Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Spiruline marine en Bretagne : une première ferme mondiale

Souvent qualifiée d’or vert marin, la spiruline est une micro-algue qui possède de multiples vertus alimentaires, sanitaires et même cosmétologiques. Un véritable produit miracle élevé, pour la première fois dans le monde, dans de l’eau de mer naturelle. La ferme Spiru’marine, tout juste inaugurée à Arzon (56) a bénéficié du soutien de l’État dans le cadre du plan « France Relance ».

spiruline

Inauguration de la ferme de spiruline marine à Arzon (Morbihan-Bretagne) ©DR

À l’heure où la population mondiale croît à un rythme soutenu, où la question de la sécurité alimentaire se pose de manière accrue, où la dégradation de l’environnement pèse sur la qualité des produits agricoles… La spiruline pourrait représenter une solution immédiate à ces questions existentielles pour notre planète et ses habitants. Principalement en raison de ses vertus nutritives, son abondance et son rôle environnemental. Alors ? La spiruline, un produit miracle, un super aliment ? Marieg Capodano alias « Madame Spiruline » en est convaincue. Au point qu’elle vient d’inaugurer, sa première ferme d’élevage 100% eau de mer et a su mobiliser les fonds du plan de relance soutenu par l’État.

Un formidable piège à CO2

Extrêmement riche en nutriments, spirulina platensis ou maxima appartient à la famille des micro-algues bleues (cyanophicae) et vit dans les eaux chaudes semi-tropicales, peu profondes et saumâtres. En plus de ces innombrables propriétés (voir encadré ci-dessous), cette algue est un formidable absorbeur de CO2. « A l’hectare, la spiruline capte environ 40 tonnes de CO2 contre 10 tonnes pour une forêt, confirme Marieg. Dans notre ferme, nous multiplions ce taux par 5 à 10, car notre souche Spiru’Breizh est élevée à la verticale. » Décidément, « l’or vert marin » a tout pour séduire.

« La plupart des producteurs ont été confrontés à des problèmes de rentabilité. »

C’est donc tout naturellement qu’il existe une multitude de producteurs de spiruline à travers le monde. Nombre d’entre eux surfent habilement sur la mode santé-bien-être en proposant des compléments alimentaires et, pour beaucoup, sans garantie de qualité. D’autres récoltent l’algue, la sèchent puis la vendent sous forme de paillettes. Marieg Capodano travaille, elle, depuis 2013 à imaginer un processus d’élevage industriellement rentable, respectueux de l’environnement et préservant la biodiversité. Le tout dans 100% d’eau de mer. Quasiment la quadrature du cercle. « La plupart des producteurs qui ont essayé de produire de la spiruline à partir de 100% d’eau de mer ont été confrontés très vite à des problèmes de rentabilité. Les expériences se sont donc très vite arrêtées, constate Marieg Capodano. »

Maîtriser la qualité de l’eau

Mais pourquoi a-t-elle réussi là où les autres ont échoué? « Ressaler de l’eau douce m’a toujours paru être une aberration lorsqu’on est proche d’un littoral, dit Madame Spiruline. Mais je comprends qu’ils essaient cela, car travailler avec de l’eau de mer exige des techniques plus difficiles à mettre en œuvre. Il faut notamment  maîtriser sa propre station d’épuration pour que l’algue croisse dans un milieu nutritif et sain. En plus de cela, en laboratoire classique, le rendement est équivalent à celui du tiers observé en milieu naturel. » Seule Marieg a trouvé la formule gagnante: sélectionner une souche à partir des brins de spiruline qui résistent à une production en eau de mer. Elle lui donne un nom « la Spiru’Breizh », car née en Terre/Mer bretonne.

Lauréate de l’appel à projets « Résilience »

Celle qui, pendant une décennie, a produit des algues pour nourrir ses huîtres dans une écloserie du golfe du Morbihan s’est obstinée pendant deux ans pour trouver la solution. C’est en 2013 que Jean-Paul Jourdan (précurseur français) lui apporte une souche très prometteuse. En 2015, le procédé est parfaitement stable, même en grands volumes. En 2019, encouragée par Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, elle décide d’arrêter l’artisanat et de répondre à l’accompagnement de l’État. Sa SCEA à 30 000€ de capital devient une SAS à 900 000€ de capital par valorisation de ses actifs. Le 8 mars 2021, elle devient lauréate de l’appel à projets et obtient le soutien du plan de relance sur deux ans. Pendant ce temps, la spiruline marine a bien grandi. Et, dès le mois de décembre de cette année, à partir de la Spiru’Lab, sa micro-usine brevetée, nous pourrons nous-mêmes goûter au « caviar vert de Madame Spiruline ».

La spiruline en chiffres

La spiruline « l’aliment du futur selon l’ONU » est une cyanobactérie, un micro-organisme aquatique vivant grâce à la photosynthèse. Elle est considérée comme l’aliment le plus riche et le plus équilibré après le lait maternel et contient 3 fois plus de protéines que le bœuf, 12 vitamines, 11 minéraux et oligo-éléments, ainsi que 18 acides aminés.

La production de la protéine de spiruline consomme 30 fois moins d’eau que celle de la protéine de soja, et absorbe de grandes quantités de CO2, et produit de l’oxygène.

Le marché mondial de la spiruline représente 346 M$ en 2018, en croissance de 11% par an (Allied Market Research).

Avec une consommation totale estimée à 400 tonnes, la France fait partie des grands marchés, mais, 90% de la consommation est importée des grandes fermes industrielles de Chine, d’Inde ou des États-Unis. 

En France, entre 2014 et 2018, les surfaces cultivées ont doublé, et le chiffre d’affaires des producteurs a triplé pour atteindre plus de 6M€ en 2018.

On estime que la production française devrait doubler d’ici fin 2022 pour atteindre 80 tonnes, et 16 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.