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[ Dossier Élection bâtonnier barreau de Rennes ] Maîtres François-Xavier Gosselin et Vincent Lahalle candidats aux fonctions respectives de bâtonnier et vice-bâtonnier

Décor sobre, des lithographies anciennes aux murs, moulures aux plafonds. Le rendez-vous est pris aux premières heures de la journée dans ce cabinet de centre-ville, avant que les dossiers ne s’ouvrent à nouveau pour les deux avocats rennais.

Maîtres François-Xavier Gosselin et Vincent Lahalle, batonnier

Maîtres François-Xavier Gosselin et Vincent Lahalle ©DR

Décor sobre, des lithographies anciennes aux murs, moulures aux plafonds. Le rendez-vous est pris aux premières heures de la journée dans ce cabinet de centre-ville, avant que les dossiers ne s’ouvrent à nouveau pour les deux avocats rennais. Maître François-Xavier Gosselin, 57 ans, a prêté serment en 1988 à Rennes, il exerce une activité judiciaire, principalement orientée vers des affaires de responsabilité (civile, administrative, professionnelle, bancaire), mais aussi les préjudices corporels, le droit des assurances…Il est d’ailleurs président d’une amicale d’avocats d’un groupe d’assurance. Il a à son actif 2 mandats au Conseil de l’Ordre des avocats de Rennes, il fut également président du mouvement des Jeunes Avocats. « Je suis médiateur depuis quelques années, c’est une perspective que je souhaite impulser dans l’évolution des pratiques de l’avocat. »

Maître Lahalle, 55 ans, a prêté serment en 1990 à Rennes, commençant sa carrière au cabinet Druais, avant la création de LexCap en 2012. Il est spécialisé en droit public depuis 1998. Il compte 10 ans d’expérience au Conseil de l’Ordre des avocats de Rennes.

« Depuis près de 30 ans, nous avons tous les deux touché presque tous les domaines du droit ou spécialités de la profession. Et nous nous présentons à deux pour être suffisamment disponibles pour nos confrères, via une permanence déontologique notamment. Dans notre profession on se pose tous des questions, avoir le soutien, la disponibilité et la réactivité de son bâtonnier est important. »

1 – Votre regard sur la profession d’avocat, la place du barreau de Rennes ?

Le barreau de Rennes occupe une place éminente dans la cité, et rayonne sur toute la Cour d’appel. On y trouve une grande variété des modes d’exercice, du conseil au contentieux, ce qui est une qualité, signe de dynamisme et porté de surcroît par la formation permanente. Ce barreau n’échappe pas aux évolutions sociétales, technologiques, économiques, et il faut s’y adapter ensemble, fort de la jeunesse, de l’expérience et de l’enthousiasme qui le compose, des compétences individuelles et des actions collectives. Nous souhaitons renforcer la cohésion de ce barreau, qui au fil du temps s’est fortement développé, car nous allons dépasser le seuil des 1000 avocats inscrits début 2022.

2 – La profession est en mutation quelles sont vos propositions pour soutenir vos confrères ?

Il faut mettre la disponibilité, et l’écoute de nos consœurs et confrères, au cœur de l’action, pour répondre aux enjeux nationaux concernant la lutte contre le blanchiment ou le harcèlement par exemple. Le soutien viendra aussi par une réflexion commune pour porter un projet de crèche ou encore un service de remplacement afin de suppléer aux absences des parents.

La mutation de la profession, c’est aussi repenser son métier, alors que le législateur multiplie les pistes pour éviter les contentieux et la judiciarisation, avec des outils comme l’arbitrage et la médiation. Cela va encore évoluer avec les logiciels métiers. À ce titre nous souhaitons un audit de ces outils et des algorithmes prédictifs qui permettent d’anticiper les décisions de justice, il faut se prémunir d’une justice artificielle qui pourrait être dangereuse.

Être en prévention des risques cyber de nos cabinets est indispensable.

Nous pensons aussi à la mise en place d’une Agora Judiciaire pour permettre d’échanger lors de toute réforme majeure, avec la participation d’avocats, de magistrats, de greffiers, de juristes d’entreprises.

3 – Votre vision sur la formation, les collaborateurs, l’emploi dans les cabinets ?

C’est un enjeu fondamental. 10 % des jeunes , à l’issue de leur formation à l’école d’avocat, ne débutent pas leur exercice professionnel… ce renoncement pose question ! S’installer et poser sa plaque est complexe, et dans les cabinets, de jeunes avocats peuvent être non satisfaits de leur participation à l’activité. Le système pyramidal plus traditionnel a vécu, il faut inventer un modèle intermédiaire. Collaboration libérale, salariée, conditions d’exercices, perspective d’avenir et d’association, développement de spécialités : il faut une réflexion collective pour rebattre les cartes et penser à de nouveaux statuts (tel l’avocat of Counsel) avec cette notion de partage.

Nous pensons aussi mettre en place un système de tutorat en collaboration avec la faculté, pour sensibiliser à la diversité de nos matières et activités, et éviter la fuite des talents.

4 – Quid de la menace sur le secret professionnel ?

Le secret professionnel est au cœur du métier. Il ne s’agit en aucun cas d’une revendication corporatiste, mais de pouvoir recueillir des confidences de son client sans crainte. Si la Loi Confiance fait évoluer des textes, cela doit être limité pour ne pas entraver le rôle de l’avocat dans une société démocratique.

5 – Que pensez-vous de la transparence de la justice vis-à-vis du public ?

Permettre au citoyen de mieux comprendre l’institution judiciaire est une bonne chose. Mais pour que la liberté de parole soit totale, elle ne doit pas être soumise à une pression de communication ou de médiatisation. Nous sommes très partagés, filmer certains procès pourrait s’entendre, mais avec une ligne de démarcation nette aux dossiers concernant l’ordre public… Attention à ne pas tomber dans la téléréalité ! En revanche, pourquoi pas ouvrir plus tôt les archives de procès, est-ce nécessaire d’attendre de longues années pour consulter les archives de procès historiques ?

6 – Comment voyez-vous la nouvelle mission du bâtonnier, aujourd’hui autorisé à contrôler des lieux de privation de liberté, en prison et centre de rétention ?

C’est nécessaire, afin de garantir le respect de la dignité et des personnes. Mais la loi omet certains lieux comme lors d’hospitalisations d’office par exemple. Il faut œuvrer en concertation avec la conférence des bâtonniers et la CNB pour élargir ces contrôles.

7 – Si vous deviez choisir 3 priorités très concrètes sur le bâtonnat de Rennes ?

  • Donner la priorité aux consœurs et confrères, par le partage, l’échange, le soutien, et remettre la Maison de l’avocat au service quotidien de leurs besoins.
  • Accompagner la formation, soutenir l’innovation, l’adaptation aux enjeux technologiques, au développement de la cybersécurité, dans l’intérêt des avocats comme des clients.
  • Construire un écosystème avec la communauté judiciaire, afin d’améliorer le service au justiciable, et renforcer la contribution des avocats rennais au développement durable et harmonieux de la cité.

 

Le programme à retrouver ici