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SÉRIE D’ÉTÉ. Waldeck-Rousseau : ce Rennais qui envoyait les récidivistes au bagne

Avocat et député rennais, devenu ministre de l'Intérieur, Pierre Waldeck-Rousseau est à l'origine de la loi instaurant la relégation des récidivistes, votée en 1885. Cette loi condamne à l'internement à perpétuité des condamnés récidivistes, dans les bagnes coloniaux.

©P.Hilaire_Archives territoriales de Guyane

Des milliers de détenus, en état de récidive, se retrouvent transférés pour le reste de leur vie dans les bagnes coloniaux, après la loi de mai 1885. Principalement vers l’un des bagnes les plus tristement célèbres, celui de Guyane, resté dans les mémoires comme « l’enfer vert ». Les « relégués » sont les parias des parias, jugés « irrécupérables ».

Dès le début, la loi voulue par Gambetta et portée par Waldeck-Rousseau est contestée : « Est-ce que vous n’apercevez pas que ces hommes, quand ils s’embarqueront, […] emporteront en même temps le problème pénitentiaire […]. Vous n’aurez rien fait que d’éloigner le condamné de notre vue ; le problème sera demeuré le même », clame Clemenceau à la Chambre des députés, avant la promulgation.

©Eugène Pirou — Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris

Une position très répressive sur la récidive

Si Waldeck-Rousseau est resté dans l’Histoire pour avoir participé à la légalisation des syndicats, à la loi de 1901 sur les associations, et avoir formé en 1899 un gouvernement de Défense républicaine après la crise de l’affaire Dreyfus, les mémoires ont parfois oublié ses années à Rennes et ses positions sur la criminalité et la récidive. L’avocat s’installe dans la capitale bretonne en 1873. Il se fait élire, en 1879, député de l’Union républicaine, en Ille-et-Vilaine, mandat qu’il exerce dix ans. Ministre de l’Intérieur du second gouvernement de Jules Ferry de 1883 à 1885, il est convaincu de la nécessité d’une répression accrue des récidivistes qui représentent, en 1879, la moitié des prisonniers. Pour beaucoup, de courtes peines. Le ministre invoque leur « perversité » et revendique avoir le soutien de l’opinion publique : « C’est dans les couches populaires qu’on réclame avec plus d’ardeur la transportation des récidivistes, parce que c’est là qu’on souffre le plus de cette plaie sociale. »

Portrait, paru dans un titre de presse anglaise (« The Graphic ») du 9 septembre 1899, paru au moment du procès en révision d’Alfred Dreyfus, à Rennes

Portrait, paru dans un titre de presse anglaise (« The Graphic ») du 9 septembre 1899, paru au moment du procès en révision d’Alfred Dreyfus, à Rennes ©Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 5 FF 4/52.

La fin de la relégation

Sous la plume d’Albert Londres en 1923, un reportage sur le bagne de Guyane accentue les critiques : « Le bagne n’est pas une machine à châtiment bien définie, réglée, invariable. C’est une usine à malheur qui travaille sans plan ni matrice. On y chercherait vainement le gabarit qui sert à façonner le forçat. Elle les broie, c’est tout, et les morceaux vont où ils peuvent ».

Ce n’est qu’en 1946 que la relégation est suspendue. Et il faut attendre 1970, plus de quinze ans après la libération des derniers bagnards, pour qu’une loi substitue la relégation par la tutelle pénale, elle-même abrogée en 1981.

©Archives territoriales de Guyane

​​​​Cet été, découvrez notre série d’articles explorant les liens, parfois méconnus, entre la Bretagne et le bagne. Dans notre prochain numéro, nous vous plongerons dans l’histoire du bagne de Lorient.