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Entretien avec Richard Levionnois, président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine

Il termine en mai prochain son mandat de président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine, représentant les 328 confrères de ce territoire, répartis en 148 études. Ces 18 mois de présidence ont été très marqués par l’épisode Covid : son lot de télétravail et autres visio-rendez-vous…mais aussi cette opportunité à développer les outils numériques et distanciels. Richard Levionnois, 45 ans, sourire en étendard, optimisme à la boutonnière, y a vu au-delà des craintes la formidable capacité humaine à s’adapter. Il revient sur l’actualité de cette profession règlementée, son adaptation et ses évolutions. Et sur l’ouverture au mois d’avril de l’espace de coworking « WorkNot » à Rennes, à la Chambre des Notaires d’Ille-et-Vilaine.

Richard Levionnois, président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine

Richard Levionnois, président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine ©Studio Carlito

Vente immobilière, succession, contrat de mariage, donation, problème de copropriété, vente de fonds de commerce…«Le notaire est à tous les stades importants de la vie, pour acter des décisions fortes, familiales comme professionnelles. C’est un métier passionnant, proche des gens. Et très prenant ! »

L’histoire

Depuis que ce métier existe, la fonction a-t-elle vraiment évolué ?

Il faut remonter au 16e siècle en France, sous François 1er, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, pour trouver ce qui préfigure la profession de notaire : des actes devant être rédigés en français, dont la conservation est assurée, et l’existence consignée dans un répertoire. Mais des siècles auparavant, à Rome ou Athènes, des hommes s’occupaient déjà de ce rôle d’authentification des contrats au nom de l’État… « Et c’est vrai que sur le fond, le métier ne change pas, nous avons une mission d’État. En revanche le métier évolue beaucoup, avec l’usage d’ outils digitaux, de l’Intelligence Artificielle, et la révolution du télétravail ! »

Le digital au service des actes

« Nous utilisons l’acte électronique depuis 15 ans, mais au début de la crise covid l’authentification des actes à distance s’est accentuée. La Cour d’Appel de Rennes a été proactive et l’a facilitée pour les transactions immobilières. Depuis, la sécurité juridique est avérée pour tous les actes. L’acte authentique à distance permet de ne pas avoir à se déplacer lorsque l’on achète un bien, la transaction se conclut simplement depuis le bureau des notaires locaux.»

La chambre départementale a aussi lancé en 2019 le fonds Not.IT, un Fonds de dotation technologique, afin de développer des outils numériques pour les notaires, en partenariat avec des startups, entreprises, chercheurs et universitaires. « Je pense par exemple à une startup qui propose un logiciel de collecte, d’analyse, et de synthèse de nos documents, via l’IA – Intelligence Artificielle. C’est un gain de temps énorme pour l’instruction et la rédaction de dossiers, sur les origines de propriétés par exemple, pour lesquelles nous devons vérifier 30 ans de suivis, les servitudes, les hypothèques, etc. Ce traitement digital peut même éviter des erreurs, et permet au collaborateur de se concentrer sur les solutions juridiques ou fiscales, au lieu de passer 3h sur une synthèse de documents. »

C’est en cela que la profession évolue, et c’est une révolution ! L’ autre révolution étant le télétravail. « Aujourd’hui c’est passé dans les mœurs : à part l’accueil physique dans les études, collaborateurs comme notaires télétravaillent la moitié du temps. »

De 160 notaires en Ille-et-Vilaine fin 2013, nous sommes passés à 320 fin 2021

Deux fois plus de notaires en 7 ans

La Loi Croissance de 2016, mise en œuvre en 2017, a ouvert la liberté d’installation et d’ouverture de nouvelles études de notaires en France. «Nous étions 160 notaires en Ille-et-Vilaine quand je me suis installé à l’étude de Saint-Gilles fin 2013. Et fin 2021, 7 ans plus tard, nous sommes 328, cela a plus que doublé. Et tout le monde a du travail, il faut dire que nous sommes dans une période économique favorable. Cela a permis aussi à des confrères très compétents de s’installer et je remarque qu’il y a eu beaucoup d’ouvertures en première et deuxième couronne rennaise : on est passé à Saint-Grégoire d’une étude de notaire à 5 aujourd’hui par exemple. Bien sûr ce système de tirage au sort pour décider des installations est un peu…curieux, un arbitrage au mérite aurait été plus adéquat ! »

« Autre fait marquant, le regroupement d’études, des multi-offices de 10-12 personnes, qui permettent de faire face aux grandes structures, car la tendance est là. En parallèle les études de campagne souffrent un peu de cette concurrence, mais j’ai bon espoir avec les agences France Services qui se développent pour amener des services administratifs dans les campagnes : qu’il y aura besoin de notaires ! »

Une chambre unique interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Rennes est en discussion.

