Couverture du journal du 23/09/2022 Consulter le journal

Entretien avec Véronique Anatole-Touzet, directrice générale du CHU de Rennes : un hôpital pour demain

Centré sur l’humain, plus efficace, innovant, ancré dans son territoire et respectueux de l’environnement, les attentes sur l’hôpital de demain sont fortes. À Rennes, le CHU se réinvente pour répondre à ces enjeux de taille. Rencontre avec la directrice générale Véronique Anatole-Touzet.

Véronique Anatole-Touzet, directrice générale du CHU de Rennes

Véronique Anatole-Touzet, directrice générale du CHU de Rennes ©Studio Carlito

7J – Le CHU de Rennes se restructure complètement pour répondre aux enjeux de la médecine de demain. Quelles sont les grandes lignes du projet ?

La reconstruction du CHU va se faire par la construction de bâtiments neufs d’une part et par la réhabilitation et la transformation de bâtiments existants d’autre part. II s’agit avec ce projet de moderniser l’accueil des patients, d’améliorer les conditions de travail de nos professionnels et de réorganiser les activités du CHU pour optimiser la qualité des soins en fonction des parcours des patients. Le regroupement des sites, avec le transfert des activités de l’hôpital Sud à Pontchaillou, est aussi un enjeu essentiel pour les parcours des patients et pour nos missions d’enseignement et de recherche puisque toutes les activités seront à proximité des facultés de santé et des unités de recherche.

Le rôle du CHU de demain c’est aussi l’ouverture et le soutien aux territoires

L’évolution de la médecine nous a fait complètement repenser la distribution des activités et des espaces. Un bâtiment va ainsi être dédié aux blocs opératoires, aux soins critiques et à la chirurgie, d’autres à l’hospitalisation de jour et aux consultations externes, d’autres encore aux hospitalisations longues. La conception architecturale est vraiment très importante pour nous dans la vision de ce CHU de demain.

7J L’hôpital de demain sera finalement moins segmenté par discipline, mais davantage par les usages ?

Les disciplines hospitalo-universitaires restent au cœur de nos organisations, mais il faut, en effet, repenser le CHU de demain en fonction des usages au service des patients. Jusqu’à présent au CHU de Rennes, on pouvait trouver au même étage d’un bâtiment, un bloc opératoire, des hospitalisations de jour et des hospitalisations complètes. Le mode d’organisation du CHU de demain et plus généralement de l’hôpital de demain sera au contraire de distribuer les activités par type de prise en charge. Le premier bâtiment, qui sortira de terre en 2024, en est un parfait exemple. Il regroupera en un seul lieu les plateaux techniques, équipés en imagerie médicale de pointe et dotés de 4 robots chirurgicaux. Il comptera au global 55 salles d’interventions, dont 35 blocs opératoires et 240 lits d’hospitalisation pour les patients venant d’être opérés. D’autres bâtiments seront dédiés aux activités ambulatoires, hôpitaux de jours et consultations, dans l’ensemble des disciplines médicales. Les patients les plus lourds nécessitant une hospitalisation à temps complet seront accueillis dans des unités qui leur seront réservées.

La conception architecturale est vraiment très importante pour nous dans la vision de ce CHU de demain

7J – Quelles sont les améliorations prévues pour la prise en charge des patients ?

La signalétique du site va être revue et le fait de disposer de bâtiments dédiés à des usages spécifiques – activités ambulatoires, plateaux techniques, hospitalisations – va simplifier l’orientation et le parcours du patient. Ensuite nous allons porter une attention toute particulière à l’environnement des bénéficiaires de soins. La qualité hôtelière va être nettement améliorée. La majorité des espaces bénéficieront de lumière naturelle et les chambres individuelles vont devenir la norme. Elles seront toutes dotées d’une salle de bain, et d’un environnement numérique de pointe. Des espaces seront également mis à la disposition des familles et des accompagnants, des zones seront réservées aux associations, à l’éducation thérapeutique et à la prévention en santé.

7J – Un hôpital durable et responsable ?

Bien sûr, nous y sommes très attachés. En 2020 nous avons réalisé un bilan carbone pour muscler notre politique environnementale, car c’est évidemment l’un des grands enjeux de demain. La construction des bâtiments s’inscrit dans des critères de performances énergétiques et la répartition des activités par usage nous permettra de limiter les impacts environnementaux. Par exemple un bâtiment n’accueillant que des activités ambulatoires pourra être fermé la nuit pour éviter les consommations d’énergie inutiles. Nous développons également une politique de réduction des déchets, d’achats écoresponsables, une restauration bio et de proximité et du fait maison. Nous encourageons les mobilités douces. 850 places de vélo sont actuellement disponibles et l’offre va encore se développer.

On investit 20 millions d’euros par an dans le numérique

7J – L’hôpital de demain sera truffé de technologie, quelle place laisser à l’humain ?

