Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

The Land : la clef des champs

The Land est un campus hybride dédié à la formation, la recherche, l'innovation et la collaboration avec un dénominateur commun : la ruralité. Niché au cœur de Rennes, cet espace singulier de 7 hectares conjugue héritage agricole et innovation pour façonner le futur de nos campagnes. À l'origine de ce champ des possibles se trouve un homme : Jean-Marc Esnault. Rencontre.

Jean-Marc Esnault, directeur du campus The Land

Jean-Marc Esnault, directeur du campus The Land

« La ruralité est morte, vive la nouvelle ruralité ». Ce titre, un tantinet provocateur, mais finalement optimiste, ouvre le premier chapitre du dernier livre* de Jean-Marc Esnault, directeur du campus The Land. Un « intra-terrestre », comme il se définit, qui constate des villages vidés de leur population depuis l’après-guerre au profit des métropoles. L’homme appelle aujourd’hui à retrouver « une ruralité plus habitée et plus vivante » et des villes davantage « habitables et respirables ». Comment ? « En pensant nos campagnes différemment, dans une approche pluridisciplinaire et transverse ». C’est tout le projet de The Land et son écosystème dédié à la ruralité où se côtoient étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, et où les centres de formation jouxtent incubateur, laboratoire et tiers lieu. Un espace atypique, propice à la fertilisation croisée des idées et à l’émergence de synergies. Un vent de reconquête des territoires qui « s’opérera grâce à des agriculteurs formés aux enjeux des transitions, à la relocalisation des commerces, au retour des services de proximité et à des aménagements propices à la circulation des personnes et des idées ».

1800 étudiants, 40 formations

« Notre mission première est de former les professionnels de demain dans l’agriculture, l’environnement ou l’aménagement du territoire pour favoriser l’engagement en faveur du bien produire, du bien transformer et du bien consommer. En faveur du bien donc, du bien collectif», peut-on lire dans le manifeste de The Land. Sur le campus, on trouve aussi des formations plus étonnantes aux premiers abords pour un lieu dédié aux nouvelles ruralités, comme l’Iscpa! école de journalisme, de communication et de production « dans la vision qui est la mienne, la ruralité ce n’est pas que le monde rural, c’est aussi le petit commerce, le besoin de digital, de communication… c’est pourquoi l’offre de formation est volontairement assez large avec des programmes adaptés pour répondre aux enjeux territoriaux. The Land est bien plus qu’un simple campus, il incarne un véritable creuset d’idées et de compétences, où se côtoient plus de 40 formations et près de 200 métiers, explique Jean-Marc Esnault. The Land prépare les esprits de demain à affronter les multiples transitions – écologiques, économiques et sociétales – qui jalonnent notre époque. Cette approche pluridisciplinaire favorise l’émergence d’un véritable écosystème intellectuel, où se brassent les talents de demain. Les jeunes, aujourd’hui, sont fiers d’étudier dans ce type de structure. Ils viennent autant du milieu rural que de la ville. »

« The Land prépare les esprits de demain à affronter les multiples transitions »

Développement économique

Outre le volet formation et enseignement, de nombreuses initiatives sont mises en place pour aider le développement économique des campagnes. Parmi elles, un incubateur accueille des porteurs de projets. «Ce sont en majorité des néo-ruraux âgés de 35 à 40 ans, réceptifs au modèle social et solidaire, avec un projet de vie différent de celui d’un salarié en milieu urbain. Une dizaine de projets sont sélectionnés chaque année pour une année d’accompagnement gratuit dans leur développement. Parmi les entreprises créées, on trouve des projets dans les secteurs du commerce, des services, mais également des crèches, des ludothèques mobiles, des habitats légers ou encore des champignonnières, » détaille le directeur de The Land. Depuis la création de l’incubateur, 40 entreprises ont été accompagnées.

