Couverture du journal du 23/09/2022 Consulter le journal

Entretien avec Romain Lehoux, directeur général Groupe MARC et Jean-Francis Gagneraud, directeur général Groupe Gagneraud et président Groupe Marc

L’entreprise MARC SA fait partie des leaders des travaux publics et du bâtiment en Bretagne. Son spectre d’activités est large : de l’extraction de granulat et de granit dans 10 carrières, aux travaux sur les réseaux d’eau, d’assainissement, l’aménagement urbain, routier, ferroviaire, maritime, industriel… Basé à Pleurtuit, MARC regroupe 14 sociétés, emploie plus de 1 100 personnes et est implanté sur 46 sites dans l’Ouest de la France. Depuis les années deux mille, l’entreprise développe également une marque : Marc Environnement, comptant notamment 5 plateformes de recyclage de matériaux du bâtiment entre Rennes et Saint-Malo. Enfin, plus récemment, Marc a à son actif la plus grande centrale solaire de Bretagne, ouverte en octobre 2021 à Bruz-Pont Péan, sur une ancienne mine de plomb argentifère, avec la création de Marc Energie. Une véritable évolution des activités et métiers, où des maçons fin 19e sont devenus des constructeurs de centrales solaires au 21e siècle.

Romain Lehoux, directeur général Groupe MARC et Jean-Francis Gagneraud, directeur général Groupe Gagneraud et président Groupe Marc

Romain Lehoux, directeur général Groupe MARC et Jean-Francis Gagneraud, directeur général Groupe Gagneraud et président Groupe Marc ©Studio Carlito

Depuis son rachat en 1973, MARC est l’entité régionale d’un groupe bien plus grand encore : le Groupe Gagneraud, qui se situe dans le top 15 des entreprises de TP en France. « Nous sommes une entreprise indépendante et familiale : je représente la 6e génération des Gagneraud depuis que la société est née en 1880, » précise Jean-Francis Gagneraud, directeur général depuis 2017. François son père est encore le président du groupe, les actionnaires se comptent sur les doigts de la main : le père, Jean-Francis, et ses deux sœurs.

« Dès l’origine de l’entreprise il y a 140 ans dans la Creuse, on s’est attelé à la diversification des métiers. » Fin 19e les Gagneraud sont des maçons travaillant sur les ouvrages d’art des voix ferrées. Gagneraud père et fils prend vite son envol avec l’essor du rail, se diversifie, commence à exploiter des ballastières (carrières de pierres appelées ballast et utiles pour les chemins de fer), implante son siège à Paris dans les années 1920, développe encore le groupe dans de nouveaux secteurs d’activités : bâtiment, béton armé, construction industrielle et métallique, le maritime….

Depuis 140 ans, on s’est attelé à la diversification de nos métiers

« Ne jamais rester mono-métier, avoir le spectre le plus large possible d’activités, cela a toujours été important. Cela s’est fait notamment par de la croissance externe, et c’est ainsi que nous avons racheté l’entreprise MARC en 1973. Aujourd’hui la Bretagne représente un tiers de notre activité. Cette diversité, qui est dans notre ADN, se matérialise aujourd’hui encore par le portage et l’investissement vers les centrales solaires. »

La plus grande centrale solaire de Bretagne

« Mon grand-père avait racheté ces anciennes mines de plomb argentifères de Pont Péan en 1970, elles n’étaient plus exploitées depuis les années 30, » re-situe Jean-Francis.

« Ensuite il a fallu du temps, d’abord pour racheter toutes les parts de ce site de 20 ha. Puis il y avait plusieurs possibilités de réhabilitation, on aurait pu créer une ZA par exemple. En accord avec la commune on a porté le projet d’une centrale solaire. Ensuite il y a eu le moratoire du gouvernement sur les prix de l’électricité solaire: un prix divisé par trois, ce qui rendait l’amortissement de tout projet plus difficile. Bref ! Le projet est ressorti des cartons en 2018. »

Trois ans plus tard, et depuis septembre 2021, la plus grande centrale solaire de Bretagne à ce jour, produit des kilowatt-heures. « Avec plus de 38 000 panneaux photovoltaïques, c’est près de 17,7 GWh/ an d’électricité par an, ou 15,5 MWhc (en crête) : l’équivalent de la consommation annuelle de 5 000 foyers », précise Romain Lehoux le directeur général de Marc.

« Ce qui est intéressant, c’est que c’est l’équivalent de ce que nos 10 carrières bretonnes consomment en électricité à l’année. Nous sommes consommateurs d’énergie, mais à présent aussi créateurs d’énergie. »

10 millions d’euros d’investissement

Ce projet est porté par le groupe Marc propriétaire du terrain (qui détient 51 % des parts), la société IEL développeur d’énergies renouvelables basé à Saint-Brieuc (30 %), et la Société d’Économie Mixte Energ’iV, acteur public local des énergies renouvelables du syndicat SDE35 (19 %).

