Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Étienne Bernard, Directeur du FRAC Bretagne Fonds Régional d’Art Contemporain implanté à Rennes

Le nouveau directeur du FRAC Bretagne depuis 1 an marque fort son arrivée dans cette institution, avec la programmation de l’exposition grand public du photographe Martin Parr, jusqu’en janvier 2021. 850 personnes s’y sont pressées le premier week-end d’ouverture, mi-juin. Un engouement rare dans ce lieu dédié à l’art contemporain, ancré dans le quartier Beauregard du nord de Rennes.

Étienne Bernard a été nommé à la direction du Fonds régional d’art contemporain de Bretagne (Frac), par le Conseil d’administration et pour 5 ans. Il a été choisi avec son projet intitulé « Faire Archipels », qui aborde notamment les thématiques de l’égalité hommes/femmes, l’éco-responsabilité. Il a à cœur d’ancrer le Frac dans son époque, dans les débats sociétaux et politiques.
L’exposition de Martin Parr participe à cette démarche. C’est une création en lien avec l’agence de photo Magnum, et la première rétrospective en France de cet artiste depuis plus de quinze ans. L’exposition retrace quarante années de carrière de Martin Parr, à travers près de 500 photographies. Elle voyagera ensuite pendant 5 ans dans le monde.

« D’une part c’est une exposition accessible au grand public, qui va faire connaitre le site du FRAC. C’est un photographe reconnu, une signature internationale qui va attirer de loin, et montrer aussi aux Rennais et Bretons qu’ils ont ce lieu : le Frac. J’aimerais qu’ils se l’approprient, ce n’est pas le cas aujourd’hui. »
D’autre part, l’artiste est engagé, il porte un regard espiègle sur le monde, sur les thèmes de la consommation, la globalisation, les stratifications sociales, l’establishment. « Il aborde des questions politiques, il est d’ailleurs engagé contre le Brexit. C’est pour moi important de voir comment une oeuvre d’art peut être une amorce d’échange, il y a une fonction sociale et citoyenne de l’art, au-delà de la technique. »

–> Retrouvez l’article sur l’exposition Martin Parr

Le cœur du réacteur : la collection

Cette collection de plus de 5 000 oeuvres est issue d’un travail collectif. Un comité * restreint choisit chaque année les acquisitions, les oeuvres entrent alors dans le patrimoine public. Cela représente un budget de 230 000 € par an, sur un budget global de 1,8 M€. 63 œuvres ont été acquises en 2018, de 22 artistes. Auxquels il faut ajouter des dons, d’artistes, de galeries ou de particuliers.
« Bien sûr j’espère un peu pouvoir acquérir du Martin Parr… Nous verrons à l’issue de l’exposition. Par ailleurs dans chaque projet d’acquisition il faut aussi considérer qu’il est plus intéressant d’avoir des ensembles. Avec une unique oeuvre, on appréhende moins bien les thèmes de l’artiste ou sa démarche. »

L’exposition Martin Parr est visible jusqu’au 24 janvier 2021. Plus de 800 visiteurs le premier week-end d’ouverture, mi-juin. ©7J_LM

« Une scène féminine qui dépote »

Le nouveau Comité technique * va se réunir début juillet, 6 personnes y siègent, 3 hommes et 3 femmes ; 3 français et 3 étrangers. « La collection du Frac est aujourd’hui extrêmement masculine – on compte à peine 17 % d’artistes femmes – et très « blanches », je veux dire en cela d’artistes européens ou d’Amérique du Nord… Nous devons répondre, à notre endroit, aux débats sociétaux actuels, s’inscrire dans notre époque. Nous souhaitons au moins 50 % d’artistes femmes dans les acquisitions prochaines, il y a une scène d’artistes féminines qui dépote ! De même il nous faut nous ouvrir aux propositions autres qu’occidentales. » *Comité technique d’acquisition 2020-2022 : Étienne Bernard, directeur du Frac Bretagne; Leonardo Bigazzi, curateur du festival Lo Schermo dell’arte (Florence, Italie) ; Tessa Giblin, directrice de la Talbot Rice Gallery (Edimbourg, Royaume-Uni) ; Géraldine Gourbe, critique d’art et commissaire d’exposition (Paris) ; Basim Magdy, artiste (Bâle, Suisse) ; Sandra Patron, directrice du CAPC Musée d’art contemporain (Bordeaux).

