Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

Portugal : Nouvel Eldorado pour les Entreprises Bretonnes

La France est le deuxième partenaire économique du Portugal. Le pays, qui affichait un taux de croissance de 2,3% en 2023, attire l'attention des entreprises bretonnes qui sont déjà quelques unes à s'y implanter. Et le Medef 35 amènera une délégation de dirigeants, en octobre prochain, à Lisbonne, dans le cadre de ses 23 Rencontres internationales. 

Laurent Marionnet, DG de la CCI luso française ©DR

L’économie maritime, ou blue economy, représente un terrain d’entente entre la Bretagne et le Portugal. Avec leurs expertises respectives dans l’aquaculture, l’agroalimentaire lié à l’industrie de la mer et l’éolien offshore, les deux régions « ont un potentiel de coopération important », introduit Laurent Marionnet, directeur général de la CCI luso-française à Lisbonne. Au Portugal, le développement des énergies renouvelables (70% d’utilisation) offre des perspectives. Plus limitées, des synergies dans l’agroalimentaire existent tout de même. Par exemple, l’entreprise bretonne Bridor a acquis, en 2022, Panidor, société portugaise de 500 collaborateurs spécialisée dans la fabrication de pains et viennoiseries. L’économie du numérique (4,6% du PIB portugais) est aussi un axe d’échange. Le patron du MV Group, Olivier Méril, annonçait, il y a six mois, l’ouverture d’une filiale portugaise.

Coût d’opération et niveau de formation

« Le Portugal bénéficie de coûts d’opération moins élevés que la France, estimés deux fois moins importants, en particulier en matière de salaires. Cependant, le pays ne doit plus être perçu comme une simple destination « low cost », mais comme un hub de start-up et d’innovation », introduit Laurent Marionnet. Après la crise financière de 2008-2014, le Portugal a mis en place des réformes drastiques pour relancer son économie. « De nombreux jeunes ont dû créer leur emploi, entraînant la naissance de nombreuses start-up ». La capitale portugaise accueille la Licorne factory, un hub dédié à l’innovation. Lisbonne accueillera le Web summit, en novembre. Un régime fiscal pour les professions innovantes plafonnant l’impôt sur le revenu à 20% et l’existence d’un visa tech, rendent le pays attractif.
Autre atout sur lequel mise le pays au coq de Barcelos, « la qualité de la formation, avec des universités comme Nova ou l’Université catholique à Lisbonne, celle de Porto ou du Minho ».

Le site portugais du Cordon Group ©Cordon Group

Mécanique, aéronautique, tourisme

Le Portugal, connu pour son industrie de sous-traitance mécanique, connaît un essor dans le secteur aéronautique, avec, notamment, l’implantation d’Airbus, qui emploie désormais un millier de personnes dans le pays.
Locomotive économique, le tourisme (20% du PIB) poursuit sa croissance. « Le développement de centres touristiques offre des possibilités, en matière de construction par exemple », souligne le directeur de la CCI. Le groupe immobilier rennais Legendre a d’ailleurs une filiale sur place.

Un hub vers les pays lusophones

Les îles de Madère et des Açores connaissent un fort développement touristique. Madère est une zone franche. Si l’accès est restreint, quelques centres de recherches dans le domaine spatial y sont implantés. « La position stratégique des îles au milieu de l’Atlantique confère au Portugal une voix importante dans l’Otan. »
Avec un marché lusophone de 300 millions de consommateurs, le Portugal constitue une porte d’entrée vers le Brésil, le Mozambique, l’Angola et le Cap-Vert. « Le Brésil n’est pas un marché facile, l’appréhender depuis le Portugal peut simplifier les choses« , souligne Laurent Marionnet, qui sera présent à l’Open de l’International organisé par Bretagne Commerce International le 1er juillet à Rennes.

 

Cordon Group – Produits électroniques
En 2023, le groupe dinannais met la main sur SBE et ses cinq implantations à l’étranger, dont une usine de réparation et conditionnement de produits électroniques à Porto. Cordon group compte 4 000 salariés, dont 150 au Portugal et réalise 470 millions d’euros de chiffres d’affaires, dont 30% à l’international. L’objectif à horizon 2025 est de 500 millions. « Si nos clients sont majoritairement portugais, cet ancrage nous permet de développer des contrats avec des Espagnols et prévoyons une implantation en Espagne si le potentiel se concrétise, commente Olivier de Rugy, directeur des opérations et du commerce. Avantage intéressant dans les relations d’affaires, les Portugais sont très francophones (l’apprentissage du français était obligatoire pendant la dictature, ndlr). »

Roullier – Nutrition végétale et animale
Le groupe Roullier (Saint-Malo) s’implante en 1994 dans deux régions du Portugal, avec cinq représentants commerciaux. En 2009, Timac Agro établit une unité de production à Setubal, au sud de Lisbonne. La filiale compte 123 collaborateurs, auxquels s’ajoutent 83 autres personnes sur une activité viticole lancée en 2021. Cette activité, sous la marque Falua, intègre plusieurs vignobles, dont un inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. « Le potentiel agricole du pays, très diversifié, justifie une présence locale avec un outil industriel proche et flexible », rapporte Guillaume de Jouslin de Noray, directeur général Timac Agro International.