« Les jeunes aujourd’hui sont fiers d’étudier dans ce type de structure »

Un lieu pour expérimenter

Un laboratoire de mise au point de produits alimentaires est également ouvert sur le campus « On travaille plutôt pour les petits producteurs en les accompagnant dans la création et la commercialisation de leurs produits en circuit court. Les innovations portent principalement sur les produits laitiers, les produits à base végétale, des boissons à base de soja et d’avoine, ainsi que des substituts à la viande.» The Land dispose d’un point de vente pour ces produits, situé à La Guerche de Bretagne. De belles réussites sont sorties de ce centre d’expérimentation : « une recette de yaourt au millet a été rachetée par une multinationale qui le commercialise en Afrique. Un autre produit, Ty Jus, à base de fruits et légumes frais, est vendu en hôtellerie et restauration de luxe. »

Think tank

Pour réfléchir à cette nouvelle ruralité, un think tank a vu le jour réunissant une quarantaine d’acteurs principalement du territoire, mais pas exclusivement. « L’objectif est de croiser les regards des dirigeants du monde économique, politique, des scientifiques universitaires, des acteurs du monde associatif. » On y trouve des personnalités comme Pierre Méhaignerie, homme politique, ancien maire de Vitré et ingénieur du génie rural et des eaux et forêts, Aziliz Gouez, vice présidente de Nantes Métropole, l’industriel Alain Glon, Vincent Bardon, PDG du Groupe Bardon, Jacques Delanoë, président du conseil d’administration du Stade Rennais, Pierre-Yves Blouch, délégué général de France Active, Jean Ollivro, géographe ou encore Jacques Rocher, président de la fondation Rocher. Les sujets abordés sont vastes : relocalisation alimentaire, gouvernance, rôle du monde rural pour limiter le réchauffement climatique, énergies renouvelables, aménagement du territoire.

Fonds de dotation, la terre et les hommes

En septembre 2022, un fonds de dotation a été lancé pour promouvoir les dynamiques, les actions et l’entrepreneuriat dans le monde rural. « C’est un autre moyen d’agir de façon concrète. Concilier le penser et le faire. Avec le Think tank, nous sommes dans la prospective. Le fonds permet de passer à l’action en accompagnant des entrepreneurs, des actions sur le terrain, et ça, c’est important. » Le premier financement a été fléché en direction de Campacity, association qui vise à créer des liens entre villes et villages en utilisant le concept de jumelage. Le projet avait d’ailleurs gagné le concours  « Les Coqs d’or de la nouvelle ruralité » également organisé par … The Land.

20 millions d’euros d’investissement sur 3 ans

Le campus The Land a été inauguré en 2020. Il regroupe trois lycées agricoles et bientôt onze établissements d’enseignement supérieur. Le modèle hybride de The Land connait un véritable engouement et le lieu se développe vite. Pour y répondre, deux nouveaux bâtiments d’une superficie totale de 5 200 m2 seront livrés pour la rentrée de septembre 2023. En plus des salles de classe, le nouvel ensemble abritera un espace séminaire et co-working ouvert aux cadres dirigeants du Grand Ouest. La résidence étudiante proposera des solutions d’hébergement non seulement aux étudiants du campus, mais également à ceux d’autres écoles de proximité ou bien à des professionnels en recherche de solutions temporaires. La résidence disposera de 82 logements individuels d’une superficie comprise entre 20 et 28 mètres carrés. Depuis sa création il y a 3 ans, The Land a réalisé 20 millions d’euros d’investissements.

Financement

The Land est sous statut associatif, hormis pour l’immobilier porté par 2 SCI dont elle est associée majoritaire. « Tous les résultats économiques positifs sont réinjectés dans le projet. L’association a été créée dans les années 1960 pour porter notre premier lycée agricole. » Son président est Alphonse Gautier, anciennement directeur général de CERFRANCE Brocéliande.

 

*Bienvenue dans la nouvelle ruralité aux éditions L’Harmattan.

La boite à questions

Un livre ?
La Voie de l’Archer de Paulo Coelho, c’est un roman qui propose des réflexions que l’on peut transposer au monde de l’entreprise, notamment quand vous êtes dans des fonctions de direction.

Une musique ?
J’ai des goûts plutôt éclectiques. En ce moment, j’écoute Bon Entendeur, un collectif qui reprend des vieilles chansons. J’aime aussi des artistes français comme Benjamin Biolay, Lou Doillon ou encore Julien Doré.

Une personnalité ?
Edgar Morin. C’est un penseur qui se détache en France. Il est à la fois philosophe et sociologue. C’est un inclassable qui réfléchit de manière transverse, j’aime cette approche.

Un mantra ?
« Un esprit est comme un parachute. Il ne fonctionne pas s’il n’est pas ouvert » de Frank Zappa.

Une passion ?
J’aime la randonnée. Elle me ressource. Je la pratique l’été à la montagne.