Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

BC-CAP : un succès croissant

Boris Calle a lancé, en 2007, la première boulangerie Augustin, quartier Longchamps à Cesson-Sévigné ; sa deuxième rue de la Monnaie à Rennes. Aujourd'hui, il dirige BC-CAP, un groupe agroalimentaire basé à Châteaugiron (35), comptant 45 boutiques, 400 collaborateurs et 35 millions d’euros de chiffre d’affaires prévus en 2024.

Boris Calle, dirigeant de BC CAP, groupe agroalimentaire basé à Châteaugiron ©StudioCarlito

BC-CAP fabrique et distribue la majorité de ses produits de boulangerie et de pâtisserie sur ses deux enseignes, Mariette et Augustin et mise sur un modèle en franchise pour son développement, visant l’ouverture de dix franchises et dix succursales par an. Entretien avec Boris Calle, président et fondateur de ce groupe ambitieux.

Vous avez connu une forte croissance ces cinq dernières années, comment cela s’est passé ?

Boris Calle. L’année 2020 a marqué une étape importante : la création du groupe BC-CAP. Avec un fonds d’investissement, nous avons racheté les réseaux New Bakery, Saint-Honoré et Moulin de Païou en 2021. Grâce à ces acquisitions, nous nous sommes implantés en région Rhône-Alpes et avons doublé notre parc de magasins, avec notamment la création de notre nouvelle enseigne : Mariette.

À partir de 2022, nous nous sommes structurés avec des nouveaux pôles : marketing, achats, développement. Le groupe BC-CAP, aujourd’hui, c’est près d’une quarantaine de sociétés, dont les principales : Aug Unit, Aug’ development, pour le développement de la franchise, et nos structures qui exploitent des boulangeries Augustin, Mariette et Moulin de Païou (une quinzaine de boulangeries en France, ndlr) que nous n’avons pas vocation à développer.

 

BC-CAP en chiffres ?

B. C. Avec 400 collaborateurs, pour un chiffre d’affaires prévisionnel de près de 35 millions d’euros en 2024 (25 millions en 2023), nous sommes positionnés sur trois métiers : boulangers et retailers, avec l’exploitation de nos boulangeries ; franchiseurs, à travers notre société Aug’ development ; industriels, par la production boulangerie et pâtisserie que l’on vend à notre réseau, mais aussi à des concurrents, la grande distribution ou à des distributeurs.

Aujourd’hui, 45 boutiques sont ouvertes, elles seront 55 d’ici à la fin 2024. Une boutique accueille entre 15 000 et 20 000 clients par mois en moyenne (jusqu’à 1 000 clients par jour). Notre souhait est d’ouvrir dix boutiques en franchise et dix boutiques en succursale par an, mais nous ne courrons pas non plus après l’ouverture à outrance ! Nous produisons une centaine de pains différents, auxquels s’ajoutent près de 300 références en boulangerie/pâtisserie, soit 400 à 500 références au total.

« Nous essayons, autant que faire se peut, de privilégier le circuit court pour l’approvisionnement de nos matières premières » ©StudioCarlito

 

Quelle différence entre Augustin et Mariette ?

B. C. Augustin est notre marque historique, créée en 2007 à Rennes, une enseigne plutôt urbaine. Début 2021, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas déployer Augustin sur nos nouveaux emplacements, des zones de chalandises sur lesquelles il était compliqué de se développer, en périphérie des villes. Ainsi, nous avons créé une seconde marque, plus populaire, plus familiale, pour concurrencer des majors qui maîtrisent ce secteur.

Il était aussi pour nous très important d’avoir deux marques que nous étions en capacité de développer en succursales, mais aussi en franchises sur un territoire, car les demandes en boulangerie sont différentes selon les zones de chalandise. C’est le cas par exemple à Limoges, où nous allons ouvrir deux magasins Augustin en hypercentre et trois Mariette en périphérie.

