Couverture du journal du 05/08/2022 Consulter le journal

L’entreprise rennaise de transport Toutenvélo rayonne partout en France et exporte ses vélos cargo jusqu’à New York

Toutenvélo, 10 ans d’existence, rayonne dans 8 villes de France (et bientôt 11). À Rennes, berceau de l’entreprise, ils sont une vingtaine à travailler : la moitié de l’effectif sur la route pour l’activité de transporteur, l’autre moitié s’occupe de la fabrication et de la distribution des vélos cargo et remorques-vélo professionnelles (près de 200 par an) et du développement de la franchise sociale. Retour sur cette aventure de transporteur nouvelle génération, les cyclo-logisticiens.

Toutenvélo, Rennes

Une partie de l’équipe Toutenvélo Rennes © Studio Carlito

« Il y a à Rennes, comme à Nantes, près de 3O professionnels, artisans plombier, électriciens, paysagistes, mais aussi des associations qui travaillent en utilisant nos vélos cargo ou vélo-remorques », indique Jérôme Ravard co-fondateur de Toutenvélo et aujourd’hui responsable produits et mobilités. Pour 8 000 euros on peut remplacer sa camionnette d’artisan par un vélo cargo tout équipé. « Nous fabriquons près de 200 remorques chaque année dans notre atelier à Noyal-Châtillon-sur-Seiche. Des produits adaptés aux besoins des professionnels et pouvant supporter de lourdes charges, jusque 300kg. Et nous commercialisons les vélos-tracteurs à assistance électriques adaptés à cet usage. Nous sommes nous-même des artisans, nous fabriquons nos pièces et les assemblons, selon les demandes. » Ils viennent d’ailleurs d’envoyer quelques remorques à New York. « Nous confectionnons des produits low-tech : robustes, pérennes, limitant l’impact environnemental. »

La logistique du dernier kilomètre en ville

« C’est étonnant comme le transport à vélo ne jouit pas de la même image de sérieux que le transport en poids lourd (vous savez ceux que l’on appelle les véhicules « légers » !) », indique, pragmatique, Olivier Girault, directeur de la Scic et responsable du réseau Toutenvélo en France. « Pourtant, nous réalisons les mêmes typologies de prestations, des services de livraisons et de collectes. Il y a un encore un travail argumentaire à faire là-dessus. »

« Sur la logistique « du dernier kilomètre », nous sommes le dernier maillon d’une organisation qui permet de livrer dans les centres urbains les boutiques de vêtements, les tabacs-presse, les pharmacies… Nous avons notre « hub de logistique » où sont déposés chaque jour les colis par les transporteurs tels que DHL ou UPS et nous organisons nos tournées. Notre seule limite est aujourd’hui les 300 kg de charge. Le rayon de distribution à Rennes est approximativement de 2,5 km autour de République.

L’idée est de développer ce service logistique à vélo dans les villes les contraintes sont fortes : les villes de plus de 100 000 habitants, mais aussi La Rochelle en raison des fortes contraintes estivales. En fait, partout il y a une limite d’accessibilité des camions, dans un espace circonscrit car avec nos vélocargo de 3m à 3m50 nous avons une réelle agilité. Par ailleurs, nous assurons des déménagements, le transport d’encombrants et toutes courses sur demande. »

Chaque réseau dans chaque ville est organisé en Scop : les salariés ont des parts sociales, le gérant est élu, chaque décision est prise de manière démocratique