« Nous avons ouvert le financement de ce projet à la population des communes concernées, sur 10 % de l’investissement, soit 1 million d’euros. » Un financement participatif via Gwenneg et en moins de 15 jours quelque 200 souscripteurs ont abondé de billets allant de 500€ à 1 0000€, rémunérés à près de 5 %.

On pousse d’autres projets de centrales solaires en Vendée, Normandie et PACA, sur des friches industrielles à revaloriser.

« L’amortissement de notre investissement de 10 millions d’euros se fera sur 12 ans. Quant aux panneaux photovoltaïques, ils sont garantis par le constructeur comme opérationnels jusqu’à 85 % à 20 ans. Il faudra alors voir l’usure et le vieillissement des infrastructures, et se poser la question de continuer ou pas. »

L’anecdote : « Quand il y a eu le sable du Sahara dans le ciel breton, on estime l’abaissement ponctuel de production d’énergie solaire de cette centrale à 3 % »

Générer de l’acceptation

Pour financer cette centrale solaire, le groupe MARC n’avait pas besoin de faire une levée de fond citoyenne, le sens ici était d’impliquer la communauté.

« Générer de l’acceptation, c’est très important », insiste Romain Lehoux. « Que ce soit auprès des riverains, des élus, des associations environnementales… Nous y travaillons depuis longtemps, car nous avons 10 carrières en Bretagne. Il y a aujourd’hui des schémas de concertation qui n’existaient pas il y a 30 ans. »

Et pour vivre en bon voisinage, il faut se connaître. Certaines carrières verront leur autorisation d’exploitation renouvelée, pour d’autres, il faut envisager des reconversions des sites.

« Avec la fin de l’exploitation d’un gisement, une activité de recyclage de matériaux pourrait se développer par exemple. »

Marc Environnement c’est plus de 1 000 bennes de récupération des déchets de chantiers du BTP en Ille-et-Vilaine et Finistère, cinq plateformes de recyclage entre Rennes et Saint-Malo, et 9 millions d’euros de CA en 2021.

« Nous exploitons le sol, le granit, alors nous avons un regard sur notre impact. Historiquement, les TP c’est un secteur vertueux dans le réemploi des matériaux, in situ, directement sur le chantier pour des enrobés de route par exemple. Écologie et économie peuvent se rejoindre avec un peu de réflexion. »

Acquisitions et croissance

Le Groupe MARC a dépassé les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021 : 100 millions d’euros générés par MARC et 100 millions d’euros par les 14 autres sociétés. « C’est une croissance d’activité logique, une croissance organique de +10 % les cinq dernières années. Par ailleurs nous avons beaucoup de sollicitations de croissance externe : actuellement deux beaux dossiers sont en cours d’instruction, pour d’éventuelles acquisitions. Nous sommes ouverts aux activités qui ne seraient pas déjà nos métiers premiers. »

« Concernant le déploiement du solaire, un deuxième projet est à l’étude en Vendée, et l’on pousse d’autres idées en Normandie et PACA, sur des friches industrielles à revaloriser. Rien n’est abouti à ce jour. »

La discrétion de MARC & Gagneraud

« C’est vrai que nous ne sommes pas de grands communicants, nous nous concentrons sur notre travail ! Mais cela change, car pour attirer des talents et conserver ceux en place, il faut développer ce sentiment d’appartenance, une certaine fierté à travailler dans l’entreprise, locale, bien ancrée, avec cette notion de groupe familial. Il faut donc se rendre visible. On voit bien que la tendance n’est pas de faire carrière 40 ans dans la même société comme cela se faisait avant. Il y a du turn-over, de l’ordre de 15 %, ce qui veut dire recruter 200 personnes environ chaque année pour garder un effectif stable. »

« 2021 était une bonne année, fin 2021 la vision des carnets de commandes était encore bonne. Mais cela est devenu difficile avec l’augmentation des coûts de l’énergie, des matières premières, acier, bois … et du gasoil : en janvier et février à équi-kilomètre on estime à 250 000€ la dépense de gasoil supplémentaire du groupe MARC, et en mars environ 150 000€. De plus nous sommes rationnés, sur l’achat de carburant, et sur la fourniture de bitume (pour nos activités de production d’enrobé). La crainte est d’avoir à arbitrer certains arrêts de chantiers. »

Les questions bonus

déjeune-t-on ? Les deux hommes s’accordent sur les tables à partager dans ce secteur de la côte d’Émeraude, pas loin du siège du Groupe. « Ha ! Au Bistrot Le Poncel à Saint-Malo, au Restaurant La Rance à Pleurtuit et au Balafon à Dinard »

Où va -t-on prendre l’air ? « Ici la côte est belle, tout comme la Rance…. mais allons plutôt dans les monts d’Arrée à vélo ! »

Et côté musique ? « Nick Cave, Metallica…et U2 ! » pour Romain – qui pourrait encore suggérer toute une playlist – quant à Jean-Francis : « je dirai Ben Mazué, son concert à Rennes en mars était vraiment très bien. »