 

55 enseignes Augustin et Mariette d’ici à la fin 2024, une boutique accueillant entre 15 000 et 20 000 clients par mois en moyenne.

Pourquoi ce virage en franchises ?

B. C. Nous voulons nous développer sur le plan national. Pour cela, il faut être en capacité de sécuriser les implantations sur des territoires que nous ne maîtrisons pas forcément et nous devons ainsi nous appuyer sur des partenaires locaux, qui maîtrisent parfaitement leurs territoires. La franchise est ainsi la rencontre de deux expertises, celle du terrain amenée par le franchisé et l’expertise métier, amenée par le franchiseur.

Nous ciblons principalement, pour les franchises, des personnes multifranchisées, qui suivent une formation initiale de trois mois, puis une immersion dans l’un des points de vente de la région. Du démarrage des travaux à l’opérationnel sur le point de vente ou l’administratif, le soutien des équipes perdure jusqu’à l’ouverture. En parallèle, un outil industriel est mis au point, permettant la fabrication de petites séries sur une ligne de planification 100 % automatisée et en complément, un atelier de fabrication semi-industriel élaborant une gamme de pâtisseries.

 » Tous les produits de panification partent de l’usine de Châteaugiron et pour les produits traiteurs, nous travaillons avec des sous-traitants. » ©StudioCarlito

 

Quels sont vos projets de développement ?

B. C. Affirmer notre position en Bretagne, tout d’abord. Nous avons une douzaine d’enseignes du groupe sur le territoire breton et nous allons ouvrir, le 1er juillet à Trégastel, puis Lannion, et Saint-Malo à la fin de l’année avec deux boutiques. Puis, en été, une autre boutique à Lyon et nous travaillons aussi sur le sud de la France, entre Nice et Toulon. En un an, nous allons ainsi ouvrir une dizaine de boutiques sur le territoire français.

Nous sommes aussi toujours en quête de croissance externe, d’opportunités de rachat de groupes de boulangerie.

Pour accompagner chaque franchise, nous montons un dossier pour créer notre propre centre de formation en interne, avec référencement Qualiopi, car nous formons actuellement entre 35 et 50 salariés à l’année.

Au siège, nous réfléchissons à utiliser l’espace disponible (sur les 6 500 m2 existants, ndlr), pour du stockage et le développement de la viennoiserie.

 

« On doit s’appuyer sur des partenaires locaux. »

Vous avez récemment accueilli une délégation de Chine. Visez-vous un développement au-delà de la France ?

B. C. Nous sommes sollicités par des organisations étrangères mais notre souhait est d’abord de nous développer sur le territoire national. Nous avons été sollicités par un conglomérat chinois pour les accompagner dans du développement d’activités de boulangerie en retail, mais aussi éventuellement en production. Dans ce cadre, nous avons, depuis environ sept mois, entamé des discussions. Cela concernerait la région du Sichuan, soit environ 30 millions d’habitants.

Ce sujet avance. Nous avons aussi des discussions avec d’autres pays étrangers comme l’Autriche, le Maroc, ou encore la Belgique.

Ces pays souhaitent vraiment développer des activités de boulangerie-pâtisserie avec un savoir-faire français, puis intégrer des organes de productions dans un second temps.

 

Comment vous différencier par rapport aux concurrents du marché ?

B. C. En zone urbaine, nos concurrents sont principalement les indépendants. En zone périphérique, il y a des enseignes bien connues comme Marie Blachère, Ange, Louise, La Mie Câline… Ce qui nous différencie, c’est que nous offrons à nos clients une large gamme de produits ( 50 pains différents tous les jours, 50 produits salés différents…) ce que ne font globalement pas nos concurrents. Mais aussi du pain chaud toute la journée et une large latitude d’horaires d’ouverture.

 

Des difficultés ?

