Couverture du journal du 16/04/2021 Consulter le journal

Entretien avec Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante » : « Il faut impulser la bienveillance en entreprise »

Si l’entreprise n’est pas un monde de bisounours, il n’en reste pas moins que l’engagement de ses salariés est fortement corrélé au plaisir qu’ils prennent au quotidien dans leur emploi. La bienveillance participerait de ce bien-être et serait selon Jean-Ange Lallican, fondateur de « France Solidaire et Bienveillante » un véritable levier de performance.

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante »

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante » © Studio Carlito

Pour Jean-Ange Lallican la bienveillance apporte un degré élevé de confiance entre les gens. Une confiance qui rendrait plus heureux et plus performant en entreprise. Mais concrètement comment faire de la bienveillance, qualité humaine propre à chacun, un outil au service du collectif ? Peut-on décréter ou imposer la bienveillance? Pour certains détracteurs, la notion est galvaudée et ne serait qu’un vernis, un simple effet de mode. Ce que réfute Jean-Ange Lallican qui, à travers son mouvement et le colloque OhHappyBreizh, œuvre à donner ses lettres de noblesse à une attitude qui améliorerait la performance des organisations, avec des salariés plus engagés.

La bienveillance, ça se construit, ça s’apprend

De la confiance, du respect et du feed-back

Ainsi pour le spécialiste du management bienveillant, il ne s’agit pas d’intégrer de la mièvrerie dans l’entreprise et encore moins du laxisme mais bien de conduire les individus à se sentir à l’aise et respectés pour travailler efficacement. « Être performant demande une certaine confiance en soi, ce que le monde de l’entreprise peut mettre parfois à rude épreuve. » Et la confiance en soi passe par le regard des autres, les mots que l’on reçoit. « Un manager bienveillant poussera le salarié dans ses domaines d’excellence et identifiera les blocages rencontrés sur certaines missions afin de proposer des solutions concrètes pour y remédier. Il apportera du feedback constructif, avec tact. On a besoin d’avoir des dirigeants et des managers présents qui sont véritablement en support de l’équipe. » Mais la bienveillance se heurte forcement au quotidien, aux émotions de chacun en fonction de ce qu’il vit « C’est pour cela qu’il faut un haut degré de confiance pour échanger. Si un employé est dans une situation personnelle complexe alors la bienveillance sera de lui apporter de la flexibilité, dans un esprit de réciprocité quand le problème sera réglé. Quant aux émotions, colères, insatisfactions, tout doit être exprimé dans le respect et la considération. Il ne s’agit pas non plus de ne plus aborder ce qui doit l’être. »

Être performant demande une certaine confiance en soi, ce que le monde de l’entreprise peut mettre parfois à rude épreuve.

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante »

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante » © Studio Carlito

Solidaires sur le terrain… pour une réussite collective

Jean-Ange Lallican préfère parler d’équipier plutôt que de collaborateur « car quand on se sent équipier, on se sent solidaire, autre mot qui touche à la bienveillance. Je transmets la bonne information au bon moment, je transmets les bons outils au bon endroit, on construit ensemble. Pour moi, la bienveillance est aujourd’hui le levier essentiel à la réussite d’une entreprise. Mais attention, pour qu’une équipe soit performante il faut des gens engagés. Il y a aussi dans l’entreprise ce qu’on pourrait nommer des saboteurs, qui ne font rien pour que cela fonctionne. Et bien la bienveillance c’est aussi savoir se séparer de personnes au comportement toxique pour les autres. »

Si la bienveillance peut aider à se sentir épanoui au quotidien grâce à des relations de confiance et une valorisation des missions effectuées, le salarié travaille quand même pour… un salaire. Jean-Ange Lallican préconise un plus grand recours à l’intéressement « avec ce mécanisme ou outil on reconnait que quelqu’un a fait l’effort suffisant, qu’il est méritant et a permis au collectif d’avoir de meilleurs résultats. »

Toutes les difficultés relationnelles sont source de pertes colossales de temps, donc de profits collectifs.