L’art en mouvement

Aux manettes de cette grande structure, Étienne Bernard a la double casquette de gestionnaire et de directeur artistique. Il voit le monde de l’art contemporain comme un monde globalisé, mêlant artistes émergents, locaux, et stars internationales. Le Frac a aussi un rôle de soutien et de promotion de la création à l’échelle régionale. « La scène artistique est forte en Bretagne, et soutenue depuis longtemps par les politiques publiques, avec de nombreux lieux de créations, cela fédère ! C’est aussi un public ouvert et curieux, il y a une réelle appétence. Quand on travaille des propositions d’art contemporain, ce n’est pas forcément simple ou accessible. Nous sommes prescripteurs, le public breton aime ou n’aime pas mais il laisse la chance, c’est un état d’esprit, d’ouverture et de dialogue. » Il ouvre également les propositions à d’autres champs disciplinaires, ainsi un projet est en gestation, avec la chorégraphe et danseuse Latifa Laâbissi et la vidéaste Manon de Boer, prévu pour les mois d’automne 2021. Et la question des circulations internationales, décloisonnées, est aussi importante. « Il faut mettre l’artiste en mouvement, en circulation, c’est plus utile que de simplement acheter une de ces œuvres. »

Parcours

41 ans, originaire de Bourgogne, Étienne Bernard est diplômé en Esthétique et Sciences de l’Art de la Sorbonne à Paris. Il débute sa carrière comme directeur artistique du Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont en 2004. Trois ans plus tard, il prend la tête du programme d’expositions du CAPC musée d’Art contemporain de Bordeaux, puis rejoint en 2013 Brest comme directeur de Passerelle Centre d’art contemporain. Il fut également président de d.c.a – association française de développement des centres d’art contemporain de 2015 à 2017.
En tant que critique d’art, Étienne Bernard a également collaboré aux revues françaises Archistorm ou 02 et publié dans de nombreux ouvrages (Cura books, Les Presses du Réel, Exit, etc.) Il a également enseigné la théorie de l’art à l’Université Paris I, puis à l’École des Beaux-Arts de Nantes. Il a été commissaire indépendant de nombreux projets artistiques en France et à l’étranger, comme lors de la 6 e édition des Ateliers de Rennes – biennale d’art contemporain, aux côtés de Céline Kopp en 2018.
« Au centre d’art contemporain de Brest, j’ai un peu laissé ce côté « critique d’art parisien » et bien plus ouvert mon spectre des thématiques en art. C’est grâce aux possibilités offertes par les multiples salles d’exposition. Je n’ai pas aujourd’hui de thèmes de prédilection… même si je peux dire que j’aime qu’une oeuvre d’art ait une fonction sociale, politique et citoyenne, au-delà de la technique ou de son aspect plastique. »

Membre du comité d’acquisition du Fonds national d’art contemporain de 2013 à 2015 , il intègre en 2016 celui du Fonds régional d’art contemporain de Bretagne. Depuis le 1 er juillet 2019 c’est le directeur du Frac Bretagne, succédant à Catherine Elkar qui a fait valoir ses droits à la retraite. Il a signé pour un mandat de 5 ans, renouvelable 3 ans.
« Je trouve souhaitable le renouvellement de direction des lieux culturels, pour permettre des nouvelles propositions. Se renouveler en restant dans le même contexte est difficile. C’est aussi une question d’époque, la précédente génération de dirigeants l’on été dans la lignée des années Lang. À Rennes il y a eu ainsi de longues directions au Frac comme au TNB. »

FONDS RÉGIONAL D’ART CONTEMPORAIN BRETAGNE

19 avenue André Mussat CS 81123 – 35011 Rennes cedex Tél. +33 (0)2 99 37 37 93 contact@fracbretagne.fr / www.fracbretagne.fr

7Jours N°5027 _ 26 juin 2020