B. C. Depuis 15 à 18 mois, nous faisons face à des problématiques importantes. D’abord, le sujet de la hausse du coût des matières premières comme le beurre (5 à 10 euros le kilo), crème, des sujets de fruits secs, chocolat… Et des pénuries. Même si nous essayons, autant que faire se peut, de privilégier le circuit court pour l’approvisionnement de nos matières premières – le beurre, la crème et le lait proviennent, par exemple, de laiteries autour de l’usine de Châteaugiron (la SIL, Lactalis, Agrial…), les pommes d’un verger du territoire… – du fait de ces pénuries, nous avons eu une forte augmentation des prix, que l’on a tous aussi subit au quotidien.

Il y a un vrai sujet au niveau de l’énergie, le coût de l’électricité qui a été multiplié par deux voire trois, mais aussi l’inflation du prix du gazoil pour le transport de nos marchandises.

Nous avons aussi, comme beaucoup d’autres dans l’industrie, des difficultés de recrutement, notamment pour les franchises, et pour trouver des locaux dans les différentes villes.

Quand nous additionnons toutes ces problématiques, cela fait beaucoup.

 

Comment faites-vous face au gaspillage alimentaire ?

B. C. À l’usine du siège, nous travaillons de la pâte, donc nous avons peu de pertes. Si pertes il y a, les déchets organiques passent au méthaniseur. Dans les magasins, notre concept étant d’avoir du pain chaud toute la journée, l’objectif est qu’il y ait des produits toute la journée avec le minimum de pertes. Nous travaillons aussi avec des associations (Restaurants du cœur, Secours Catholique) qui vont récupérer les invendus et les redistribuer. Chaque boulangerie locale essaie de tisser des liens avec les associations de son territoire pour réduire le gaspillage alimentaire.

 

Des changements dans les habitudes des consommateurs ?

B. C. Bien sûr et nous devons nous y adapter. Nous devons répondre à la demande du client, tant dans le volume des produits, du prix… Par exemple, le bio, qui était très prisé pendant un moment, nous nous rendons compte que les personnes s’en détournent un peu aujourd’hui. A contrario, la demande en produits vegan est grandissante donc nous proposons de nouveaux produits dans cette gamme.

Nous nous adaptons aussi à la clientèle selon les régions : on ne consomme pas de la même façon et pas les mêmes produits, à Rennes, qu’à Lyon ou qu’en Alsace. De ce fait, nous proposons des produits locaux selon les emplacements : en Bretagne des Kouign-amann ; en Alsace, nous faisons des Bretzel et Kougelhopf ; à Lyon de la brioche aux pralines.

Pour cela, tous les produits de panification partent de l’usine de Châteaugiron et pour les produits traiteurs, nous travaillons avec des sous-traitants.

 

Bonus

Votre parcours ? J’ai fait ma scolarité à Rennes, un bac C (ex-baccalauréat filière scientifique), puis je me suis installé au nord de Rennes, à Tinténiac, en tant que cavalier de haut niveau, de 1997 à 2005. J’ai ensuite voyagé en France et à l’étranger, période pendant laquelle j’ai mûri mon projet de boulangerie. Début 2007, je commence par ouvrir une première enseigne à Cesson, puis août 2010 la seconde à Rennes. En 2016, nous avons racheté l’outil de production à Châteaugiron, lieu qui est devenu le siège du groupe.

Pourquoi la boulangerie ? C’est avant tout une activité de proximité, du commerce avec un produit alimentaire qui parle à tout le monde.

 

Votre pâtisserie/viennoiserie préférée ? J’aime un peu tout, je suis très gourmand… Je dirais les chouquettes garnies.

 

Un lieu pour vous ressourcer ? La mer, une belle plage de sable le matin, de très bonne heure, quand le soleil se lève, pour des promenades, en Bretagne ou ailleurs.

 

Une activité préférée ? Mon activité, ce sont les projets, c’est ce qui m’anime. Avec le challenge de les mener à bien.

 

Une phrase qui vous guide ? Ne rien lâcher.