L’hôpital c’est de la technologie ET de l’humain ! Notre mission de CHU est d’être en pointe sur les innovations médicales, mais, à côté de cela, nous développons beaucoup les soins de support. À titre d’exemple en cancérologie, nous employons des socio-esthéticiennes. Il y a aussi une prise en charge psychologique et sociale, particulièrement en fin de vie. Ces activités, qui vont au-delà de l’acte technique, sont fondamentales. À titre d’exemple, les programmes d’éducation thérapeutique des patients (40 en cours) sont très développés et menés par des infirmiers spécialisés. L’objectif est de sensibiliser les patients, de leur indiquer des comportements adaptés à leur pathologie et préventifs en agissant sur la nutrition ou le sport par exemple. C’est d’ailleurs un élément majeur pour la prise en charge des maladies chroniques, comme le cancer ou le diabète. Et demain ces activités prendront encore davantage de place. Le temps que l’on passe à l’hôpital doit servir aussi à l’éducation en santé et à la prévention.

7J – Les conditions de travail du personnel hospitalier sont réputées difficiles. Quelles initiatives sont prises au sein de l’hôpital pour les améliorer ?

En cinq ans nous avons créé 650 emplois. La base de la qualité de vie au travail, ce sont les effectifs. Nous les renforçons régulièrement pour les adapter à l’activité. Au CHU, nous avons mis en place une politique très active de remplacement de l’absentéisme et réduit la durée de titularisation à 6 mois ou 12 mois, atout supplémentaire pour fidéliser nos professionnels. Grâce à cela, nous avons pu ouvrir plus de 100 lits supplémentaires de médecine et limité, au plus fort de la crise COVID, le rappel du personnel. Nous portons également un soin tout particulier à la prévention des troubles musculo-squelettiques et psychosociaux. Par ailleurs, il était essentiel de recentrer les infirmiers et aides-soignants sur leur activité de soins et leur laisser du temps pour les rendre plus disponibles auprès des patients. Pour ce faire, nous avons confié à des référents hôteliers les tâches hôtelières comme la distribution des repas et les tâches logistiques.

Les chiffres clés du CHU

  • 1er employeur de la Région Bretagne (hors État) : 9834 professionnels
  • 11 écoles de formations
  • 3 facultés de santé
  • Implication dans 11 unités mixtes de recherche

7J En quoi le numérique impacte-t-il le fonctionnement de l’hôpital ?

Le numérique touche d’abord le fonctionnement interne de l’hôpital. Nous sommes aujourd’hui équipés du dossier patient numérique, nous allons changer le logiciel de gestion de tous nos laboratoires… et puis évidemment le numérique a très largement favorisé l’accès au soin et le suivi des patients du territoire et de la région avec la téléconsultation, la télésurveillance, qu’on utilise beaucoup par exemple pour le suivi des patients cardiaques ou encore le suivi des greffes hépatiques, et la télé-expertise qui permet à des spécialistes de pathologies complexes de répondre aux sollicitations des médecins généralistes et des hôpitaux de la région. Le fait que la télé-expertise soit aujourd’hui reconnue comme un acte à part entière par l’assurance maladie est une réelle avancée et permet son développement. On développe également la téléradiologie en associant des radiologues libéraux pour remédier au manque de radiologues publics dans les centres hospitaliers. Nous investissons énormément dans le numérique, environ 20 millions d’euros par an.

7J Quelles sont vos relations avec les entreprises innovantes de la heathtech ?

Nous travaillons étroitement avec elles. Certaines sont dans nos murs pour tester des applications. Actuellement une dizaine de logiciels d’intelligence artificielle sont en test dans le CHU. Notre rôle est d’être toujours en pointe du progrès médical, de l’innovation, de la formation, de la recherche. L’innovation, c’est l’ADN d’un CHU. Nous organisons chaque année des rencontres entre tous les acteurs innovants de santé. C’est très important d’avoir un lieu où tout le monde se côtoie et nous réfléchissons d’ailleurs à créer un espace dédié aux entreprises innovantes au sein du CHU. Nous disposons de suffisamment de foncier pour le faire.

Le temps que l’on passe à l’hôpital doit servir aussi à l’éducation en santé et à la prévention

7J Comment répondre aux enjeux de santé sur le territoire ?

C’est aussi une mission de l’hôpital d’aujourd’hui et de demain de soutenir les territoires et nous agissons sur le territoire en l’irriguant de médecins. Nous envoyons plus de la moitié de nos internes dans les autres hôpitaux de la région et disposons d’une cinquantaine de postes de médecins à temps partagé dans les centres hospitaliers du territoire et de la région. La coopération est essentielle et doit encore être renforcée. Le rôle du CHU de demain c’est l’ouverture et le soutien aux territoires.

Un mot pour les candidats à la présidentielle ?

Investir sur la santé ! Le système doit continuer à se transformer et s’adapter. Il ne faut pas rester figer sur des organisations, des habitudes. L’un des enjeux forts de demain sera de travailler à renforcer la prévention et l’éducation thérapeutique en santé. Limiter les comportements à risque, lutter contre la sédentarité, sensibiliser à la bonne alimentation, au sport.