Comment est né le SBR dans sa forme actuelle ?
Alis Sopadzhiyan. Le club existe à Rennes depuis 1984, mais jusqu’en 2020, il dépendait du Cercle Paul-Bert. Pendant plusieurs années, nous avons tenté de créer un pôle commun entre les sections de boxe anglaise et de boxe française, mais ce projet n’a pas pu aboutir. Cela a été un déclic. Nous portions également un projet social, que nous peinions à développer dans une structure aussi vaste et hiérarchisée. Nous avons donc décidé de créer notre propre club, pour gagner en réactivité et en autonomie.
Jean-Charles Bizien. Nous ne voulions pas simplement maintenir une activité existante. L’idée, c’était de pouvoir innover, construire un projet à notre rythme, avec nos moyens.
Que représente aujourd’hui le SBR à l’échelle bretonne ?
J-CB. En termes de nombre de licenciés, nous faisons partie du top 10 régional. Le club regroupe environ 100 adhérents. Il y a une trentaine de structures de savate boxe française en Bretagne. Et ces dernières années, nous avons aussi obtenu quelques résultats sportifs notables.
AS. Nous avons aussi une particularité forte : la parité. D’année en année, nous sommes à peu près à 50 % de femmes et 50 % d’hommes. C’est une constante, qui reflète d’ailleurs l’histoire nationale de la boxe française, où la mixité est présente depuis longtemps.
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Quels sont justement vos résultats sportifs marquants ?
J-CB. En assaut, c’est-à-dire dans une pratique technique à la touche et donc sans puissance, nous avons eu plusieurs tireurs qualifiés aux finales nationales. En combat, nous avons obtenu deux titres de champions de France deux années de suite, en élite B en 2025 et en deuxième série en 2024. En 2023, l’un de nos tireurs, Mohammad, a atteint la demi-finale Élite A face à un boxeur qui domine sa catégorie depuis dix ans. Cette année, Astadji, blessé l’an passé, tentera de décrocher le titre en Élite A. Nous comptons également sur Pierre-Adrien, un autre espoir du club engagé en assaut, aux côtés d’Elsa et de Mia.

Le club regroupe une centaine d’adhérents. ©7Jours/Rolland
Le club repose encore très largement sur le bénévolat. Comment êtes-vous organisés ?
AS. Jusqu’à récemment, le fonctionnement reposait entièrement sur des bénévoles. Certains coachs sont engagés depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui, une dizaine de personnes assurent la vie du club : le bureau (coprésidence, trésorier, secrétaire) et les membres du conseil d’administration. Chacun s’investit dans des domaines distincts : vie associative, communication, commission sportive… Et chaque année, une ou deux nouvelles personnes viennent renforcer l’équipe.
Ce qui fait notre force, c’est la richesse des compétences.
J-CB. Ce qui fait notre force, c’est la richesse des compétences. Par exemple, un membre s’est proposé récemment pour refondre notre site internet, bénévolement. Il ne souhaitait pas s’engager dans les instances du club, mais il avait une compétence précise et a voulu l’offrir. Ce type d’initiative, c’est ce qui fait vivre le SBR.
Vous avez malgré tout franchi une étape avec l’embauche d’un salarié. Pourquoi ?
J-CB. Oui, nous avons recruté notre premier salarié en septembre 2025, après des années de fonctionnement exclusivement bénévole. Cela devenait indispensable pour garantir une régularité sur les créneaux, maintenir une dynamique stable et accompagner nos tireurs dans la durée. Éric Jouault, déjà très impliqué, est aujourd’hui salarié du club.
AS. Ce recrutement nous a permis d’ouvrir de nouveaux créneaux, notamment de renforcement physique. Ils s’adressent à des tireurs blessés ou à des personnes attirées par la boxe mais qui hésitent à se confronter. C’est une façon d’élargir l’accès à la discipline, en douceur.
Quel est votre modèle économique ?
J-CB. Il repose sur trois sources principales : les cotisations (190 € par an pour trois séances hebdomadaires), les aides publiques, et quelques soutiens ponctuels. Nous reversons une partie de ces cotisations à la Fédération Française de Savate Boxe Française. Notre budget annuel tourne autour de 20 000 euros.
Notre budget annuel tourne autour de 20 000 euros.
AS. En 2024, nous avons obtenu une subvention de 3 000 € de l’Agence nationale du sport, dans le cadre d’un projet global en lien avec notre projet de salariat. C’était une première. La ville de Rennes nous verse également une aide tous les ans. Notre priorité, aujourd’hui, c’est de consolider notre fonctionnement. Nous ne cherchons pas à croître pour croître. D’ailleurs, un club de 250 licenciés n’aurait plus le même fonctionnement que le nôtre.
Et pourtant, vous avez de vraies ambitions…
J-CB. Nous ne sommes pas dans une recherche de croissance à tout prix. Ce que nous voulons, c’est que les intervenants prennent du plaisir et que ceux qui découvrent notre sport passent un bon moment.

Le club évolue avec un budget de 20 000 €. ©7Jours/Rolland
AS. Ce que nous souhaitons, c’est pérenniser le poste salarié, mais aussi offrir un accompagnement plus poussé à nos tireurs en intégrant par exemple un suivi nutritionnel ou physique. Nous avons des athlètes de très haut niveau, sans statut professionnel, et nous aimerions leur apporter un cadre plus adapté. En parallèle, nous poursuivons notre projet social avec une association rennaise d’insertion par le sport, BIS. Pour tout cela, nous avons besoin de moyens. Si des partenaires ou mécènes s’y reconnaissent, nous sommes prêts à les accueillir.
La boxe attire-t-elle toujours autant à Rennes ?
J-CB. Tout à fait. La dynamique est bonne, notamment dans les sports de combat. Nous voyons beaucoup de jeunes, mais aussi des adultes qui découvrent la boxe française et s’y mettent sur le tard. Elle reste moins visible que d’autres disciplines, mais elle attire.
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AS. C’est aussi un sport très inclusif, dans ses formats comme dans ses valeurs. Et nous sommes profondément ancrés dans notre quartier, dans le sud de Rennes. Ce lien local, nous y tenons. C’est ici que nous voulons continuer à exister.