Couverture du journal du 03/02/2023 Le magazine de la semaine

Pays de Lorient : Optimiser pour développer le foncier d’entreprises

Les terrains destinés aux entreprises sont une denrée de plus en plus difficiles à trouver. En Morbihan, dans le pays de Lorient, pour tenter de répondre à une demande qui reste soutenue, élus et collectivités tentent de proposer des solutions alliant développement économique, exigences réglementaires et respect environnemental. Un point d’équilibre pas si facile à trouver.

Audélor - La matinale

De G à Dr. : Alban Ragani, président Médef 56, Freddie Follezou, vice-président au développement économique à Lorient Agglomération Fabrice Vély, maire de Caudan Gilles Poupard, directeur d’Audélor, Carine Kerlan, service développement économique à Lorient Agglomération Marc Lestrohan, représentant des entreprises de Kerpont ©DB-7jours

« Il faut aller chercher les terrains là où ils sont, dit Gilles Poupard, directeur d’Audélor, l’Agence de développement du Pays de Lorient. Il manque 40 hectares pour répondre aux besoins des entreprises et cela concerne au moins 800 emplois et 400 millions d’investissements. Ce n’est pas rien. » L’agence estime également qu’un hectare de zone d’activités représente 20 emplois directs, 33 000 € de retombées fiscales et de forts effets d’entraînement sur l’économie locale. Dans ce contexte, peut-on alors encore concilier développement économique et qualité de vie ? Si tant est que les deux notions puissent s’opposer…

Des besoins bien précis

La problématique est en tout cas clairement posée dans ces termes par certaines associations contestant un projet de nouvelle zone d’activité (voir encadré). Le sujet est d’autant plus prégnant dans le Pays de Lorient que l’économie est pour l’essentiel « productive »: 37,5% des emplois salariés privés se trouvent dans l’industrie, le BTP ou la logistique. Ces secteurs d’activités ne peuvent se développer n’importe où car ils exigent de grandes surfaces, la proximité d’infrastructures de transports, un éloignement des zones d’habitation. Quand il s’agit de leur trouver un lieu d’implantation ou d’agrandissement le cahier des charges est particulièrement contraignant.

La matinale d'Audélor "Foncier entreprise"

La matinale d’Audélor « Foncier entreprise » a attiré un grand nombre d’acteurs du territoire ©DB-7jours

Industrie, transport, logistique…

En cette fin d’année 2022, l’Audélor a recensé 112 demandes de terrains émanant d’entreprises locales, actives à 70% dans la production, le transport/logistique ou la construction. La pression est également forte qualitativement car ces entreprises souhaitent trouver des terrains de plus de 2 500 m2. « Nous sommes actuellement installés dans la zone du port de Lorient et nous n’avons pas la possibilité de nous agrandir pour répondre à une très forte de demande de stockage, témoigne Virginie Oziel de la société de transport Bruneel. L’hectare que nous prévoyons d’occuper dans la future ZAC de Kergroussel devrait nous permettre de répondre aux besoins de nos clients. »

« Ces zones peuvent être encore densifiées et nous essayons d’identifier toutes les dents creuses… »

En proposant la création d’une nouvelle zone d’activités au nord de la nationale 165, les aménageurs tentent donc de concentrer les entreprises  dans un espace dédié et d’optimiser leur consommation de terres. « Ces zones peuvent être encore densifiées et nous essayons d’identifier toutes les dents creuses, tant sur le territoire que dans les zones existantes, explique Fabrice Vély, maire de Caudan. Sur la zone actuelle de Kerpont, par exemple, les maisons particulières qui se trouvent enchâssées entre des bâtiments industriels pour des raisons historiques devraient disparaître progressivement. Nous allons aussi gagner en hauteur en passant de 12 à 15 mètres l’élévation maximale autorisée. » Des urbanistes mandatés par les aménageurs accompagnent même chaque projet afin de l’optimiser.

Optimiser et densifier l’existant

La Cellule de revitalisation du foncier économique d’Audélor (CReFE) a d’ailleurs engagée une action auprès de 14 communes avec l’aide des maires concernés pour repérer les dents creuses et les friches. 54 espaces représentants près de 20 hectares ont d’ores et déjà été identifiés. Mais seulement 12 espaces (6 ha) sont optimisables pour les entreprises… Poursuivre cette stratégie d’optimisation à long terme devrait permettre de répondre en partie à la demande. Audélor estime notamment que sur les 20 prochaines années, l’interdiction d’installation de nouveaux commerces dans les zones d’activités, la densification des futures zones et l’optimisation des zones existantes devraient permettre d’économiser 133 ha. Encore insuffisant pour des besoins estimés à 200 ha. Mais où les trouver ?

 

Polémique sur la future zone d’activités de Kergroussel à Caudan

La-ZAC-Kerpont-existant-et-projet

La ZAC Kerpont (existant et projet) ©Audélor

« C’est très frustrant pour un vice-président en charge du développement économique de n’avoir à proposer que 6,5 ha sur les 25 communes du territoire, avoue Freddie Folézou élu de Lorient Agglomération. Ça l’est encore plus quand on nous attaque sur un projet avec une levée de boucliers purement dogmatique. » Pour rappel, des associations environnementales sont montées au créneau pour dénoncer une artificialisation de terres agricoles au bénéfice de l’activité économique. En tout ce sont près de 38 ha qui devraient être dédiés à l’activité économique des deux côtés de la voie express.

Cette zone d’activités se fera-t-elle au détriment des agriculteurs? Les aménageurs avancent que la politique historique de Lorient Agglomération vise à réduire l’artificialisation de 60% d’ici 2037. La  démarche a même été saluée en novembre dernier par le projet gouvernemental « Territoires pilotes de sobriété foncières ». Les élus assurent également que les mesures de compensations sont prévus de longues dates : 13 espaces agro-naturels définis dès 2018 sanctuarisent près de 6 500 ha. Enfin, la tendance au grignotage de la Surface agricole utile semble diminuer régulièrement et se confirme au fil des ans.