Renforcement d’une union bretonne des notaires

« Ce sera un chantier pour le ou la prochaine présidente des notaires d’Ille-et-Vilaine, et pour les autres Chambres de l’Ouest : nous engageons un travail d’union, pour faire émerger une instance plus représentative et plus forte au niveau national, tout en gardant des délégations territoriales, au plus proche de la profession. » 

Richard Levionnois, président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine

Richard Levionnois, président de la chambre des notaires d’Ille-et-Vilaine ©Studio Carlito

Le Conseil régional des notaires de la cour d’appel de Rennes couvre les cinq départements de la Bretagne historique, et regroupe donc les cinq compagnies de notaires (Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et Morbihan). Des 6 instances naîtrait une Chambre unique dite interdépartementale. Les échanges sur ce sujet ont déjà commencé et vont se poursuivre jusqu’au vote de principe fin 2022 dans chaque département.

« Jy suis favorable. Sur ces 5 départements, la profession est très unie, nous sommes 1500 notaires au total, et près de 5000 collaborateurs, le poids de nos décisions s’en trouverait renforcé au niveau national, sans mettre de côté la proximité locale qui nous est chère. »

WorkNot, en clair

En avril, au premier étage de la Chambre départementale des Notaires, proche de la cité judiciaire à Rennes, ouvre l’espace de co-working WorkNot. 180m2, 7 bureaux fermés, 2 espaces réunion, flambant neufs, et déjà pré-réservés pour les premières semaines.

« À l’origine du projet, nous pensions dédier cet espace exclusivement aux collaborateurs de notaires. Rédacteur, comptable, formaliste, négociateur, il y a de nombreux postes essentiels. Cela pouvait répondre à des problématiques d’emploi, dans les offices ruraux par exemple. Le salarié pouvant alors passer 3 jours à Rennes au Worknot et 2 jours à l’étude. Mais avec le télétravail, ce n’était plus aussi évident. Pour autant des espaces d’ échanges professionnels, hors du domicile, avec du lien social, sont toujours prisés. WorkNot s’est ainsi ouvert aux autres secteurs d’activités. »

Bonus perso

  • Un sport : « Alors oui, le sport c’est essentiel pour moi. Je cours, je dois m’inscrire au 45 km du Trail des trois chapelles de Bain sur J’ai fait trois jours sur le GR20 en Corse l’été passé, avec l’ascension du Mont Cinto (2706m). Mon rêve c’est la Diagonale de Fous à La Réunion, mais cela restera du domaine du rêve (rires). Quelle allure ? : Je fais du 5,15 au km environ… La course permet de se concentrer, de régler les problèmes aussi qui trottent dans la tête. »
  • Un livre : « Eh bien un livre sur le sport ! Oui c’est une passion que voulez-vous. Je pense à « Born to Run » de Christopher Mc Le narrateur est à la recherche des Tarahumaras, une tribu d’Indiens du Mexique, infatigables coureurs de fond, qui ont fait de la course à pied nus un mode de vie, c’est captivant. »
  • Musique : « Et oui, la musique dans les écouteurs, dès que je commence à m’ennuyer (rires). Du rock en tout cas, je pense à Led Zeppelin, Arcade Fire, Artic Monkeys… »
  • Un lieu : « Difficile de choisir : ce serait la Montagne parce que je m’y sens bien et que c’est tellement ressourçant ; la Bretagne pour son GR34 et le gout de la voile depuis un port d’attache à Saint-Briac ; Et la Corse parce que c’est un port d’adoption depuis l’enfance. »

https://www.notaires35.com/