Couverture du journal du 23/09/2022 Consulter le journal

Écomusée de la Bintinais – « La nature pour modèle » : Enseigner le vivant en trois dimensions

Drôles de maquettes que ces objets à démonter pour rendre la science concrète, dévoiler l’anatomie des hommes, des animaux, des plantes, bref l’envers du décor en trois dimensions… avant l’avènement des écrans ! La passionnante exposition de l’Ecomusée de la Bintinais montre comment ils ont révolutionné l’enseignement et notre perception du vivant.

Ecomusée de la Bintinais

© DR

Objets de connaissance et de collection

Tout savoir du hanneton, de la fleur du cerisier, de la lactation des ruminants ! Aussi vrais que nature, en relief et en couleurs, en cire, en papier mâché ou en verre, les modèles pédagogiques inventés au 19e siècle ont permis d’initier lycéens et étudiants aux mystères de la vie, de la médecine, de la botanique, de la zoologie. Remisés dans les réserves des musées, ils refont surface depuis 15 ans à la faveur de publications scientifiques, de campagnes de restauration et s’échangent à prix d’or dans les ventes aux enchères. Comment ne pas succomber au charme suranné de ces curiosités poétiques, témoins de notre besoin insatiable de mieux comprendre la mécanique du vivant ?

Le vivant de l’intérieur

À la Renaissance et à l’heure où les premières facultés de médecine voient le jour, les savants n’ont de cesse d’explorer le corps humain : dissections, autopsies, prélèvements d’humeurs. Les règnes végétal et animal suscitent la même curiosité : herbiers, taxidermie. Artistes et scientifiques font cause commune pour illustrer traités et planches anatomiques. L’écomusée présente un étonnant mannequin anatomique en ivoire datant de la Renaissance. Une fois ouvert, il dévoile organes et fœtus ! Ces coûteuses figurines, dignes des cabinets de curiosités, servaient autant aux patients qu’aux sages-femmes.

En France au 19e siècle, Louis Auzoux, médecin normand, né en 1797, démocratise les modèles pédagogiques. Fac-similés faits de pièces amovibles numérotées et démontables plan par plan – peau, muscles, organes -, ils suivent la logique d’une dissection. Animaux, plantes, fleurs, organismes microscopiques, tout peut être reproduit. C’est l’âge d’or des maisons Auzoux et Brendel qui équiperont lycées et facultés. Les écoles vétérinaires et d’agronomie font du modèle un outil de connaissance irremplaçable pour comprendre la lactation d’une vache, l’anatomie d’une poule ou la germination des haricots. Le modèle permet d’identifier des espèces parfois difficilement observables dans la nature et de mieux repérer les nuisibles pour les éliminer telle la larve du hanneton connu pour ravager les cultures.

Si les modèles pédagogiques ont été supplantés par de nouveaux supports d’enseignement, ils n’ont pas pour autant disparu et quelques fabricants poursuivent la production. Ces témoins d’un passé pas si lointain (le musée de Bretagne conserve 26 modèles en papier mâché de l’école d’agronomie de Rennes) sont une source d’inspiration pour les artistes. En verre, en cire ou en papier mâché, les créations d’après nature de William Geffroy, Louis de Torhout et Anne-Lise Koehler doivent beaucoup aux modèles pédagogiques du 19e siècle. Elles font le bonheur des galeries, des musées et du cinéma d’animation.

 

Ecomusée du pays de Rennes, Route de Châtillon-sur-Seiche 35200 Rennes.

Tel 02 99 51 38 15. ecomusee.rennes@rennesmetropole.fr

Exposition jusqu’au 4 septembre 2022