SPORT & BUSINESS. Élodie Bonafous : « Je suis très attachée aux racines finistériennes du projet »

À 31 ans, Élodie Bonafous va prendre le départ de son premier Rhum à la barre de l’Imoca Association Petits Princes - Quéguiner. La Finistérienne est accompagnée depuis 2022 par l’entreprise de matériaux de construction, présidée par Clément Quéguiner qui incarne la troisième génération à la tête du groupe familial. Entretien croisé sur cette association qui conjugue proximité, écoute et ambition.

L'imoca Association Petits Princes - Quéguiner

L'imoca Association Petits Princes - Quéguiner ©Romain Marie/Quéguiner

Clément, pouvez-vous nous rappeler l’histoire de votre groupe dans la course au large ?

Clément Quéguiner. Notre engagement dans la voile a débuté il y a plus de quinze ans grâce à une rencontre entre mon père (Claude Quéguiner N.D.L.R) et le skipper Yann Eliès. Cette collaboration a mené à trois victoires sur la Solitaire du Figaro et à un premier Vendée Globe en 2016. Par la suite, nous avons fait le choix d’accompagner et de faire émerger de jeunes talents sur le circuit Figaro, notamment avec Tanguy Le Turquais et Élodie, depuis 2022, avant de décider de relancer un projet Imoca avec cette dernière.

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Petite, j’allais avec mon père dans leurs entrepôts chercher des matériaux de construction

Pouvez-vous m’expliquer le sens de ce projet qui vous lie depuis 2022 ?

C. Q. Nous partageons de fortes valeurs communes et constatant son rêve de naviguer en Imoca, notre groupe familial a décidé de s’associer à elle pour la construction et l’exploitation d’un bateau dans cette catégorie, avec l’ambition de porter un projet à la fois sportif, humain et solidaire jusqu’au Vendée Globe 2028. Surtout nous avons à cœur de dire qu’il s’agit d’un projet 100 % finistérien : le bateau a été construit chez CDK Technologies et MerConcept, le port d’attache est celui de Port-la-Forêt, Élodie est finistérienne, notre groupe également, nous capitalisons là-dessus.

Elodie Bonafous va prendre le départ de sa première Route du Rhum

Elodie Bonafous va prendre le départ de sa première Route du Rhum ©Romain Marie/Quéguiner

Élodie Bonafous. Je suis aussi attachée aux racines finistériennes du projet. Le groupe Quéguiner est né à Landivisiau, moi à Morlaix. Petite, j’allais avec mon père dans leurs entrepôts chercher des matériaux de construction. Quand j’ai découvert la course au large, j’ai vu qu’ils étaient engagés dans ce milieu, et qu’ils cherchaient un nouveau skipper. J’ai trouvé chouette qu’ils me repèrent par rapport à ma progression et mon potentiel d’évolution, et pas seulement parce que je suis une femme. Nos valeurs se rejoignent, notamment à travers le goût du travail, de l’effort et de l’engagement.

En 2023, vous lancez la construction de ce nouvel Imoca, quelles en sont les spécificités ?

E. B. C’est une construction dernier cri. Le bateau est équipé de foils, vole et atteint des moyennes de vitesse autour de 30 nœuds. À l’intérieur, nous sommes constamment enfermés pour être protégés des impacts extérieurs. Sur le plan technologique, c’est un concentré de capteurs et de systèmes de pointe. Cela demande d’être beaucoup plus entouré, avec des techniciens spécialisés pour chaque système. C’est une véritable dimension managériale, car le projet grandit et requiert le recrutement de nombreuses personnes.

C. Q. Cet Imoca est le sistership du bateau de Charlie Dalin, vainqueur du dernier Vendée Globe en 2025 C’est un bateau que l’on espère très compétitif, notamment pour cette Route du Rhum.

Quel type de relation entretient le dirigeant de l’entreprise sponsor avec sa skippeuse et vice versa ?

C. Q. Je crois que tout commence par un fort feeling mutuel. C’est évidemment une relation de confiance et, je l’ai déjà dit, de valeurs partagées : le dépassement de soi, l’audace et l’exigence. Nous soutenons la skippeuse dans la réalisation de son rêve tout en véhiculant notre image à travers ce projet commun orienté vers le Vendée Globe 2028.

Je suis vraiment heureuse que l’on soit raccord sur la vision du projet

E. B. La relation repose sur une écoute mutuelle et un accompagnement à long terme, comme l’illustre leur choix de m’engager sur trois ans en Figaro avant de passer en Imoca pour nous laisser le temps de tester et de construire la performance.

Y a-t-il une exigence du groupe en termes de résultats ?

C. Q. Non, c’est Élodie qui se fixe son objectif. De toute façon, les skippers ce sont des compétiteurs, ils ont envie d’aller chercher la meilleure place possible, c’est évidemment son cas. C’est elle qui se jauge et qui jauge ses sensations, nous ne fixons pas d’exigence en matière de résultats mais restons très à l’écoute de ses sensations, de sa préparation et de tous les facteurs de performance.

E. B. Ouf, ça me rassure (rires). Je suis vraiment heureuse que l’on soit raccord sur la vision du projet : je pars novice sur mon premier Vendée Globe, donc l’objectif principal est la fiabilité et la manière de bien faire (stratégie, météo, préservation du bateau). Cependant, j’ai besoin de me fixer des objectifs chiffrés : pour une course comme la Route du Rhum, entrer dans le top 5 serait une super performance. Si je termine septième ou huitième en ayant bien bagarré, je serai fière et j’espère qu’ils le seront aussi.

À ce projet, vous avez décidé d’associer l’association Petits Princes, là encore cela correspond à des valeurs qui vous sont chères ?

C. Q. Le groupe était mécène de l’association depuis plusieurs années et elle a été associée à ce projet de par sa volonté de soigner et de réaliser les rêves d’enfants malades pour les aider dans leur parcours médical. Tout comme la voile, le rêve fait partie intégrante de cette démarche, et l’association bénéficie d’une visibilité majeure sur le bateau et lors des courses pour sensibiliser le public et encourager les dons.

E. B. C’était un choix à la fois évident et partagé avec mon partenaire. La notion de rêve portée par l’association résonne directement avec mon parcours de petite fille qui rêvait de faire le Vendée Globe en suivant notamment Ellen MacArthur. Et mon cursus en sport-santé m’a naturellement poussée à m’engager pour des causes liées à la santé. C’est une belle manière d’allier l’univers de la course au large à des valeurs de solidarité humaine.

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