Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

Broadpeak : Rennes envoie du stream

Broadpeak, l'entreprise rennaise spécialisée dans les technologies de streaming vidéo, connaît un développement fulgurant ces dernières années et accélère avec son introduction en Bourse en 2022. En 2023, malgré une légère baisse, le chiffre d'affaires a atteint 39,4 millions d’euros, dont 90 % réalisés hors de France. Avec 150 clients représentant 200 millions de spectateurs, dont des poids lourds comme Orange ou Bouygues Telecom, Broadpeak continue de tirer parti de l'explosion de la consommation vidéo streaming. Fondée en 2010 par six ingénieurs, elle emploie désormais 300 salariés dans le monde, dont 200 à son siège de ViaSilva à Rennes. Rencontre avec le président directeur général, Jacques Le Mancq.

Broadpeak a installé son nouveau siège social de 7 000 m2 dans un des immeubles du programme Movies, inauguré par le groupe immobilier Réalités en avril à Via Silva, près de Rennes.

Broadpeak a installé son nouveau siège social de 7 000 m2 dans un des immeubles du programme Movies, inauguré par le groupe immobilier Réalités en avril à Via Silva, près de Rennes. ©StudioCarlito

« Broadpeak permet aux clients, fournisseurs de vidéos et autres opérateurs de télévision, d’envoyer des contenus – que les gens adorent – avec une qualité exceptionnelle », résume Jacques Le Mancq. Concrètement, Broadpeak propose des technologies permettant d’acheminer les flux des services de vidéo à la demande et de vidéo en direct, que ce soit sous forme de logiciel ou SaaS. Leur technologie permet d’éviter les problèmes de congestion réseau et de dégradation de la qualité, même lors de grandes audiences.

« 10 % des utilisateurs de streaming »

Broadpeak touche un bassin de 200 millions d’utilisateurs de services de streaming à travers plusieurs pays, « c’est environ 10 % des utilisateurs mondiaux de streaming. Face à nos concurrents – des généralistes tels que Synamedia (UK), Ateme (France), ou des spécialistes comme Velocix (UK), nous sommes très bien positionnés, parmi les leaders ». Dans un marché en pleine croissance, avec des prévisions annonçant une valeur de l’industrie du streaming atteignant les 330 milliards de dollars d’ici à 2030 et, « dans trois à cinq ans, 2 milliards de personnes qui auront accès à l’ultra HD », les volumes de données augmenteront de façon exponentielle. « Il va falloir multiplier les capacités par 40. Broadpeak travaille sur des solutions très optimisées, notamment sur la densité. D’ailleurs, notre service R&D veille à l’empreinte écologique des innovations. »

Déjà, en 2023, 83 % des foyers américains disposent d’au moins un abonnement à un service de streaming, contre 52 % en 2015. Selon l’Arcom (ex-CSA), 46 % des foyers en France ont accès à un service de vidéo à la demande ou de streaming. La télévision traditionnelle pourrait bien être en bout de course. En 2022, Tim Davie, le directeur général du groupe audiovisuel public britannique BBC, a déclaré qu’il se préparait à un avenir tout numérique, sans fréquences radio et télévision, au cours de la prochaine décennie. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, a fait savoir qu’elle était sur la même ligne directrice. ​​​

– 6,8 % de chiffre d’affaires en 2023

En 2023, le chiffre d’affaires de Broadpeak a connu une baisse de -6,8 % par rapport à 2022, s’établissant à 39 millions d’euros. Il faut dire que la base de comparaison 2022 était exigeante, en croissance de 26,5 %, liée notamment à la Coupe du monde de football et à un rattrapage des années Covid. La conjoncture économique, incitant leurs clients opérateurs TV et télécoms – plus de 80 % du chiffre d’affaires – à temporiser, a impacté Broadpeak. « Nous prenons acte du ralentissement, mais restons optimistes car nous avons augmenté notre marge et nos revenus récurrents avec la plateforme SaaS ». 

Autre raison de se réjouir pour Broadpeak, la perspective d’un retour à la croissance en 2024. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires du groupe s’est élevé à 7,2 millions d’euros, enregistrant une hausse de 1,5 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. Cette progression est le fruit d’un renforcement de l’organisation commerciale mise en place en 2023.

Plus de 90 % du chiffre d’affaires à l’international

Plus de 90 % de son chiffre d’affaires, réalisé avec plus de 150 clients, provient de l’étranger : 45 % Europe, Moyen-Orient et Afrique ; 40 % Amériques ; 15 % Asie Pacifique. Le groupe dispose de représentants dans 23 pays, dont un bureau à Singapour, à New York et à Ottawa.

« Il y a deux gros rendez-vous commerciaux, le NAB Show à Las Vegas et l’IBC à Amsterdam. Pour nous, il y a du business là où il y a des paires d’yeux. La technologie est la même partout, il n’y a pas de réglementation différente. Notre business va grandir verticalement, avec la capacité de streaming, et en horizontal, en étendant notre gamme chez nos clients. Certaines grandes plateformes de streaming n’ont pas toute la technologie et travaillent avec des fournisseurs, donc elles peuvent être des cibles pour nous. » Et quid de Netflix, le n° 1 du streaming, affichant 260,28 millions d’abonnés à travers le monde ? « Netflix a sa propre technologie, c’est très inspirant en termes de qualité d’expérience. On ne peut pas se permettre de faire moins bien. »

Bourse : cible 2026 réévaluée

L’entrée en Bourse en 2022 a permis une augmentation de capital de 20 millions d’euros, avec une fourchette de prix qui valorisait l’entreprise à 80 millions d’euros. Depuis, le retard de croissance enregistré en 2023 pousse Broadpeak à revoir les objectifs financiers fixés lors de son introduction en Bourse, notamment un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros et une marge d’Ebitda de 20 % d’ici à 2026. De nouveaux objectifs à moyen terme seront communiqués aux investisseurs en septembre. Le capital est ainsi réparti : fondateurs et salariés, 49,1 % ; Eutelsat, 14,3 % ; Technicolor, 8,16 % ; flottant : 28,47 %.

