Couverture du journal du 04/12/2020 Consulter le journal

Pêche en Manche, nouveaux quotas de la politique européenne commune

« Une atteinte inacceptable aux intérêts de la pêche bretonne », selon le président de Région Loïg Chesnais-Girard

Le 18 décembre, à l’aube, un accord s’est dégagé entre les 27 ministres européens en charge de la pêche, sur de nouveaux quotas et règles de pêche pour 2020.

Cet accord touche la pêche en Atlantique et en Mer du Nord, et le commissaire européen Virginijus Sinkevičius, responsable de l’Environnement, des océans et de la pêche, a noté « des hausses significatives acceptées pour 25 stocks ». Mais ce sont surtout les quotas en baisse qui ont été relevés et notamment sur le cabillaud en mer celtique.

« Une mesure technique, adoptée afin de protéger l’espèce dans cette zone, va empêcher l’accès de la flotte bretonne à des eaux riches de poissons qui lui fournissent une part non négligeable de ses revenus. Une attaque inconsidérée à l’encontre du secteur », déplore Loïg Chesnais-Girard, Président du Conseil régional de Bretagne

« C’est une atteinte inacceptable portée aux intérêts même des Vingt-Sept à travers ceux de la pêche bretonne, dont les quotas reposent précisément sur la capture de la sole, du cabillaud et de la lotte. La mesure technique approuvée dans la nuit de mardi à mercredi rend de fait des dizaines de navires bretons persona non grata dans les eaux de la mer Celtique.

C’est d’autant plus incompréhensible que l’urgence pour l’Europe est de faire bloc au moment où s’ouvrent les négociations post-Brexit sur les droits de pêche. Les pêcheurs bretons ne doivent pas servir de variable d’ajustement dans ces négociations ».

La règle étant que les poissons doivent être pêchés au « rendement maximal durable » (RMD), afin d’empêcher la surpêche et préserver les stocks halieutiques.

Les négociations les plus ardues lors de ces accords de quotas, n’ont en effet pas porté sur le merlan, l’églefin, la sole, le bar ou la langoustine mais sur le cabillaud aussi appelé « morue » quand il est séché et salé, et sur la protection de ses stocks en mer Celtique (entre la Bretagne, l’Irlande, le Pays de Galles et Cornouailles). Les experts de la Commission avaient proposé une coupe drastique de 88 % par rapport aux quotas de 2019 dans cette zone, c’est finalement une baisse de moitié qui a été retenue. Ce qui ne plaît pas non plus aux ONG.

Mécontentement de l’organisation de producteurs LES PÊCHEURS DE BRETAGNE (LPDB)

Réunie en conseil d’administration le 21 décembre, l’organisation représentant 700 navires et 3 000 marins, a pris acte des décisions issues du conseil des ministres européens fixant les TAC (Taux Autorisés de Capture) et quotas pour l’année 2020, mais n’admet pas la violence de ces mesures « visant à dessein les pêcheurs français et particulièrement les pêcheurs bretons ».

« L’introduction de nouvelles mesures techniques en Mer Celtique visant à protéger le cabillaud et merlan, impacte très lourdement l’activité économique de 60 navires, produisant 8900 tonnes pour un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros.

Le cabillaud représente à peine 3% des captures et le merlan 4%. Dans la zone concernée ces deux espèces sont des prises accessoires pour des flottilles qui visent d’autres espèces comme l’églefin ou la baudroie.

LPDB détient 47% du TAC européen d’églefin. Alors que le sujet devait porter sur les stocks de merlan et surtout de cabillaud, pourquoi la Commission Européenne a-t-elle finalement introduit des mesures pour les pêcheurs ciblant l’églefin ?

La Commission Européenne en s’appuyant sur une proposition de l’Irlande a volontairement ciblé les pêcheurs français. Cette collusion qui vise à imposer un engin « testé » par les scientifiques irlandais dont la validité des résultats n’est aucunement attestée a pour seul objectif de mettre à mal l’activité des pêcheurs bretons.

Son entrée en vigueur engendrerait une perte de chiffre d’affaires de 44% pour les navires concernés, car un certain nombre d’espèces comme la baudroie, la cardine ou l’églefin ne serait plus capturables. Concernant l’églefin on atteint le paroxysme, le TAC augmente de 30% conformément aux avis scientifiques mais on nous empêche de le pêcher dans le même temps. Des mesures incohérentes prises en vertu d’un raisonnement dogmatique ».

Frustration et colère

« C’est tout le travail fait en amont pour faire des propositions sérieuses et ambitieuses sur la base des avis scientifiques pour permettre la protection du cabillaud et du merlan qui a été balayé sans considération. Les mesures d’amélioration de la sélectivité, déjà mises en œuvre courant 2019 et qui donneront leur plein effet dans les mois à venir, n’ont pas plus été prises en considération. La Commission Européenne est dans un jeu de postures politiques qui ne prend pas en compte la réalité de l’activité des pêcheurs. Elle est même incapable d’intégrer les évolutions évidentes comme le réchauffement climatique qui influe sur l’abondance des stocks dans certaines zones. Elle ne connaît qu’une seule variable d’ajustement : les pêcheurs. Un jeu politique dans lequel les professionnels ne font que subir.

Le nouveau Commissaire Européen en charge de la pêche a humilié la France. Il a voulu répondre aux attentes des ONG et à la feuille de route fixée par la Commission Européenne, le Green Deal. La délégation française menée par le ministre en charge de l’Agriculture et de l’Alimentation se satisfait d’avoir repoussé de 5 mois l’entrée en vigueur des nouvelles mesures, « c’est le maximum qu’on pouvait faire » et de dire aux professionnels : « vos arguments n’étaient pas les bons et vos propositions pas assez ambitieuses ». C’est un point de désaccord profond que le conseil d’administration de LPDB ne peut accepter. L’administration française s’est trouvée « isolée » par manque de préparation et d’anticipation.

En conclusion, par la voix de sa Présidente, Soazig Palmer Le Gall, le conseil d’administration de Les Pêcheurs de Bretagne exprime et marque « une défiance totale vis-à-vis de notre administration de tutelle, de nos partenaires européens, des autres États Membres et de la Commission Européenne ». Dans le contexte angoissant d’un BREXIT proche, nécessitant un soi-disant « sursaut » européen, nous sommes inquiets sur la réelle capacité de la France à négocier et défendre les intérêts des pêcheurs français. Nous appelons au plus haut niveau de l’État pour une réelle prise de conscience de l’inquiétude qui monte de voir les pêcheurs français sacrifiés sur la scène européenne dans les mois prochains. La France étant incapable de tenir son rang en tant que pays et acteur majeur des pêches en Europe. « Faut-il croire que la Commission Européenne avec les ONG guide notre avenir et qu’un bon pêcheur sera un pêcheur qui ne pêche rien ? »

7Jours N°5002_ Janvier 2020