Couverture du journal du 12/04/2024 Le nouveau magazine

Entretien avec Alban Ragani, président du Medef 56 : le pacte morbihannais 

Dans sa dernière année de mandat, Alban Ragani, président du Medef morbihannais, se confie sur son parcours personnel et professionnel, son bilan à la tête du syndicat patronal et sa vision du monde du travail. Il ne cesse de rappeler les vertus du dialogue, du volontarisme et du pragmatisme. Ce représentant des 400 entreprises adhérentes du Medef 56, chef d’une entreprise de sécurité de 650 salariés et boxeur à ses heures, affiche ses pensées sans langue de bois, faisant fi du politiquement correct.

©Sylvain Mainguy Photographe

« Je suis chef d’entreprise avant tout, je ne suis pas un syndicaliste de carrière, même si j’ai très vite adhéré au Medef », indique, d’emblée, Alban Ragani. Le ton est donné : direct ! Comme sur le ring, il n’économise pas les coups. Alban Ragani représente, depuis six ans, 400 entreprises morbihannaises, adhérentes du Medef 56, dont la puissante Union des industries métallurgiques (UIMM). Et son action semble être appréciée de tous puisque son mandat a été renouvelé depuis 2018. « C’est avec Alban, qu’on aimerait aller au combat, dit Philippe Guillou, secrétaire général du Medef 56. Il dit les choses aux élus et aux responsables et n’hésite jamais à affronter les situations, même les plus délicates. »

Sa société se lance à Lorient

À 48 ans, Alban Ragani va effectivement toujours de l’avant, sans jamais baisser la garde, en plus d’être un homme d’affaires averti. Né à Savigny-sur-Orge en région parisienne, il connaît une enfance « banlieusarde » modeste et parfois turbulente. La famille Ragani, soudée malgré les épreuves, avance la notion de travail comme échappatoire, vers un avenir où le frigidaire ne reste pas vide. À 28 ans, il obtient le premier gardiennage d’un supermarché dans la Drôme, puis un second en Isère. Il fait aussitôt équipe avec son frère, Cédric, pour faire marcher l’entreprise de sécurité privée naissante : en 1997, Securiteam est née. Quant les parents quittent la banlieue pour venir s’installer à Languidic (Morbihan), les deux frères les rejoignent et y installent le siège social de la société. Puis, ils remportent un important appel d’offres pour le gardiennage des hôpitaux de Lorient, avec 25 embauches à la clé.

Au début, les patrons me prenaient pour un chef d’entreprise low cost

Vice-président du syndicat des entreprises de sécurité (GES) avant le Medef

« Depuis, nous sommes devenus la première société de sécurité bretonne », dit Alban avec fierté. Tout en précisant aussitôt que « rien n’est encore gagné ». Aujourd’hui, l’entreprise familiale Securiteam, ce sont 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, 650 salariés à temps plein et un centre de formation qui prépare, chaque année, une centaine de jeunes à la sécurité privée. L’homme engagé dans sa société l’est aussi pour la Société. « Avant, la sécurité, c’était seulement une affaire de gros bras. Mais notre métier, c’est bien plus que ça et il a fallu se battre pour changer les choses, se souvient-il. C’est pour cela que je suis depuis longtemps vice-président de notre syndicat professionnel (GES). C’est la même chose pour le Medef : je n’étais pas candidat à la présidence mais il faut bien pousser les choses. »

Réunir les gens sans jamais les opposer

Joindre les actes à la parole

Les patrons l’apprécient car il « met les mains dans le cambouis » et sait se faire respecter. « Au début, quand je disais que j’avais une boîte de sécurité, les patrons me prenaient pour un chef d’entreprise low cost. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, se félicite-t-il, sans triomphalisme. Les membres du conseil d’administration ont voulu que je prenne la tête du Medef aussi parce que je suis jeune et que c’est meilleur pour la communication. Je ne suis pas naïf, j’ai mis à profit ma présidence pour réunir les gens sans jamais les opposer. » Il n’a d’ailleurs jamais hésité à joindre les actes à la parole. Quand la section CGT de la SBFM, actuelle Fonderie de Bretagne, fait une descente au siège du Medef 56, Alban va à leur rencontre mais prévient les gros bras de la metallurgie : « Je leur ai dit : « Je vous écoute mais pas de casse, sinon je saurais vous répondre de la même manière. » » Les ouvriers apprécient la franchise et finissent par exposer leurs revendications. Le patron du Medef a tenu parole en relayant leurs demandes auprès de Renault. Et les syndicats lui ont su gré d’avoir essayé.

Un fort ancrage territorial

Alban a de l’ambition mais elle n’est jamais démesurée. Quand on lui parle du poste de patron des patrons du Département, il souligne la portée concrète de son engagement. « Je ne me prends pas pour Patrick Martin, le président national du Medef. Mon rôle, dans le Morbihan, c’est de faire remonter les informations du terrain. Aux premiers rôles ensuite de prendre les décisions… » Et c’est sur ce point que le rôle des politiques l’agace : « Je n’aime pas les mouvements descendants. Nous n’avons pas besoin de préfets bis qui transmettent la parole du président de la République mais de députés qui nous écoutent et portent les projets de nos territoires. » Un ancrage territorial qui explique qu’il n’a pas de positionnement politique sinon, qu’il déteste les extrêmes : l’extrême droite qui « oppose », mais aussi les écologistes qui veulent « punir ».

