Le Journal des Entreprises est repris… sans ses journalistes

Placé en redressement judiciaire en mai dernier, le titre économique multirégional Le Journal des Entreprises est « repris » par la société Overlord Média, qui ne conserve aucun des 35 journalistes permanents de la rédaction. Un mauvais signal pour toute la presse.

Le Journal des Entreprises comportait 9 éditions régionales. ©Le Journal des Entreprises

C’est un clap de fin au goût amer et lourd de menaces. En décidant de retenir, le 23 juillet dernier, l’offre d’Overlord Média parmi les trois déposées pour la reprise du Journal des Entreprises (JDE), le Tribunal des affaires économiques de Nantes n’a pas considéré la nature particulière d’un groupe de presse. Rachetant la marque pour 40 000 euros seulement, ce nouveau venu du secteur fondé par l’avocat d’affaires Gaspard de Monclin annonce se séparer des 35 journalistes permanents employés par le titre (sur un total de 54 salariés, dont 10 seulement seraient maintenus), et prévoit un recours massif à l’intelligence artificielle pour publier des contenus. Le repreneur revendique cette approche radicale, et l’a déjà mise en œuvre lors de la reprise, dans les mêmes conditions, du Nouvel économiste, du Revenu et du Monde Informatique.

Présence multirégionale

Le Journal des Entreprises, créé en 2003 à Nantes par le Groupe Télégramme, avait progressivement étendu sa diffusion aux principales régions économiques françaises, à l’exception de Paris. En difficulté, il avait été repris en 2017 par l’entrepreneur breton Georges Sampeur, via sa holding personnelle Gaspard Financière 2. En 9 ans, malgré le lancement d’une nouvelle formule print et web et la rationalisation des éditions, ramenées de 14 à 9, le JDE n’a jamais trouvé l’équilibre économique, en dépit de la qualité éditoriale que tous lui reconnaissaient. Les pertes de Manche Atlantique Presse, la société éditrice, s’élevaient à près de 2,8 millions d’euros en 2024, pour un chiffre d’affaires du même ordre, selon les derniers chiffres connus. En Bretagne, une édition unique régionale avait été créée en regroupant les quatre éditions départementales, sous la direction du journaliste Baptiste Coupin.

Menaces sur l’information

« Force est de constater que, malgré l’engagement sans faille de ses équipes, le JDE n’a pas su trouver son équilibre financier dans un marché fortement concurrentiel, sujet à de profondes mutations technologiques et caractérisé par une réticence de plus en plus forte des utilisateurs à payer pour accéder à l’information. À cet égard, il est symbolique que la cession du JDE à un opérateur ne reprenant aucun journaliste permanent survienne le jour même où est annoncé le déploiement en France de Google IA Overview, nouvelle menace pour les producteurs d’information », souligne avec amertume Bruno Dussourt, directeur général de Manche Atlantique Presse depuis 2017, dans un post publié sur le réseau social LinkedIn.

« Triste fin »

De son côté, l’ancien actionnaire Georges Sampeur, qui avait repris le titre au groupe Télégramme la même année, déplore, sur le même réseau : « Je regrette infiniment cette triste fin. Je souhaite saluer le grand professionnalisme des équipes du JDE. Ne plus vouloir payer pour être informé est un manque de reconnaissance pour la qualité et la valeur du travail des journalistes. Malheureusement le mécénat a ses limites ».

Depuis l’annonce de la reprise, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer cette dangereuse tentation de réaliser des « journaux sans journalistes ». En cette période compliquée, la rédaction de 7 Jours – L’éco de la Bretagne tient à apporter tout son soutien à ses confrères et consœurs du JDE.

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