville de demain ?

Le constat est simple : 95 % de la population française vit sous l’influence de la ville, selon l’Insee. On compte 820 habitants par km2 dans les grands pôles urbains et les 15 plus grandes aires urbaines de France génèrent les trois quarts de la croissance, selon France Stratégie. Nantes est 8e et Rennes 10e.

Santé, transports, politique du logement, attractivité, commerce, numérique, formation, qualité de l’air, loisirs, sécurité… C’est à tous ces besoins que la ville de demain doit répondre. Nous allons imaginer les contours et exploiter les ressources du territoire urbain pour faire face aux besoins de densification. La ville de demain doit être partagée et multifonctionnelle. Sans oublier la mixité sociale, l’encadrement de la végétalisation des immeubles et l’agriculture urbaine… : autant de défis pour la ville compacte.Ce qui est certain, c’est que les nouvelles technologies devront être un des outils pour accompagner cette mue inéluctable.

Restons confiants, mais il est urgent de ne pas attendre !

Téléchargez le baromètre de l’immobilier des notaires bretons du mois d’avril 2022 sur www.notaireetbreton.bzh

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