Couverture du journal du 23/09/2022 Consulter le journal

Entretien avec Rémi Boscher, directeur de Batylab : la rénovation énergétique, c’est maintenant !

Particuliers, entreprises et collectivités publiques voient leurs budgets d’énergie grimper. À cette hausse des dépenses, se pose également la dépendance commerciale envers des pays dont nous ne partageons pas les valeurs, pour l’approvisionnement de gaz et pétrole. Ainsi que des considérations environnementales. S’impose alors le sujet crucial et si longtemps repoussé : l’essentielle rénovation énergétique de tout le bâti. Selon la formule consacrée « la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas ». Entretien avec Rémi Boscher le directeur de Batylab : le réseau des réseaux de la filière construction durable en Bretagne.

Rémi Boscher, directeur de Batylab

Rémi Boscher, directeur de Batylab ©Studio Carlito

7J Pouvez-vous présenter Batylab ?

L’entité existe depuis 10 ans, se nomme Batylab depuis 2019, et née de l’impulsion de la DREAL du Conseil Régional de Bretagne et de l’ADEME.

Batylab a vocation à devenir le réseau des réseaux de Bretagne sur ce vaste sujet qu’est le bâtiment durable. Nous nous adressons à tous les acteurs de la filière construction : architectes, ingénieurs d’étude, économistes de la construction, maîtres d’ouvrage comme les bailleurs sociaux et les promoteurs, les entreprises, les artisans, les industriels de la construction, les filières matériaux.

7J — C’est très large ! Et ce sont des acteurs de nature si différentes, se côtoient-ils naturellement ?

En effet, cela fait beaucoup d’acteurs. Nous on s’inscrit dans les interstices, on joue le rôle d’interface. Par exemple, depuis les années 70, il y avait une nuée d’initiatives militantes qui travaillaient les matériaux de construction biosourcés comme la paille, la terre, le bois, le chanvre…

Il y a aujourd’hui une convergence avec les professionnels conventionnels, ceux qui travaillent le parpaing ou le béton, si l’on veut caricaturer !

Ce pas l’un vers l’autre s’est imposé : les normes et réglementations sont de plus en plus orientées vers la construction durable. Ce sont des exigences très fortes : la RT RE2020, entrée en vigueur ce 1er janvier 2022, s’impose pour la construction des logements collectifs et maisons individuelles. Au-delà des exigences réglementaires, plusieurs démarches ou labels permettent de concevoir des bâtiments plus performants, à énergie positive ou passifs par exemple. À présent, il faut envisager plus largement l’impact environnemental d’un bâtiment sur tout son cycle de vie : de l’extraction des matières premières, sa phase d’usage, sa décontraction jusqu’à la réutilisation ou le recyclage des matériaux.

7J Ces exigences s’appliquent aussi au bâti ancien ?

Oui, les bâtiments existants doivent être rénovés pour atteindre à terme les mêmes performances énergétiques que ce que l’on fait en neuf. Et au-delà des normes et des obligations, c’est une démarche qui permet de réduire ses charges et d’apporter sa contribution aux enjeux environnementaux.

Il y a 3 volets pour repenser son habitat :

  • réduire sa consommation énergétique : c’est essentiel et c’est par l’isolation des murs, des combles, planchers, toit, etc.
  • s’équiper d’appareils de chauffage performants, moins consommateurs d’énergie.
  • utiliser des énergies aussi plus vertueuses : le bois est une alternative au gaz russe. Il y a de la ressource locale. On peut aussi installer du photovoltaïque et des pompes à chaleur.

7J La filière est-elle structurée en Bretagne, les professionnels formés, et en assez grand nombre pour engager cette « révolution énergétique » ?

Les professionnels sont formés, oui ! Mais en effet la filière construction manque de bras. Il y a un problème d’attractivité du bâtiment aujourd’hui. Mais cela peut changer, il faut communiquer sur ces métiers plus environnementaux : si empiler des parpaings n’est pas très glamour, faire de l’isolation en ouate de cellulose, travailler des matériaux plus nobles et vertueux est complètement dans les attentes de la jeunesse, pour laquelle le changement climatique et la protection de l’environnement est l’enjeu n°1.

