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Bessec : Une histoire de famille depuis 160 ans

La saga Bessec, c’est l’histoire d’une famille de « godassiers » qui se développe en Bretagne depuis 1862. L’entreprise, dont le port d’attache est à Saint-Malo, a su traverser les époques en restant 100% indépendante. Philippe Bessec confie aujourd’hui les clés des 29 magasins de chaussures à sa fille, Fanny, issue de la 6e génération.

Philippe Bessec confie aujourd’hui les clés des 29 magasins de chaussures à sa fille, Fanny, issue de la 6e génération.

Fanny Bessec et Philippe Bessec

« Chaussures vissées et cousues pour Homme, Dames et Enfants, Souliers pour soirées. Bottes chevreau et satin à talons Louis XV. Rayon spécial de Chaussures pour la grève. » La liste des modèles proposés par les premiers magasins Bessec en 1862 nous propulse immédiatement dans un passé lointain, peuplé d’aïeux dans leurs habits d’époque. Cela fait aujourd’hui 160 ans que la famille Bessec assemble des collections de chaussures pour habiller les pieds de toute la famille. L’entreprise détient à ce jour 29 magasins de 4 enseignes différentes (Bessec, FiiT by Bessec, Mephisto, Chausser), 2 sites de ventes en ligne et emploie 130 collaborateurs.

De Rennes à Saint-Malo

L’histoire de l’entreprise familiale commence avec Pierre Bessec, né au début du XIXe siècle près de Rennes. Dernier d’une fratrie de 19 enfants, il part à 20 ans tenter sa chance à La Nouvelle-Orléans, où il devient tailleur. De retour en France, il monte une bonneterie à Rennes qu’il transforme en magasin de chaussures en 1862 profitant des débuts de la mécanisation et la création de “manufactures” de chaussures notamment à Fougères. Pierre Bessec en a sous le pied et cette même année, il ouvre un autre magasin “À la croix du fief” à Saint-Malo Intra-Muros. La boutique deviendra le navire amiral d’une famille profondément attachée à la cité corsaire.

Photo du magasin malouin de Bessec prise en 1880

Photo du magasin malouin de Bessec prise en 1880

Le virage des années 60

Si les générations suivantes ont pérennisé le concept Bessec malgré de violents revers comme la destruction totale du magasin malouin lors du bombardement de 1944, la quatrième génération voit arriver au début des années 60 de nouveaux défis « Nous avons vécu une grande mutation dans ces années là avec l’arrivée de la grande distribution et l’évolution du commerce périphérique », raconte Philippe Bessec. « Mon père Georges et quelques autres commerçants indépendants, comme René Beaumanoir, décident alors de se regrouper pour élargir le champ d’action de leurs magasins de centre-ville. » Le résultat se concrétise en 1970 par l’ouverture du centre commercial « La découverte » à Saint-Malo, regroupant 25 commerces.

 « En 20 ans le nombre de magasins Bessec a doublé »

Un développement régional pour un commerce « de proximité »

La cinquième génération représentée par Philippe Bessec et son frère Bruno œuvre à donner une image résolument régionale à l’enseigne. « Nous nous sommes développés progressivement avec une implantation à Brest, puis Saint-Brieuc, Morlaix, Lannion, Lorient, Quimper… Si nous sommes résolument régional, nous avons également un point de vente au Havre ouvert par ma fille Marion », détaille Philippe Bessec. Toujours à l’avant-garde des tendances, les Bessec ont aussi l’idée de créer un nouveau concept de magasin, plus grand, en périphérie vendant des chaussures de moyenne gamme en semi-libre-service. L’enseigne « Chausser » voit le jour en 1981 et connait immédiatement le succès. C’est Bruno Bessec qui en prend la direction. En 20 ans le nombre de magasins de l’entreprise Bessec double pour arriver à une trentaine de points de vente en 2022.

La  6e génération Bessec
Fanny Bessec, aujourd’hui à la tête du groupe, est diplômée de l’ESSCA (École Supérieure des Sciences Commerciales d’Angers). Elle travaille depuis 17 ans dans l’entreprise familiale (de 2001 à 2013, la quitte pendant 4 ans, puis la réintègre en 2017). Les deux autres enfants de Philippe Bessec sont Marion Lemarchand, qui gère le magasin Bessec au Havre depuis 2020, et Nicolas Bessec, qui a travaillé 7 ans dans l’entreprise, notamment à la création du site de vente en ligne en 2012 et à la reprise des magasins rennais en 2015.

