Couverture du journal du 21/01/2022 Consulter le journal

Hommage – Mariano Otero (1942-2019) et ses baigneuses

Les baigneuses de Mariano Otero sont inoubliables ! Les revoir au Carré Lully, à l’Opéra de Rennes, c’est retrouver son humour, son sourire, son regard chaleureux et son excellent coup de crayon.

Mariano Otero, Baigneuses étendues. Pastel

Mariano Otero, Baigneuses étendues. Pastel © DR

Elles ont fait son succès : dos musclé, courbes généreuses, jambes puissantes, prêtes à tout pour s’abandonner sans retenue aux plaisirs du bain… Mariano les a inventées en 1992, attentif au décor, aux situations, aux gestes, aux expressions. « C’est avec elles, confie Marie-Alice, son épouse bien-aimée, qu’il a renoncé aux couleurs sombres qui lui étaient restées de son histoire, de sa vie d’exilé, de son Espagne natale » quittée en 1956 avec les siens pour rejoindre son père à Rennes et entrer quelques mois plus tard à l’École des Beaux-Arts, à 14 ans seulement !

Pas question de manquer un bain !

Mariano Otero, Baigneuses. Pastel

Mariano Otero, Baigneuses. Pastel © DR

Sanglées dans leur maillot rouge, bleu, noir ou blanc, la tête moulée et comme rétrécie par leur bonnet de caoutchouc, pas question pour elles de manquer un bain ! Ainsi les voit-on scruter le ciel, s’approcher de l’eau à la fois hésitantes et déterminées, y risquer un pied, puis deux, avant de s’élancer dans les flots. Intrépides ! Mariano s’amusait beaucoup de leurs mimiques, de leur déception lorsque le bain semblait compromis, de leur ivresse lorsqu’enfin elles pouvaient jouer dans les vagues et faire danser leur ballon.

« C’est avec les baigneuses que Mariano est passé au pastel », se rappelle Marie Alice qui a si souvent posé pour lui. Pastel idéal pour saisir le velouté et l’éclat de la peau dans la lumière de l’instant, forcer le trait et noircir les ombres pour modeler les corps solidement charpentés, étendus sur le sable ou tendus par l’effort.

Mariano dessinait sans relâche dans son atelier rennais et ses baigneuses, présentées pour la première fois à la Galerie Vue sur Mer à Dinard en 1992, il les a déclinées de cent façons au crayon, à l’encre, à l’aquarelle à la gouache, en sérigraphie. Avec vivacité et passion comme il le fera par la suite avec ses danseuses de tango énamourées : regard de braise, cils frémissants, bouche écarlate, jambes canailles, le buste à l’oblique avant de chavirer dans les bras de leur partenaire. Mariano Otero savait faire parler les corps et les âmes !

Carré Lully, Opéra de Rennes. Exposition du 7 au 17 décembre 2021, du mardi au vendredi de 13 h à 19 h et le samedi de 13 h à 18 h ainsi que les soirs de spectacle.

Les baigneuses de Mariano Otero, texte de Jean-Louis Coatrieux. Éditions La Part commune, 75 pages.