Couverture du journal du 07/06/2024 Le nouveau magazine

Adie Bretagne : 9 400 microcrédits en 30 ans

L'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) fête, cette année, ses 30 ans d'existence en Bretagne. Créée en 1989 à l'échelle nationale, cette association a pour mission de financer et accompagner les créateurs d'entreprises n'ayant pas accès au crédit bancaire classique, souvent en raison d'un manque d'apport personnel ou de garanties.

Tania Manokaka, fondatrice de Let Per ; Fabienne Kerzerho, directrice de l'Adie Grand Ouest ; Amaury Wiart d'Amo'Renov ©SB_7Jours

Tania Manokaka, fondatrice de Let Per ; Fabienne Kerzerho, directrice de l'Adie Grand Ouest ; Amaury Wiart d'Amo'Renov ©SB_7Jours

L’Adie s’inscrit dans une démarche de microcrédit solidaire, visant à lutter contre l’exclusion financière et à favoriser l’entrepreneuriat comme vecteur d’insertion socioprofessionnelle. En 30 ans, en Bretagne, elle a accordé 9 394 microcrédits, allant jusqu’à 12 000 euros, sans conditions de ressources ni exigence d’apport personnel, pour un montant cumulé de 24,3 millions d’euros. Pour prêter, l’association emprunte les fonds à des partenaires bancaires, le CMB Arkéa, BPGO, BNP Paribas et CIC Ouest.
Au-delà du financement, l’Adie propose un accompagnement à chaque porteur de projet, de la phase d’étude de faisabilité jusqu’aux premières années d’activité. Ce suivi est assuré par un réseau de 16 salariés et 65 bénévoles à travers 8 agences et 19 permanences sur l’ensemble de la Bretagne. « Nous ne voulons abandonner aucun territoire et sommes très fiers de notre dernière ouverture en Centre Bretagne, à Carhaix », rapporte Fabienne Kerzerho, directrice de l’Adie Grand Ouest.

1 euro investi dans l’Adie, 2,53 euros pour le territoire

Les bénéficiaires bretons reflètent la diversité des publics accompagnés. En 2023, sur les 653 entrepreneurs financés, 39 % étaient des femmes, 26 % avaient moins de 30 ans, 34 % percevaient les minima sociaux, 33 % étaient sans diplôme, 29 % résidaient en zone rurale et 8 % en quartiers prioritaires de la politique de la ville.
L’Adie revendique également un impact fort en matière d’insertion sur le marché du travail : 93 % des entrepreneurs financés par l’Adie sont professionnellement insérés deux à trois ans après la création de leur entreprise, soit dans leur entreprise, soit en emploi salarié. Une progression de 9 % par rapport à 2017.
Autre élément de satisfaction pour l’association, le retour sur investissement mesuré tous les trois ans par le cabinet KPMG. « 1 euro investi par la collectivité dans l’Adie, lui rapporte 2,53 euros au bout de deux ans. »

Les antennes de l'Adie en Bretagne et les chiffres 2023 ©Adie Bretagne

Les antennes de l’Adie en Bretagne et les chiffres 2023 ©Adie Bretagne

Les enjeux à venir

L’association souhaite « renforcer son offre de services pour faire face à l’augmentation de l’entrepreneuriat. Les sollicitations ne cessent de croître. Notre activité en Bretagne suit la tendance nationale ».
L’Adie ambitionne également de « faire en sorte que tous les entrepreneurs s’embarquent dans les transitions, avec des modèles d’affaires plus verts ». Si l’Adie n’impose pas encore de critère de durabilité pour prêter, elle sera « sans doute obligée de le faire demain », reconnaît la directrice Grand Ouest.

©Adie Bretagne

©Adie Bretagne

Let Per et Amo’Renov, deux exemples bretons

Après plusieurs années dans la musique, Amaury Wiart reprend le chemin de l’école pour devenir menuisier. À Irodouër (35), il fonde Amo’Renov en 2020 et propose de l’agencement d’intérieur chez les particuliers. Pour investir dans un camion, il se tourne vers une banque. Le nouvel entrepreneur n’a pas les trois années de bilan nécessaire à l’obtention de l’emprunt. « Mon dernier espoir était l’Adie. J’ai obtenu 12 000 euros de prêt, qui m’ont permis d’acheter un véhicule qui faisait bien plus professionnel. »

En 2020, Tania Manokaka crée sa société d’entretien de linge et blanchisserie pour les entreprises du pays de Rennes, Let Per. Deux années d’activité plus tard, l’entreprise, qui compte trois salariés et trois personnes en insertion, est en phase de développement. Pour franchir un cap, elle a besoin d’investir et donc d’emprunter. La banque refuse, « les deux bilans comptables n’étaient pas assez probants ». La cheffe d’entreprise obtient 8 000 euros de prêt de l’Adie pour financer du matériel, « ce qui m’a permis de décrocher un gros marché avec un restaurateur ».