7J Le contexte actuel est tendu pour la filière construction

En effet. Il y a une tension forte sur l’approvisionnement des matériaux, depuis l’épisode Covid. Les prix se sont envolés, et l’on a des problèmes de concurrence mondiale, les matériaux vont aux plus offrants, USA, Chine, etc. À cela s’ajoutent la guerre en Ukraine et l’approvisionnement Russe en énergie. Bref, tous les prix s’envolent, et il y a moins de matières premières. Il ne faut plus attendre pour lancer un vaste chantier de rénovation des bâtiments.

7J La maison bretonne, c’est majoritairement des maisons « Parpaing-Laine de verre ». Peut-on facilement les réhabiliter en maisons passives ?

Sur ce type de logement, c’est encore plus aisé que sur une maison en pierre. Et l’on peut être performant sur le plan thermique sans penser forcément chanvre ou laine de bois ! C’est assez facile : Isolation des murs et du toit, changer ses vitres et menuiseries, et soigner l’étanchéité à l’air. Le diagnostic est rapide. C’est onéreux, certes, mais c’est une baisse des charges, il faut faire ses comptes sur 10 ou 15 ans, c’est un retour sur investissement. C’est une action concrète et facile à mettre en œuvre, qui a aussi une incidence sur l’environnement et le climat, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et l’exploitation des énergies fossiles.

7J Vous dites que c’est onéreux, mais il y a des aides du gouvernement : MaPrimeRénov’, Coups de Pouce et autres Certificats d’Économies d’Énergie (CEE)….

Il existe des programmes d’aide, selon les orientations politiques et les arbitrages des dirigeants. Ces programmes d’aides à la rénovation changent régulièrement, et des truands profitent également parfois de ces dispositifs pour les transformer en arnaques, cela porte préjudice à la filière. Pourtant ce sont des leviers nécessaires, pour porter les investissements, le premier levier est toujours économique.

7J Plus de 70 % des Français annoncent prévoir des travaux en 2022, selon une enquête d’un site de mise en relation artisan-client. C’est bon signe, non ?

Alors, les gens sont souvent plus enclins à faire venir un artisan pour changer leur salle de bain que pour isoler leur logement ! On ose espérer que les préoccupations majeures vont s’orienter vers la rénovation énergétique.

460 M d’euros de travaux engagés en 2021 en Bretagne, via les dossiers MaPrimeRénov’

(source : Cellule Economique de Bretagne)

7J Quid des logements collectifs ?

Le principe d’isolation est le même, c’est la copropriété qui partage le coût. Quant aux logements sociaux, les bailleurs sont regardants aux dépenses d’énergie pour que les locataires ne ploient pas financièrement sous le coût des charges.

Nous accompagnons actuellement un projet nommé EnergieSprong en Bretagne, à destination de 2 000 logements sociaux, en collectif ou de maisons « en bande » mitoyennes. L’idée est de pré-industrialiser le concept pour alléger les coûts : on vient par exemple appliquer sur les murs un module préfabriqué comprenant une isolation intégrée et un revêtement en bardage. Même chose pour le toit, avec potentiellement du photovoltaïque intégré, et on installe une pompe à chaleur. Objectif : une énergie nette égale à 0, pendant au moins 30 ans. Un projet pilote a été mené à Ossé-Châteaugiron par Neotoa.

Il y a des réalisations dont on doit s’inspirer. Batylab est aussi un centre de ressources, nous effectuons des travaux d’enquête, de mesure, de restitution, pour donner à voir ce qui se fait en Bretagne. Plus nous serons nombreux dans ce réseau Batylab, plus nous serons forts ensemble dans cette transition.

Les questions bonus

Un livre ? Un des derniers lus, « S’adapter » de Clara Dupont-Monod. C’est un livre touchant, une belle écriture. Il y a de la poésie, c’est beau et émouvant.

Un film ? J’aime le cinéma, d’ailleurs je suis bénévole dans le cinéma associatif de ma commune. Mais je vais plutôt évoquer une mini-série que je viens de voir sur Arte : Foodie Love. Ça se passe à Barcelone, on suit deux personnages avec un fil conducteur autour de la gastronomie, c’est très sensuel !

Un resto à Rennes ? Ha ! J’aime le côté bistrot, alors je vais dire Chez Paul, on y trouve une cuisine gourmande et une belle ambiance. Je pense au bistrot Les Darons !

En musique ? J’aime aller à l’opéra de Rennes, pour le classique, mais aussi y découvrir des œuvres plus contemporaines. J’écoute de la musique du monde… j’ai été biberonné au Reggae ! Je pense aussi à la musique tzigane… Ho ! Par exemple, il faut découvrir le groupe Bratsch, c’est à pleurer !