Couverture du journal du 17/07/2024 Le nouveau magazine

Dinan : Plongée dans l’Eau au Musée Yvonne Jean-Haffen

La Maison de la Grande Vigne, sur les hauteurs de Dinan, a été pour Yvonne Jean-Haffen, complice de Mathurin Méheut, un port d’attache, un havre de paix et un lieu de création. Elle y était très attachée, au point d’en faire don, de son vivant, à la ville de Dinan en 1987, avec près de 5 000 œuvres. Cette demeure pleine de charme avec son jardin escarpé surplombant la Rance, s’anime à chaque nouvelle exposition, dont le thème, cet été (jusqu'au 29 septembre), est l'eau.

Maison de La Grande Vigne, musée Yvonne Jean-Haffen, au port de Dinan ©DR

Peintre, dessinatrice, graveuse et céramiste formée à Paris dans les années 1920, Yvonne Jean-Haffen (1895-1993) a travaillé à des projets d’architecture, à la décoration de paquebots. À Sèvres et à Quimper, elle a façonné des céramiques. Et c’est à la Grande Vigne qu’elle a préparé, aux côtés de Mathurin Méheut (1882-1958), son mentor, les grands décors de l’Institut de géologie de Rennes et illustré de nombreux livres.

Essentielle au travail

L’eau est omniprésente dans les créations d’Yvonne Jean-Haffen et de Mathurin Méheut. Essentielle au travail des lavandières, des ostréiculteurs et des pêcheurs, sur lesquels les deux artistes ont porté un regard attentif, soucieux de témoigner, d’immortaliser un geste, un savoir-faire, une atmosphère, des costumes, de leur trait vif.

Dans leurs paysages et leurs scènes croquées sur le vif, l’eau apparaît tour à tour chatoyante et ondoyante quand elle serpente dans la nature et emprisonne des morceaux de ciel, mais menaçante lorsqu’elle stagne dans les marais ou tombe à verse, les jours de tempête. En témoigne un amusant dessin de Mathurin Méheut bravant les embruns en compagnie d’Yvonne Jean-Haffen, disparaissant sous un ample ciré jaune, peinant tous deux à remonter une cale glissante à souhait.

La fontaine de Saint Nicodème, 1960. Peinture d’Yvonne Jean-Haffen à la caséine ©DR

Lorsqu’elle revêt un caractère merveilleux, voire sacré, l’eau semble fasciner Yvonne Jean-Haffen, tout particulièrement l’eau des fontaines bretonnes, censée guérir et soulager. Ainsi a-t-elle peint, en 1960, une jolie vue de la fontaine Saint Nicodème à Pluméliau dans le Morbihan, de style flamboyant avec ses fleurons de granit et ses trois bassins consacrés à Saint Nicodème, saint patron du bétail, saint Kamaliel et Saint Abibon. L’eau scintille au soleil et prend la couleur de l’émeraude.

Créatures aquatiques

L’eau est aussi le milieu naturel d’une faune et d’une flore qui nourrissent constamment l’inspiration des deux artistes : dauphins, poissons et pieuvres pour les décors imaginés par Yvonne Jean-Haffen pour le paquebot Aramis en 1932 ; étoiles de mer, coquillages et coraux pour le livre de Colette, Regarde, illustré par Mathurin Méheut en 1929. Le paquebot Aramis, transformé en navire de guerre en 1939, fut coulé par les Américains au large des Philippines, ainsi, les esquisses d’Yvonne Jean-Hafen sont d’autant plus précieuses.

Esquisse d’Yvonne Jean-Haffen pour les décors du paquebot Aramis,1932 ©DR

L’eau est enfin l’univers dans lequel évoluent les figures féériques, sirènes et licornes marines inventées par Yvonne Jean-Haffen ; et, pour Méheut, les « femmes pagures » (ou « femmes bernard-l’ermite ») dans une toile de très grand format.

La Grande Vigne, musée Yvonne Jean-Haffen103 rue du Quai, 22 100 Dinan (Le Port)Tel. 02 96 87 35 41 et 02 96 87 90 80 ; musees@dinan.frExposition du 27 avril au 29 septembre 2024, tous les jours sauf le lundi : 10 h 30 – 12 h 30 et 14 heures -18 h 30

Bon à savoir : l’exposition Au cœur de la rencontre, au musée Mathurin Méheut (Lamballe, 22), prolonge le dialogue entre les deux artistes (1 400 lettres composées par Méheut pour Yvonne Jean-Haffen). Tarif réduit sur présentation du billet d’entrée du musée de La Grande Vigne au musée Méheut de Lamballe et inversement.

 

L’exposition, illustrée d’œuvres atypiques des deux artistes, s’accompagne de textes poétiques de Lucie Kervern.
Influencée par son enfance bretonne, très inspirée par les atmosphères océaniques, l’écrivaine a développé une écriture ancrée dans l’expérience sensorielle et aborde des thèmes qui sont issus de son parcours personnel, notamment le rapport aux espaces naturels et la quête de liberté.