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Elisa Aubert, directrice générale de Clésame : « La succession, un secteur sinistré ou rien n’a été fait depuis des années »

D'ici à 2040, 9 000 milliards d'euros vont changer de main : un montant historique auquel le secteur de la succession n'est pas préparé. La jeune société Clésame a pris le virage de l'héritage numérique. Fondée par cinq notaires  associés, la plateforme permet de construire la transmission de son patrimoine. Entretien avec Elisa Aubert, dirigeante rennaise de Clésame.

Elisa Aubert, la directrice générale de Clésame

Elisa Aubert, la directrice générale de Clésame ©Clésame

On évoque le chiffre vertigineux de 9 000 milliards d’euros de patrimoine sur le point d’être transmis. Au-delà du montant, quel est le véritable défi structurel pour le secteur de la succession ?

Elisa Aubert. Selon la Fondation Jean Jaurès, nous nous apprêtons à vivre la transmission d’actifs la plus massive de notre histoire : 9 000 milliards d’euros vont changer de main d’ici à 2040, en raison des décès des baby-boomers. C’est un moment charnière. Si nous n’anticipons pas ce flux, la charge de travail des acteurs de la succession deviendra insoutenable et le volume d’actifs oubliés sera colossal. C’est aussi un sujet de préoccupation majeur pour les banques, qui redoutent une fuite massive de capitaux au moment du décès de leurs clients.

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Quelle évolution connaît le schéma de la succession ?

E.A. Les difficultés ont changé de nature. Le modèle de la famille dite traditionnelle s’efface au profit de schémas recomposés ; avec parfois des héritiers qui résident à l’étranger. Cela multiplie les points de friction juridique. Autre changement de taille : la dématérialisation. Hier, le patrimoine se retrouvait via des documents physiques ; aujourd’hui, il est disséminé derrière des accès numériques et des mots de passe. Sans ces clés d’accès, une partie de la vie financière du défunt devient tout simplement invisible pour ses héritiers.

Concrètement, quelles sont les difficultés rencontrées par les notaires ?

E.A. Le notaire doit déposer la déclaration de succession dans les six mois suivant le décès. C’est un délai très court quand on attend des documents complexes, comme les clauses bénéficiaires d’assurances-vie. Le processus reste archaïque : il n’y a pas d’automatisation, on envoie encore de nombreux courriers à la main à des organismes qui n…