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Climatologie – Rennes : L’agriculture face au réchauffement climatique, conférence de Jean Jouzel

L’agriculture est l’un des principaux secteurs économiques impactés par le réchauffement climatique. Jean Jouzel, le célèbre climatologue, ancien expert du GIEC, en est convaincu. Il l’a expliqué aux membres de l’association de l’ordre du Mérite agricole – Amoma 35 - réunis pour leur assemblée annuelle à la Maison de l’agriculture à Rennes.

Climatologie, Jean Jouzel, agriculture, Rennes

Le climatologue Jean Jouzel © DR

Pour leur première assemblée générale post-covid le 28 avril, le conseil d’administration de l’Amoma 35 présidé par René Collin, avait choisi une thématique d’actualité : le réchauffement climatique et fait appel à un expert mondialement reconnu, le Bretillien Jean Jouzel, originaire de Janzé, pour expliquer dans quelle mesure le monde agricole est concerné par cette évolution du climat.

Auparavant, l’ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC, de 2002 à 2015, avait rappelé comment il a participé, grâce à sa contribution à la rédaction de rapports, à la prise de conscience du réchauffement climatique en liaison avec l’augmentation des gaz à effet de serre. Le récent 6e rapport du GIEC a confirmé sans équivoque le rôle des activités humaines dans ce réchauffement.

En effet, elles modifient la composition de l’atmosphère en gaz à effet de serre. Cet expert constate en outre que la hausse des températures s’accompagne de la multiplication d’événements météorologiques extrêmes tels que les inondations, pluies torrentielles, sécheresses, canicules, cyclones. Avec des phénomènes irréversibles comme l’élévation du niveau de la mer, le dégel du permafrost en Arctique, la réduction de la biodiversité, des éco-systèmes… « Ce que l’on avait envisagé il y a cinquante ans se vérifie aujourd’hui », déplore Jean Jouzel.

Ce que l’on avait envisagé il y a cinquante ans se vérifie aujourd’hui. Jean Jouzel

L’agriculture contribue à 19 % des gaz à effet de serre en France, soit autant que l’industrie (19 %), mais moins que les transports (31 %). Toutefois, en Bretagne, cette contribution agricole s’élève à 44 % ! Autre constat du climatologue, la stagnation des rendements en blé depuis 1995, et leur forte variation annuelle (- 30 % en 2016).

La composante climatique de ces évolutions est indéniable.

« Le réchauffement climatique a le mauvais goût d’augmenter les précipitations là où il y en a trop, et de les diminuer là où il n’y en a pas assez ! », observe Jean Jouzel.

Comment l’agriculture peut-elle s’adapter à ce changement climatique inéluctable ?

Parmi les pistes évoquées, on retiendra le décalage des dates de semis, des sélections variétales plus tardives, plus résistantes à la sécheresse, une meilleure gestion de la ressource en eau. Même dans nos régions tempérées, les précipitations deviennent plus intenses avec plus de ruissellement et d’évaporation, et un moindre intérêt pour les cultures. Au cours de la discussion avec l’assistance, des intervenants ont plaidé pour une irrigation maîtrisée à partir notamment de réserves d’eau collinaires, sans puiser dans les nappes phréatiques profondes dont la Bretagne est peu pourvue.

Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture doit privilégier des pratiques comme l’agro-écologie. Le climatologue est également convaincu que l’on ne parviendra pas à la neutralité carbone sans les énergies renouvelables. Dans ce domaine, l’espace agricole breton a une carte à jouer avec la méthanisation, le photovoltaïque, les éoliennes terrestres. Et ce d’autant plus, rappelle l’expert, que la Bretagne ne produit que 11 % de l’énergie qu’elle utilise.

Alors que dans plusieurs régions du globe, le réchauffement climatique rend déjà les conditions de vie impossibles à un nombre croissant d’habitants, Jean Jouzel continue d’alerter afin que des mesures effectives soient prises. Pour limiter le réchauffement climatique à + 1,5°, il faudra impérativement parvenir à la neutralité carbone en 2050. Pour lui, les secteurs d’activité et les pays qui s’engageront dans cette voie seront à terme gagnants.