Gérer la mondialisation

Aujourd’hui l’enseigne Bessec travaille avec 200 fournisseurs et vend 150 marques. La fabrication des chaussures s’est réduite à peau de chagrin en France et l’entreprise a dû (encore une fois) s’adapter, tout en conservant ses critères d’exigences pour assembler des collections regroupant des pointures du 18 au 48. « Nous devons choisir avec nos critères le meilleur de chaque marque pour faire cet assemblage de collection », précise Philippe Bessec. « Notre boulot de professionnel de la chaussure c’est bien sûr de tester chaque produit acheté et de disséquer la manière dont la chaussure a été fabriquée, qu’elle soit de la meilleure qualité et le plus confortable possible. » Des produits principalement achetés en Europe « 2/3 de notre sourcing est européen. Ce qui ne l’est pas, ce sont les marques de sport qui ne sont pas fabriquées en Europe. Mais la problématique aujourd’hui c’est que même le Portugal, l’Italie ou encore l’Espagne sont dépendants de la Chine qui fournit semelles et lacets », précise Fanny Bessec.

« 2/3 de notre sourcing est européen »

Fanny Bessec prend la direction de Bessec après 17 ans passé dans l'entreprise

Fanny Bessec prend la direction de Bessec après 17 ans passés dans l’entreprise

À l’écoute du marché

Si la famille Bessec n’a pas failli depuis 160 ans, c’est certainement dû à son bon sens commerçant et sa faculté à s’ancrer dans la réalité de son temps. Fanny Bessec ne déroge pas à la règle avec son idée d’ouvrir un magasin laboratoire pour tester un marché qui bouge vite. « Nous avons ouvert Fiit By Bessec en 2008 parce que nous perdions la clientèle des 15-25 ans. Il nous manquait certaines marques de sport qui ne souhaitaient pas être vendues en magasins traditionnels et c’était l’époque où la mode des baskets montait. » Le magasin au concept orienté sneakers rencontre rapidement le succès escompté. Cependant, comme le souligne la nouvelle dirigeante de Bessec « l’avenir des sneakers shop est complexe, avec des marques comme Nike qui privilégient leurs propres canaux de distribution. À voir dans le temps comment le marché va s’adapter. » Aujourd’hui, Fiit By Bessec comptabilise deux magasins à Saint-Malo.

« cette saison nous répercutons une hausse moyenne de 7% sur nos prix »

Tenir la barre dans la tempête

Fanny Bessec a un objectif en tête, celui de pérenniser l’entreprise familiale dans un contexte économique complexe. « Le recrutement, c’est aujourd’hui un gros sujet pour nous. Nous ne sommes pas épargnés par les difficultés d’embauche. » Autre point de vigilance pour la dirigeante de Bessec, la loyauté des fournisseurs «Nous, nous sommes des fidèles, nous respectons nos partenariats. Si un fournisseur devient concurrent en vendant sa collection du moment à -40% sur un site de ventes privées, on voit rouge. » L’inflation impacte également les prix de vente du détaillant « Les prix sont conseillés par nos fournisseurs, et cette saison nous avons dû répercuter une hausse moyenne de 7%.»  Quant aux économies d’énergie, l’enseigne s’adapte pour réduire la facture au maximum. « Depuis deux ans, on se retrouve à faire un tas de paperasses qu’on n’avait jamais fait avant : chômage partiel, déclarations diverses pour obtenir des aides… Cela nous prend un temps qui est loin d’être négligeable pour une PME comme nous ! » Pour l’heure le gros dossier est le changement du système informatique de l’entreprise. « Nous sommes actuellement sur un grand chantier pour améliorer tout notre système informatique et fluidifier tous les process. Les clients veulent leurs produits le plus rapidement possible lorsqu’ils commandent en ligne. Idem en magasin, si la pointure n’est pas en stock, nous devons raccourcir au maximum le temps pour la réceptionner. Ce changement va nous permettre d’améliorer, entre autres, notre logistique et de proposer un parcours client sans couture ». Chez les Bessec, c’est clair depuis 160 ans, on sait « s’adapter, toujours s’adapter, encore s’adapter. »

DEUX questions à Fanny Bessec

Quelles sont les tendances aujourd’hui ?
« Les mocassins sont revenus en force qu’ils soient classiques chics où avec de grosses semelles sport. Les bottes sont un peu en recul au profit des boots dans tous les styles. Plus globalement après les deux ans ponctués de confinements que nous avons vécus, les gens ont envie de chaussures plutôt habillées. On constate un rééquilibrage même si en toile de fond on voit bien que le style décontracté est devenu la norme depuis plusieurs années. »

Et vous, quelle est votre chaussure préférée ?
Une belle botte cavalière !