Mon rôle dans le Morbihan, c’est de faire remonter les informations du terrain

Miser sur le potentiel lorientais

« Nous, on est tombé amoureux de notre territoire, on a développé l’entreprise et investi dans différentes affaires mais toujours avec l’idée d’apporter quelque chose en plus, même si c’est du business, explique-t-il. Je voyage pas mal en France et je trouve que la région de Lorient est la plus rayonnante de toutes. Lorient a tout le potentiel pour attirer des industries et relocaliser une part importante de la production partie à l’étranger. Il ne nous manque qu’un aéroport ! » Le mot fatidique est lâché. Depuis de nombreuses années, l’aéroport de Lorient fait l’objet d’un combat récurrent entre les compagnies aériennes, le propriétaire (la CCI) et les collectivités locales. « C’est mon seul combat, reconnaît le président du Medef. Il faut absolument un avion vers Lyon, sinon comment voulez-vous développer une Composite Valley et le Pôle course au large ? L’infrastructure existe, elle fonctionne, on a obtenu des contrôleurs (Afis), des compagnies aériennes veulent se positionner… Qu’est-ce qu’on attend ? »

Attirer les entreprises

Alban Ragani regrette le manque de soutien des politiques de premier plan pour ce projet. Localement, tous les acteurs semblent tirer dans le même sens. « Nous travaillons tous ensemble, c’est pour cela que l’on parle souvent d’un pacte morbihannais, se réjouit-il. C’est une vraie machine de guerre qui peut nous emmener très loin car nous voulons dessiner l’avenir du territoire ensemble ! » L’intérêt commun lui est cher. Au-delà des clivages, il considère que le Morbihan a déjà tous les atouts pour attirer les entreprises. Et ce n’est pas le genre à lâcher l’affaire. « On a déjà fait une partie du chemin avec la CCI 56 et le sous-préfet de Lorient pour remettre l’aéroport en ordre de marche. Et ce n’est pas fini, annonce-t-il. D’ici à la fin de mon mandat, j’espère bien faire aboutir ce dossier. »

 

D’ici à la fin de mon mandat, j’espère bien faire aboutir le dossier de l’aéroport.

Une économie de marché avec des défauts

Loin de l’image classique du Medef, l’extraction populaire d’Alban fait toute sa singularité. Il se nourrit de son expérience personnelle pour « agir en homme juste » tout en nuance. « Il ne faut pas oublier qu’au Medef, il y a bien sûr les entreprises du CAC 40 mais que 75 % des adhérents sont des PME. Mais je suis aussi fier, continue-t-il, qu’une entreprise française comme Total fasse 21 milliards de bénéfices. Même si, sur la redistribution de cette manne, il y a beaucoup de choses à dire. Personnellement, j’aimerais donner plus à tout le monde, mais nous sommes dans une économie de marché… » Il est néanmoins partisan de donner sa chance à tout le monde. Le patron du Medef applaudit donc la réforme de l’apprentissage. Titulaire d’un CAP de chauffagiste, il sait combien il faut « crocher » dans le travail et monter les échelons progressivement. Le chef du Medef a l’entreprise dans le sang. Mais à la fin de l’année, c’est décidé, il raccroche les gants.

 

78% de TPE/PME

Le Medef Morbihan ce sont plus de 400 entreprises adhérentes, dont 78% de TPE/PME de moins de 50 salariés. En plus des adhérents directs, le Medef 56 compte cinq syndicats professionnels (métallurgie, hôtellerie-restauration, bâtiment, banque et chimie), représentant 2 800 entreprises adhérentes, totalisant 48 000 salariés.

Créé en 1998, le Medef Bretagne représente aujourd’hui 20 000 entreprises (30 % de moins de onze salariés et 98 % de TPE ou des PME), employant 300 000 salariés via les quatre Medef départementaux, 19 branches professionnelles régionales adhérentes et quatre membres associés : EDF, Enedis, SNCF et La Poste.

Au niveau national, le Medef représente 123 000 entreprises (10 millions de salariés) dont 70% de PME/TPE de moins de 50 salariés.

BONUS :

La musique que vous avez en tête depuis ce matin ? L’amour de Slimane (futur représentant de la France à l’Eurovision).

Votre paysage préféré ? Lorient-La Base, parce que le site a évolué de manière exceptionnelle et qu’il est aujourd’hui envié partout dans le monde.

Un sport/un hobby ? La boxe anglaise, la vraie. Je suis d’ailleurs président du club de Lorient.

Votre défaut préféré ? Je suis têtu.

L’homme célèbre que vous admirez ? Bernard Tapie, pour ses réussites et les combats qu’il a menés.