Couverture du journal du 13/05/2022 Consulter le journal

Entretien avec Olivier Beaudet, directeur général de Claranet : la révolution cloud

La migration des données, applications, progiciels et autres logiciels vers le cloud s’accélère. Un voyage vers le « nuage » pour se libérer des contraintes informatiques en interne et une voie royale pour gagner en agilité dans un contexte d’innovations permanentes. Claranet dont le siège social français est basé à Rennes s’est imposé comme un leader du secteur. Rencontre avec Olivier Beaudet, directeur général de Claranet France.

Olivier Beaudet, directeur général Claranet France , cloud

Olivier Beaudet, directeur général Claranet France ©Studio Carlito

Que faites-vous chez Claranet ?

On propose des services d’hébergement et d’infogérance d’applications critiques. Nous avons notamment développé une expertise, des outils et une méthodologie qui permettent d’aider les entreprises à migrer massivement dans le Cloud.

En quoi la migration vers le cloud est-elle bénéfique pour les entreprises ?

Auparavant les entreprises achetaient des licences de logiciels, installaient ces logiciels (facturation, gestion clients, paie… ou autres) sur des serveurs et géraient le tout en interne. Migrer sur le cloud offre de nombreux bénéfices. Le premier est de libérer l’entreprise de la gestion de l’infrastructure informatique en interne. Ensuite cela permet à l’entreprise de bénéficier de services accessibles depuis n’importe où, de profiter des dernières innovations, de consommer seulement les ressources nécessaires et surtout de changer rapidement de solution si la stratégie de l’entreprise le demande. Adopter le cloud c’est limiter les freins au changement et les entreprises l’ont bien compris.

Vous êtes spécialisé dans la gestion des applications critiques. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Prenez un site e-commerce, c’est une application critique en ce sens où le site est transactionnel et génère tout ou partie du chiffre d’affaires de l’entreprise. Il doit bien sûr être sécurisé, disponible 24h sur 24, absorber les pics de trafics lors de journées promotionnelles… Je peux vous donner également l’exemple d’applications critiques dans le secteur logistique. Lorsqu’à 3 heures du matin les étiquettes doivent être imprimées et que la génération de codes-barres ne fonctionne plus ou que le serveur a été piraté, c’est toute l’activité de l’entreprise qui s’arrête.

Adopter le cloud c’est limiter les freins au changement

À quel moment d’un projet informatique intervenez-vous ?

Je vais reprendre l’exemple du e-commerce. L’entreprise va d’abord définir sa stratégie : choix des produits, des services, détermination du public cible. Ensuite il y a la partie technique, le développement du site. Nous n’intervenons pas sur ces aspects qui sont gérés soit en interne, soit par des agences spécialisées. Une fois le site développé, il faut le mettre en production, qu’il prenne vie quelque part afin qu’il rencontre son public, c’est la troisième phase et c’est là que nous intervenons.

Vous êtes donc sur la partie « run » ?

Oui c’est ça, nous ne concevons pas la technologie, mais nous la maitrisons parfaitement. Sur un projet vous avez 3 phases qu’on appelle dans notre jargon le modèle « plan-build-run ». Plan pour planification, build pour construction et run pour gestion et maintenance. Nous, nous intervenons dans la phase « run » c’est ça notre métier. Au bout du compte, le centre de gravité d’un projet informatique, il est chez nous. Le run c’est le cycle le plus long, car la stratégie et la construction ne représentent que quelques mois de travail alors que la maintenance sera nécessaire tout au long de la vie du projet.

Et la cybersécurité ?

À ce niveau, les clients ont un niveau de maturité encore à parfaire ! Aujourd’hui on se rend compte que les entreprises qui ont un bon niveau de cybersécurité sont celles qui ont déjà été confrontées à une attaque. Les autres voient cela comme un coût supplémentaire et pensent qu’elles n’ont pas les moyens. Mais en fait, ce dont elles n’ont pas les moyens c’est que leur site soit par terre et que leurs données soient dans la nature ! Nous sensibilisons beaucoup nos clients à cela pendant les comités de pilotage, car s’il est vrai que la technologie présente des risques de ce côté-là, nous avons les moyens de nous en prémunir.

Le Cloud Computing

Le cloud computing consiste à fournir des services informatiques (comme des logiciels, des bases de données, des espaces de stockage) sur internet. Les utilisateurs finaux peuvent accéder aux logiciels et aux applications, peu importe où ils se trouvent. Tous types d’applications peuvent être proposées sur le Cloud (CRM, gestion de projet, logiciel de paie…). Le cloud computing permet d’accéder à une grande puissance de calcul, s’adapte au besoin de l’entreprise, lui permet de gérer la quantité de services qu’elle souhaite et d’en déléguer l’intégralité de la gestion au fournisseur.

