La Cour régionale des comptes épingle l’ancienne gestion communale d’Inzinzac-Lochrist

La haute juridiction régionale a constaté « une forte dégradation de la situation financière à compter de 2023 et des conflits d’intérêts et irrégularités dans certaines opérations d’aménagement ». Les choix de l’ancienne municipalité ont entraîné un endettement non maîtrisé.

A côté du musée des forges,la municipalité avait prévu de revitaliser l'ensemble du quartier

A côté du musée des forges,la municipalité avait prévu de revitaliser l'ensemble du quartier ©DR

Depuis les années 2000, Inzinzac-Lochrist, commune de tradition industrielle située dans l’ouest du Morbihan, a connu une dynamique démographique forte (de 5 400 à près de 6 700 habitants), tout en se résidentialisant. Sa situation financière s’est dégradée à partir de 2022, en raison d’une hausse importante de ses dépenses de fonctionnement et d’investissement, aboutissant à un endettement non maîtrisé, à un déséquilibre budgétaire en 2024-2025 et à des difficultés de trésorerie.

En cause ? Certains aspects de la gestion de la reconversion de la zone des Forges « À partir de 2023, disent les juges, la situation financière s’est fortement dégradée en raison d’un programme d’investissement ambitieux mais mal maîtrisé et sous-financé, ainsi que d’un manque de contrôle des dépenses de fonctionnement. » Au fil des ans, la collectivité a épuisé ses marges de manœuvre, en consommant son fonds de roulement et en empruntant 5 millions d’euros.

Parmi les plus fragiles des communes bretonnes

 

Des indicateurs financiers qui plongent dans le rouge

Des indicateurs financiers qui plongent dans le rouge ©Courdescomptes

L’analyse financière des juges : « Fin 2024, un besoin de financement de près de 1,5 million d’euros subsistait et la commune a recouru à des expédients (crédits de trésorerie, accumulation de factures impayées) car elle était en situation de cessation partielle de paiement. Ses comptes ont été clos avec un déficit de près de 2 millions d’euros, soit 20,8 % des recettes de fonctionnement, deux fois supérieur au seuil légal. Elle se situait ainsi parmi les plus fragiles des communes bretonnes de taille comparable. En dépit des alertes des services de l’État, la commune a maintenu en 2025 un effort d’investissement soutenu, aboutissant à un déficit de 1,17 million d’euros (12,4 % des recettes de fonctionnement), malgré une réduction de ses charges de fonctionnement. »

Irrégularités et conflits d’intérêts

De plus, des irrégularités ont été constatées sur le chantier phare du mandat communal qui concernait la reconversion du site des Forges. L’analyse des juges n’est pas tendre : « Les études et les cessions foncières et immobilières réalisées à compter de 2020 par la commune sur la partie ouest du site des Forges ont été marquées par des conflits d’intérêts et de multiples irrégularités pour certaines préjudiciables à ses intérêts : recours à un cabinet d’architecte proche de l’exécutif sans mise en concurrence effective, cessions à vil prix au profit d’une société appartenant à la famille d’une élue, violations de règles d’urbanisme. Ces dysfonctionnements sont intervenus malgré les alertes émanant des services de l’État, de Lorient Agglomération et des propres services communaux. »

Un endettement par habitant largement au dessus de la moyenne

Un endettement par habitant largement au dessus de la moyenne ©Courdescomptes

Economies à prévoir ou hausse des impôts locaux

Leurs recommandations : La chambre recommande de corriger le défaut de pilotage budgétaire en adoptant, dès 2026, un programme pluriannuel d’investissement assis sur un plan de financement réaliste. La collectivité doit privilégier les investissements générateurs d’économies et se recentrer sur ses compétences obligatoires, notamment par la réduction du nombre d’écoles publiques. Le projet de complexe sportif au Mané Braz pour près de 10 millions d’euros, incompatible avec cette stratégie, sera abandonné.

Les projections à l’horizon 2030 établies par la chambre indiquent que, sans inflexion de la trajectoire budgétaire, les équilibres financiers resteront fragiles. Il convient donc d’engager un plan d’économies de fonctionnement (réorganisation des services, optimisation technique, redimensionnement culturel). À défaut, une hausse des impôts locaux s’avérera inévitable.

Inscription à la newsletter

Notre dernier magazine

Lire nos magazines