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Entretien avec Emmanuel Thaunier de la CCI35 : « 2020 une année sans fin »

L’année 2020 a été extrêmement éprouvante pour les entreprises, et 2021 s’ouvre sur une avalanche d’incertitudes. Le président de la CCI Ille-et-Vilaine, Emmanuel Thaunier, entame la dernière année de la mandature dans un contexte compliqué. Pour 7 jours, il revient sur les conséquences de cette crise sans précédent et évoque les défis à venir.

Emmanuel Thaunier de la CCI35

Emmanuel Thaunier de la CCI35 © 7J KB

L’année écoulée a été complexe pour la majorité des entreprises. À votre avis quelle est la plus grande difficulté à laquelle elles font face ?

L’année écoulée ? Les Latins appelaient cela « annus horibilis ». D’ailleurs c’est une année sans fin. En 2021, on a toujours l’impression d’être en 2020 ! Et j’ai bien peur qu’on soit dans cet état instable jusqu’à l’été. Le plus dur pour les entreprises c’est le manque de visibilité, fléau de cette année 2020. L’un des premiers effets de ce manque de visibilité est la difficulté du dirigeant à se projeter et donc à investir, que ce soit dans des actifs, des machines-outils, mais aussi dans des hommes, de la matière grise c’est-à-dire des embauches.

C’est une année sans fin. En 2021, on a toujours l’impression d’être en 2020.

Comment envisagez-vous 2021 ?

De nombreux dispositifs ont été mis en place pour aider les dirigeants, report des dettes sociales, PGE, chômage partiel… La CCI a d’ailleurs appelé 10 000 de ses ressortissants pour faire de la pédagogie sur ces différentes aides. Cela a permis à la plupart des entreprises de rester en vie, les chiffres du tribunal de commerce sont assez éloquents sur ce point. Les mesures de mise sous perfusion et d’anesthésie ont bien fonctionné. Ce qui m’inquiète c’est la salle de réveil. Cela va être plus dur.

 

Quand vont intervenir les premières défaillances en masse ?

Dès le mois de mars avec le remboursement des dettes sociales et à partir de l’été avec celui des PGE nous allons probablement avoir des défaillances d’entreprises, mais pas sous forme de pic… C’est probablement une bonne chose, car cela va nous permettre de les accompagner individuellement. Je pense que cela va se faire sur un un trend très long, probablement deux à trois ans. Nous allons avoir sans doute des statistiques un peu plus élevées que celles que nous avons connues depuis 9 mois. À la CCI, nous disposons d’une cellule de prévention des difficultés, et prévenir c’est souvent guérir ! Il y a des procédures aujourd’hui de protection des entreprises qui peuvent les aider à rebondir. Si on donne le coup de frein trop tard généralement cela se passe mal. Ils peuvent nous contacter au 02 99 33 63 03. Il y a également l’association Rebond 35 pour accompagner le dirigeant en détresse psychologique.

Les mesures de mise sous perfusion et d’anesthésie ont bien fonctionné. Ce qui m’inquiète c’est la salle de réveil.

Y’a-t-il eu une chute cette année des candidats à la création d’entreprise ?

La CCI a accompagné 1 900 porteurs de projet partout dans le département. Ce n’est que – 7 % par rapport en 2019. Au vu du contexte on aurait pu s’attendre à un engouement un peu moins grand à la création d’entreprise, et bien non…

 

Cette crise va-t-elle bousculer certaines pratiques ?

Oui. Par exemple, les bailleurs et notamment les grandes foncières vont devoir modifier leurs pratiques parce que plus personne ne peut payer leurs loyers. Le bail commercial 3/6/9 est une spécificité française, unique au monde, on n’a jamais vu ça ailleurs. Et quand vous mettez dans la balance un bail 3/6/9 qui est un engagement de long terme et les incertitudes que connaissent les entreprises d’aujourd’hui ça ne colle plus. Comment s’engager sur 3/6/9 ans quand on sort d’une année ou à une semaine près on ne savait pas à quelle sauce on allait être mangé ? Cela ne pourra pas tenir longtemps, je pense.

La crise a aussi été un révélateur pour les entreprises très dépendantes des approvisionnements internationaux. Elles se sont rendu compte, et c’est aussi le bienfait de ce genre de crise, d’éléments de fragilité dans leur chaine logistique voire leur chaine de production. Certaines entreprises en Bretagne ont commencé à diversifier leurs zones d’approvisionnement. Elles se sont rapprochées de zones européennes pour découvrir que finalement les prix n’étaient pas si différents. C’est intéressant ces périodes-là, car cela nous oblige tous à revisiter nos process y compris d’achats et de ventes.

Quand vous mettez dans la balance un bail 3/6/9 qui est un engagement de long terme et les incertitudes que connaissent les entreprises d’aujourd’hui, ça ne colle plus.

Vous annonciez début 2020 une réorganisation des effectifs de la CCI et un renforcement des prestations d’expertises monétisées, où en êtes-vous ?

Bercy nous avait effectivement demandé de vendre davantage nos prestations aux entreprises. Nous avions bien démarré en janvier 2020, mais entre temps il y a eu le Covid. Nous avons donc expliqué à notre tutelle que cela allait être très difficile de changer de modèle économique en pleine crise, ce qui a été entendu. Les parlementaires ont accepté une pause sur ces stratégies de monétisation de nos prestations pour 2021 et 2022, et maintenu nos ressources fiscales.

 

Des projets de déménagements étaient également évoqués, est-ce toujours d’actualité ?

En 2021, la CCI mène déjà deux gros projets immobiliers : l’implantation de l’école Ferrandi avec 8 millions d’euros de budget et le déménagement de notre CFA de Saint-Jouan des Guérets vers Saint-Malo, à Marville. Une fois que ces deux projets seront réalisés, nous nous attaquerons à celui du déménagement de la CCI.

 

Il s’agit de la dernière année de cette mandature (2017- 2021). Quel bilan tirez-vous ?

Un des gros challenges était de faire une CCI départementale. Il y a encore 15 ans il y en avait 3 en Ille-et-Vilaine : Fougères, Rennes et Saint-Malo. Nous avons laissé des délégations en place sur chacun des territoires, il y a du monde en proximité. Et puis ce qui est très fort depuis 12 mois voire un peu plus, c’est que nous avons réellement inversé le fonctionnement de la chambre de commerce. Autrefois nous étions à disposition de nos 42 000 ressortissants. Aujourd’hui la chambre de commerce est devenue plus proactive et va désormais vers ses ressortissants. D’ailleurs le Covid a participé à accélérer cette révolution culturelle.

 

Allez-vous rempiler pour un troisième mandat ?

Cela fait deux mandats que j’exerce. Un troisième mandat ? Je ne sais pas encore. Ce sont quand même des mandats très lourds et on ne peut pas dire que 2020 ait été de tout repos. 2021 ne s’annonce guère plus reposante. Je suis encore en réflexion !

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