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Tourisme d’affaires : la Bretagne en position de challengeuse

Le tourisme d'affaires reste un angle mort des politiques régionales, faute d'une quantification précise de ses retombées potentielles, indique une étude du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser). Pourtant, après un coup d'arrêt lié au Covid, ce secteur très concurrentiel renoue avec une dynamique positive, même si la Bretagne ne fait pas figure de favorite dans les destinations choisies. En 2019, la Bretagne accueillait 5 % des événements professionnels nationaux, à hauteur de son poids économique. L'Ille-et-Vilaine constituant la locomotive régionale.

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Le tourisme d’affaires en Bretagne en chiffres

Plus de 16 000 évènements d’affaires ont été dénombrés en Bretagne en 2019 (hors déplacements professionnels individuels), indique le Ceser Bretagne dans son étude parue en 2023. Près des deux tiers sont des séminaires et des journées d’études, ce qui illustre le poids de ce type de rencontres professionnelles dans le total du tourisme d’affaires. Les foires, salons et congrès, bien que très visibles du fait de leur affluence, restent très minoritaires en nombre (près de 1 000 évènements de ce type recensés en 2019 en Bretagne).

Quelle locomotive en Bretagne ?

Les rencontres professionnelles bretilliennes pèsent 51 % du total des évènements ayant lieu en Bretagne et sont ventilées entre deux pôles : Rennes et Saint-Malo. ​​« Le Couvent des Jacobins (centre des congrès de Rennes métropole, ndlr) accueille en moyenne annuelle 130 à 140 événements, pour un volume d’affaire de 4,5 millions d’euros », commente Angéline Duret, directrice générale de la SPL Destination Rennes.

Quelle part dans l’économie bretonne ?

Les voyages d’affaires (individuels et collectifs) de moins de 24 heures constituent la majeure partie du tourisme d’affaires : il s’agit paradoxalement de l’activité la plus importante, mais aussi la plus difficile à quantifier.
La Bretagne a accueilli 5 % des 52 millions de participants à des évènements d’entreprises en 2018 en France (contre 53 % pour l’Île-de-France), soit une part représentant sensiblement son poids économique et démographique. De même, 5 % du total national des rencontres professionnelles ont lieu en région. La Bretagne serait donc « à son rang ». Pour le Ceser, si le tourisme d’affaires constitue un angle mort de la politique régionale, c’est avant tout parce que le secteur n’est pas réellement quantifié par les collectivités en termes de retombées potentielles sur les territoires, notamment en raison de cette frontière perméable entre les deux formes de tourisme, mettant ainsi en exergue l’enjeu de l’observation.

Ces voyageurs professionnels génèrent davantage de retombées économiques. « Ils dépensent trois à quatre fois plus qu’un touriste de loisir, en hébergement marchand, transports, restauration et restent 2,5 jours en moyenne sur le territoire. De plus, il y a un effet prolongation car il est fréquent que ce voyageur professionnel reste sur place ou revienne pour prolonger les séjours en famille », explique Frédéric Jouët de la SPL golfe du Morbihan Vannes Tourisme.
Pour le seul Couvent des Jacobins, l’estimation des retombées économiques de 2023 s’élèvent à 19,5 millions d’euros.

Spécificités du marché pour les professionnels ?

Le marché s’appréhende sur un temps long, particulièrement pour les congrès et les colloques, activités les plus rémunératrices. « Il faut aller chercher les opportunités jusqu’à trois ans avant l’événement. C’est une économie très concurrentielle, où la prospection est extrêmement importante », constate Angéline Duret de Destination Rennes. Au bureau des congrès de Rennes, les demandeurs sont pour moitié des entreprises directement, viennent ensuite les agences PCO – des intermédiaires organisateurs de congrès – et des fédérations.
Autre particularité : les événements s’appuient sur « des porteurs locaux », autrement dit des ambassadeurs, nécessitant d’être en prise avec l’économie locale et les filières d’excellence du territoire (le CHU, l’enseignement et la recherche…). « Le marché répond à une logique de candidature, donc il faut bien comprendre les différentes filières pour leur proposer la meilleure offre. »
Si le premier trimestre et l’été sont des périodes plus creuses, l’activité est assez régulière sur le reste de l’année.

« L’événementiel n’est pas mort »

« Après la Covid, la mort de l’événementiel était annoncée, rappelle Angéline Duret. Or, il a encore de beaux jours devant lui. Les événements hybrides ne fonctionnent pas bien. La rencontre demeure essentielle. »
L’avenir ? « Un événementiel plus durable. Nous nous devons de réfléchir à nos impacts. C’est un point qui distinguera la Bretagne, car la région est en avance sur le sujet. »

 

« Les voyageurs professionnels dépensent trois à quatre fois plus qu’un touriste loisir. »

Angéline Duret, directrice générale de la SPL Destination Rennes ©DR

 

La France est sur le podium mondial du tourisme d’affaire, et Paris la première destination internationale des congrès. Le tourisme d’affaires en France représente 25 % de la consommation touristique nationale et 20 milliards d’euros de retombées économiques, pour plus de 450 000 emplois induits. En France, chaque année, on compte 1 200 foires et salons, 3 000 congrès et 380 000 événements d’entreprises qui rassemblent 77 millions de participants.