ENTRETIEN. Catherine Malaval, historienne de l’entreprise : « Si mon entreprise disparaissait, qu’est-ce qui manquerait à mes clients ? »

Alors que 370 000 entreprises d’au moins un salarié devraient entrer dans une phase de transmission, Catherine Malaval alerte sur une préparation encore trop souvent tardive. Présidente de Neotopics, historienne de l’entreprise et administratrice indépendante, elle défend la prise en compte d’un « capital stratégique et narratif » aux côtés des actifs matériels et immatériels. Une connaissance structurée qui peut sécuriser la transmission, renforcer la due diligence et préserver la valeur d’entreprises parfois trop dépendantes de leur dirigeant.

Catherine Malaval est présidente de Neotopics, historienne de l'entreprise et administratif indépendante.

Catherine Malaval est présidente de Neotopics, historienne de l'entreprise et administratif indépendante. © DR

Vous vous présentez comme une historienne de l’entreprise. Qu’entendez-vous par là ?

Catherine Malaval. Je pratique ce que l’on appelle la business history. Le mot business compte : il ne s’agit pas seulement de retracer l’histoire d’une entreprise, mais de comprendre son adaptation à un environnement économique, social, politique ou technologique, qu’elle contribue parfois elle-même à transformer, par ses choix ou sa gouvernance. La discipline s’est structurée dans les années 1920 dans le monde anglo-saxon.
 Harvard créé, en 1927, la première chaire pour aider les futurs dirigeants dans leur prise de décision et voir dans l’histoire une méthode d’analyse stratégique.

Comment le passé éclaire-t-il le présent, et peut-être l’avenir ?

C. M. L’histoire souffre parfois d’un malentendu : parce qu’elle étudie le passé, elle serait tournée vers les archives et la nostalgie, alors que le dirigeant doit voir loin devant. La business history oblige surtout à poser une question existentielle : si mon entreprise disparaissait, qu’est-ce qui manquerait à mes clients, voire à la société ? La liquidation de Brandt montre que l’ancienneté ne protège pas. Un changement de génération, une rupture technologique ou une crise de confiance suffisent à fragiliser des équilibres jugés pérennes. L’histoire est aussi source d’inspirations. Ce qui paraît aujourd’hui évident fut souvent, à l’origine, une idée à l’encontre de principes établis. Brittany Ferries ou la FNAC furent les start-up de leur époque.

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Dans ce cadre, vous avez présenté récemment à l’APIA Grand Ouest, l’association des administrateurs indépendants, une synthèse des études sur les enjeux de transmission des entreprises. En quoi ce sujet va-t-il devenir essentiel dans les prochaines années ?

C. M. Selon une étude Bpifrance Le Lab, environ 370 000 entreprises d’au moins un salarié vont entrer dans une phase de transmission, en raison de l’âge de leurs dirigeants, cela concerne près de trois millions d’emplois. Au rythme actuel, seulement un tiers de ces possibles transmissions se réaliserait. Ce qui me frappe, c…

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