« L’introduction en Bourse a amélioré la gouvernance de l’entreprise, nous sommes passés d’une SAS avec un comité stratégique à une SA avec un conseil d’administration et deux administrateurs indépendants, Pascal Portelli (président du directoire de Delta Dore, ndlr) et Inma Casero (directrice adjointe des Ressources humaines de Capgemini ​​​​​​, ndlr), avec engagement au code Middlenext. Nous n’avons pas de projet prochainement, mais si nous voulions faire une levée, ce serait facile et rapide. En interne, cela crée une urgence, cela oblige. Pour les salariés, cela matérialise la valeur avec la disponibilité de stock-options. « 

Redresser la trésorerie

L’Ebitda s’est établi à -4,7 millions d’euros sur l’exercice, tandis que le résultat d’exploitation ressort à -8,5 millions d’euros, en raison d’une phase d’investissements intense pour structurer le groupe et assurer sa croissance future. Les capitaux propres de Broadpeak ont atteint 23,8 millions d’euros au 31 décembre 2023, tandis que la trésorerie disponible s’est établie à 3,7 millions d’euros et la dette nette du Groupe à 8,2 millions d’euros. La priorité pour 2024 sera le redressement du flux de trésorerie disponible, avec pour objectif de le ramener en territoire positif. « Nos clients sont bons payeurs à terme, mais pas forcément en temps. »

Bouygues Telecom, DAZN…

Broadpeak propose une technologie nanoCDN® Multicast-ABR, « permettant une réduction de plus de 90 % du trafic par rapport à une autre technologie », réussissant à convaincre des clients comme Bouygues Telecom ou la plateforme sportive DAZN détenant les droits de diffusion des championnats de football italien (Serie A) et espagnol (La Liga). Les grands rendez-vous sportifs sont des temps forts pour l’entreprise. Selon un rapport sur les habitudes de visionnage des programmes sportifs de Capgemini, publié en 2023, l’utilisation des plateformes de streaming pour regarder du sport a considérablement augmenté. En 2019, seulement 39 % des fans privilégiaient les plateformes de streaming, tandis qu’en 2023, ce chiffre a presque doublé pour atteindre 75 %.
En ce qui concerne les Jeux olympiques, bien que Broadpeak n’ait pas de cycle d’investissement spécifique dédié, l’entreprise a prévu de rester « très disponible pour les clients ».

Innovation : monétiser le streaming

Pour poursuivre sa différenciation, Broadpeak a travaillé sur une innovation qui permet de monétiser le streaming, présenté en avril au NAB Show de Las Vegas. Dans la foulée, l’entreprise rennaise annonce un gros coup avec le groupe TF1 : la plateforme de streaming TF1 + a choisi d’utiliser leur solution d’insertion dynamique de publicités, devenant le premier service de streaming en TV segmentée en direct, permettant la monétisation au niveau du spot.

Historique

En 2009, grâce à un essaimage issu de leur employeur de l’époque, Technicolor, les six cofondateurs* lancent les premiers développements. Encouragés par leur victoire au 12e concours national d’aide à la création d’entreprises, qui leur a valu une subvention de 360 000 euros, ainsi que par le soutien de leur employeur historique, ils fondent Broadpeak en 2010. Grâce aux développements préalablement amorcés, la société signe ses premiers contrats dès 2011, avec des clients tels que Bouygues Telecom en France, Siminn en Islande et Telecom Argentina. « Ma grande satisfaction, c’est que nous sommes tous encore actifs dans l’entreprise. Pour cela, nous veillons à ce que tout le monde reste aligné. »

*Jacques Le Mancq (actuel président directeur général), Fabrice Bellanger (actuel directeur des ventes internationales), Dominique Colombel (actuel vice-président recherche & développement), Pierre-Jean Guéry, Pierre Parioleau et Ronan Riou (tous trois ingénieurs dans la société).

Bonus

Le dimanche soir, vous faites quoi ? Je débranche, c’est un soir où je ne travaille généralement pas. Je suis un fan de séries. Avec mon épouse, nous passons plus de temps à choisir la série qu’à la regarder. Dernièrement, j’ai beaucoup apprécié Severance et parmi les séries mythiques, Breaking Bad et Rick et Morty.

Vous serez où cet été ? Nous n’avons pas encore de projet précis, sans doute en Italie.

Une adresse de restaurant à conseiller ? Le Galopin et La Taverne de la Marine à Rennes, je suis friand de fruits de mer.

Une figure inspirante ? Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore, pour sa disponibilité, sa bienveillance, son humilité et sa vivacité d’esprit. Il a une grande carrière.

Un lieu ? New York ! J’y étais pour les vacances de Pâques et j’aime l’énergie de cette ville. J’aime aussi le Morbihan, dont je suis originaire. Je suis d’Erdeven, Kerhilio, ces coins-là.