Qui sont vos clients ?

Nous travaillons de plus en plus pour de grandes entreprises du SBF 120 et du CAC 40, des grosses ETI. Les applications dites critiques concernent principalement des entreprises assez dimensionnées ou les enjeux sont très importants, où chaque minute de panne pourrait être très couteuse. Aujourd’hui nous avons 1 400 clients en France.

Rennes est devenu le siège social de Claranet en France, et son plus gros site. Pourquoi le groupe s’est-il développé dans la capitale bretonne ?

Cela rejoint mon histoire personnelle. Claranet est née en 1998 à Londres et s’est installée deux ans plus tard en France, à Paris. En 2005, son implantation à Rennes s’est faite suite au rachat de mon entreprise « Artful ». C’était une petite structure de 30 salariés qui développait les mêmes activités que Claranet.

Cela fonctionnait bien, nous avions de beaux clients comme Vivendi, Universal Musique ou encore Airbus. Et puis j’ai rencontré Charles Nasser, le fondateur de Claranet qui souhaitait prendre un virage vers le service, ce qui s’est conclu par l’acquisition de ma société. Le site rennais a ensuite prospéré et depuis l’année dernière, il est devenu le siège social du groupe en France.

Être à Rennes, est-ce un avantage pour attirer les talents ?

Oui, car il est important d’être dans un écosystème porteur pour faire venir les candidats. Venir à Rennes leur assure une diversité d’entreprises dans leur secteur, une véritable dynamique.

Nous sommes sur des métiers en tension et le recrutement d’ingénieurs est difficile. Il y a un déséquilibre évident entre l’offre et la demande. Les profils que nous recherchons sont très sollicités et nous sommes en compétition permanente avec les autres entreprises recruteuses. On recherche des ingénieurs infrastructure, des ingénieurs système, des ingénieurs en cybersécurité, des développeurs.

Pour répondre à la pénurie de personnel qualifié, je pense qu’il serait pertinent de développer des parcours de reconversion.

Contrairement à ce qu’on pense, il est possible de former des ingénieurs ou au moins de bons techniciens assez rapidement à partir du moment où l’on s’adresse à des gens qui ont une culture scientifique et un bagage analytique suffisant. Il faudrait combiner formation théorique et temps en entreprise sur des cursus d’un an par exemple. Un détenteur d’un master en chimie pourrait ainsi devenir un très bon ingénieur en cybersécurité ou un très bon ingénieur cloud.

Le centre de gravité d’un projet informatique, il est chez nous.

Olivier Beaudet, directeur général Claranet France

Olivier Beaudet, directeur général Claranet France ©Studio Carlito

Fondé en 1996, Claranet compte 2 500 collaborateurs répartis dans le monde entier et opère des services managés pour plus de 6 500 clients de tous secteurs d’activités, notamment Adagio Aparthotel, l’AFM Téléthon, Energisme, Kizeo, Nexity et Veolia. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 500 millions d’euros en 2020.

Afin de fidéliser vos collaborateurs, vous leur proposez une très grande flexibilité dans leur organisation de travail. Pouvez-vous nous en parler ?

La crise a accéléré la réflexion autour des différents modes de travail. Chez Claranet, nous avons choisi une organisation du travail 100 % hybride. Nos 700 employés disposent aujourd’hui d’une pleine latitude pour organiser leur semaine : de 0 à 5 jours de travail sur site ou de télétravail, en home office ou en flex office. Ce que nous leur demandons en revanche c’est une totale disponibilité sur leur temps de travail en fonction des besoins de l’organisation et de répondre présents aux rendez-vous récurrents proposés par le management. Cette flexibilité proposée aux salariés est un véritable avantage concurrentiel pour attirer et fidéliser des talents dans un marché de l’emploi très tendu.

5 Questions à Olivier Beaudet

Une personnalité inspirante

Eliud Kipchoge, recordman de Marathon.

Un livre

Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq.

Musique

Les Velvet underground.

Un lieu

Londres. j’y ai vécu 13 ans, près de Wimbledon. J’adore cette ville, il y a une vibe particulière, unique.

Un mantra

« Le mieux est l’ennemi du bien ». Si on attend la perfection pour livrer et bien on ne livre jamais et on ne fait rien …