Une opération de communication ?

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante »

Jean-Ange Lallican de « France Solidaire et Bienveillante » © Studio Carlito

Si la notion est belle, le nombre de détracteurs reste élevé, critiquant une énième façon de se mettre en avant avec un mot creux voire de s’enfoncer dans le politiquement correct ou encore de bannir les individualités de chacun pour un mièvre consensus

« Plutôt que de condamner trop vite les démarches bienveillantes, en traitant négativement les porteurs de celles-ci de « bisounours », il serait intéressant de mesurer ce qu’elles apportent à la transformation de nos environnements. Je reconnais que certaines intentions conduites en entreprise comme l’installation de babyfoot et autres démarches « placébo » n’ont pas apporté à la crédibilité de la bienveillance en entreprise. Je ne parle pas non plus de bonheur au travail, car cette notion est trop liée aux perceptions individuelles. Pour autant, la bienveillance apportée au sein de l’entreprise favorise le mieux-être au travail, vous savez, ces attitudes et comportements qui apportent de meilleures relations et contribuent à un meilleur résultat individuel et collectif. Notre société et nos entreprises ont besoin de transformations plus humanisantes. Cela commence par une réinterrogation de nos pratiques. Certaines d’entre elles sont néfastes, en manque total de considération de l’autre, voire de mépris. »

France Solidaire et Bienveillante

Pour promouvoir la bienveillance en entreprise, Jean-Ange Lallican a décidé d’entrer en action, en fondant le mouvement France Solidaire et Bienveillante et en publiant des ouvrages sur le sujet.

« Dans mes différentes activités professionnelles, j’ai pu faire le constat que toutes les difficultés relationnelles sont source de pertes colossales de temps, donc de profits collectifs. Les entreprises soucieuses de leurs résultats et bénéfices seraient-elles inconscientes à ce point ? Je ne veux pas y croire et pourtant les accroissements de marge sont là, dans un meilleur relationnel, dans une meilleure écoute, dans une volonté authentique de travailler ensemble. Nous pouvons améliorer nos résultats par la bienveillance. Un salarié mieux traité, bien accompagné est bien plus productif. De nombreux ouvrages et études l’ont déjà démontré et il persiste encore une certaine surdité dans l’engagement d’actions sincères et authentiques. Le mouvement France Solidaire et Bienveillante a été pensé comme un Think Tank, un laboratoire d’idées, cercle de réflexions et d’actions pour ancrer la bienveillance au coeur des organisations.»

OHHAPPYBREIZH, le colloque bienveillant

Pour lancer le mouvement, Jean-Ange Lallican et l’association l’ANSAB, ont organisé le 1er colloque de la bienveillance « OhHappyBreizh » en novembre 2019 au Couvent des Jacobins. L’évènement a réuni 500 congressistes.

Crise du COVID oblige, un webinaire sur une journée s’est déroulé en distanciel le 12 mars dernier. La prochaine édition du colloque en présentiel est prévue le 17 septembre, toujours au couvent des Jacobins. Seront présents en têtes d’affiche Gaël Chatelain-Berry, auteur et créateur du Podcast « Happy Work » et deux autres personnalités, bientôt annoncées.

 

Jean-Ange Lallican est un conférencier professionnel du management, de la gestion des ressources humaines, de la bienveillance et de l’optimisme.

Doté d’une triple formation (Architecture, Ressources Humaines et Coaching), Jean-Ange Lallican a partagé sa vie professionnelle dans ces trois disciplines. Enseignant au sein de l’Institut d’Administration des Entreprises de Rennes et ancien président fondateur de la commission nationale « stress et qualité de vie au travail » de l’ANDRH, il consacre aujourd’hui ses engagements et ses travaux au mieux-être des salariés en entreprise. Il a publié L’Art de Déléguer, chez Dunod et prépare un ouvrage sur le management bienveillant et l’apprentissage de la bienveillance (Osons la bienveillance, soyons audacieux) coécrit avec Caroline Ruiller, chercheuse à l’université de Rennes 1.