Toutenvélo, Rennes

© Studio Carlito

La genèse en 2009, la Scop en 2012, l’atelier en 2014, la franchise en 2016

En 2009, Jérôme Ravard et Antoine Smati sont livreurs indépendants de leur auto-entreprise Travert Course à Rennes. Jérôme part au Canada 6 mois, il en revient avec 2 remorque de déménagement à vélo… « Une révélation, là bas c’était courant d’utiliser la cyclo-logistique. En France, ce n’était pas encore concevable de ne faire que des déménagement à vélo-remorques, on a élargit l’activité ». En 2012, Sébastien Le Ménach se joint à eux, ils montent une Scop (Société coopérative et participative) et développent une activité globale de transporteur à vélo. « Il y a avait des problèmes de solidités des remorques, alors on a décidé d’en fabriquer. » Dès 2014, ils fabriquent pour d’autres sociétés, puis vient le développement de la franchise. « Un gars est venu nous voir pour développer l’activité à Rouen, alors nous l’avons accompagné. » C’est ainsi qu’après de multiples questions ayant trouvé leur solution, tel un pignon démultiplicateur de forces et d’idées, Toutenvélo se développe et comptera près de 100 personnes en France d’ici la fin 2022.

Franchise ? Dites plutôt Freechise !

« Depuis 2016 l’enseigne Toutenvélo s’est déployée dans 7 autres villes* en France, s’ajoutent 3 nouvelles ** implantations d’ici fin 2022. Un réseau en franchise « ou freechise », reprend Olivier. « C’est comme une franchise mais sans droit d’entrée, ni redevance liées à un chiffre d’affaires : ce modèle est détaché de tout élément commercial, c’est un réseau d’entreprises de transport, regroupé sous ce même nom, chacun restant indépendant. Toutenvélo leur apporte l’expertise, les accompagne pour monter leur Scop, la seule contrepartie est de s’équiper du matériel conçu et commercialisé par Toutenvélo à Rennes. Une indépendance assez logique car chaque territoire a ses particularités, on n’imagine pas la logistique de la même manière en Bretagne qu’à Nice, ou Paris, les contraintes sont différentes. » (*Rouen, Grenoble, Caen, Marseille, La Rochelle, Dijon, Le Havre **Lyon, Créteil, Aix en Provence).

Tous salariés, tous sociétaires

La tête de prou de Toutenvélo est regroupée sous forme d’une Scic, pour la coordination du réseau et la partie fabrication.

« Ensuite chaque réseau de cyclo-logistique dans chaque ville est organisé en Scop : les salariés ont des parts sociales, le gérant est élu, chaque décision est prise de manière démocratique. Les salariés sont acteurs de la société, investis dans l’organisation et la gestion, et pensent eux-même la QVT (qualité de vie au travail). Et nous partageons les revenus de la Scop. La base de salaire d’un livreur est un peu au-dessus du Smic, ensuite, sur les bénéfices annuels, 16 % minimum sont mis de côté pour renforcer la trésorerie, le reste est redistribué soit en « ristourne » proportionnelle au temps de temps travail de chacun, soit en dividende. Ainsi, la lucrativité est partagée de façon équitable, à toutes les parties prenantes. »

Toutenvélo, Rennes, Olivier Girault

Olivier Girault, directeur et responsable du réseau Toutenvélo France, est également administrateur de Boites à Vélo France, qui promeut le cycle dans l’usage professionnel. « En France, il existe 140 entreprises de cyclologistique, dont 70% ont moins de 5 ans. Et d’ici fin 2022, la fédération professionnelle de cyclologistique sera créée. » © Studio Carlito

Demain quelle logistique urbaine ?

Conscients des enjeux environnementaux, des polluants atmosphériques, des émissions de gaz a effet de serre, les opérateurs économiques et les collectivités territoriales repensent les déplacements et la logistique urbaine. Le Plan de déplacements urbains de Rennes Métropole annonce par exemple un double objectif à l’horizon 2030 : zéro livraison réalisée en véhicule diesel dans le centre-ville de Rennes et une réduction de 30 % des déplacements réalisés en diesel sur le reste de la Métropole.

« Dans 10 ans, il n’y aura plus que des véhicules hybrides en ville. Nous, on restera à vélo, nous pensons que c’est la solution. Je pense aussi qu’il n’y a que les contraintes réglementaires qui feront avancer les choses : les incitations ne suffisent pas, en France on ne remet pas son modèle en cause si l’on n’y est pas contraint. C’est dommage mais c’est ainsi ! »