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Entretien avec Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc : le boom de la location de bateaux

De nombreux plaisanciers choisissent la formule de gestion-location pour financer le coût de leur bateau. Un programme malin pour amortir les frais d’entretien et bénéficier d’une place au port. Des bateaux qui se louent facilement, toute l’année. Éclairage avec Yannick Dufeutrelle, responsable de la société malouine Naviloc.

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc © Studio Carlito

Au port des Bas Sablons à Saint-Malo, 1 400 personnes sont sur liste d’attente pour obtenir un anneau sur un ponton. En moyenne, il faudra donc patienter 10 ans pour décrocher une place ! Cependant, il existe des solutions comme la gestion location de bateaux. En confiant son navire, le plus souvent un voilier, à un loueur, le propriétaire obtient une place, mais aussi un revenu lui permettant de payer ses frais d’entretien. Un concept idéal pour les plaisanciers n’utilisant qu’occasionnellement leur embarcation.

Le propriétaire peut couvrir les frais de son bateau grâce à la location

Si la flotte Naviloc, comprend quelques navires appartenant à la société, ce sont surtout des voiliers de propriétaires privés qui lui sont confiés en gestion. Les propriétaires s’assurent ainsi l’entretien et la rentabilité de leur bateau. Mais « Il ne faut pas espérer financer l’intégralité de son bateau par ce biais-là » souligne Yannick Dufeutrelle « Cela permet avant tout de couvrir les frais d’entretien. » Le propriétaire conserve ainsi 40 % des locations desquels il faudra déduire les différents frais d’entretien « Sur 50000 euros de chiffre d’affaires, après paiement des charges (place de port, entretien, assurance…), il reste environ 15000 euros au propriétaire ». La rentabilité du bateau dépend également du succès du modèle auprès de la clientèle « Pour l’anecdote, j’ai un catamaran dont le prix d’achat est de 450000 euros. Il rapporte autant qu’un voilier de 230000 euros. En fait tout dépend de la demande. » 

Les gens qui louent des bateaux ne sont pas nécessairement des voileux.

Des bateaux davantage pensés pour une utilisation « loisir »

Les bateaux qui connaissent un fort succès sont d’ailleurs des embarcations confortables et faciles à manœuvrer « 95 % des gens achètent un bateau considérant que c’est une résidence secondaire. Ce ne sont pas des fins connaisseurs de la mer », décrypte le responsable de Naviloc. Une tendance qui se retrouve chez les locataires « On a une évolution de la clientèle, les gens qui louent des bateaux ne sont pas nécessairement des voileux. D’ailleurs ils vont plutôt regarder s’il y a un micro-ondes et parler de terrasse au lieu de cockpit. Le marché ne va pas dans le sens maritime, mais plutôt dans une augmentation du confort. C’est comme ça… »

Naviloc

©HC-7J

70% de clientèle étrangère

« Nous travaillons toute l’année. Dès janvier nos bateaux sont loués par des groupes, des clubs de voile qui viennent s’entrainer, des CE, des associations, puis à partir d’avril par des particuliers. 70 % de notre clientèle est étrangère. Ils viennent d’Allemagne, de Pologne, de Hongrie, de Suisse… pour naviguer vers Chausey, les îles anglo-normandes ou encore l’Irlande. » Pour une semaine, les prix varient entre 900 et 3 000 euros en fonction du bateau. Naviloc dispose d’une flotte de 35 navires, majoritairement des voiliers, longs de 21 pieds (6 m) à 49 pieds (15 m). Et nul besoin de permis pour embarquer sur un voilier, ce qui peut paraitre étonnant voire inquiétant « Nous faisons très attention aux compétences des clients », précise Yannick Dufeutrelle. « Lorsqu’ils signent leur contrat de location, ils doivent nous fournir une déclaration sur l’honneur attestant de leur expérience maritime. Lors de la procédure de départ, nous constatons très vite si les personnes sont à même de naviguer grâce aux échanges poussés que nous avons avec elles. En 17 ans, je n’ai opposé que 3 refus de départ, pressentant qu’il y avait danger à partir sans être accompagné par un skipper. »

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc © Studio Carlito

« L’esprit locatif » se développe

« Les jeunes générations sont davantage consommatrices et préfèrent la location. » Mais au-delà de l’aspect écologique du partage de biens, il s’agirait pour Yannick Dufeutrelle d’un facteur davantage économique « On le voit ici, certaines personnes âgées n’arrivent pas à transmettre leur bateau à leurs enfants. C’est quand même un fil à la patte. Il faut être réaliste même un petit bateau revient à cher. Et pour les Parisiens, à quoi cela servirait-il d’acheter un bateau pour une semaine dans l’année? » C’est pour cela que la location se développe et à encore de très beaux jours devant elle.

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc

Yannick Dufeutrelle, responsable de Naviloc © Studio Carlito

Yannick Dufeutrelle, l’histoire d’une reconversion

Le responsable de Naviloc a débuté sa carrière… dans la finance ! Sales trader chez UBS, Yannick Dufeutrelle travaillait sur les dérivés listés avant de changer de braquet pour les dériveurs… Originaire de Calais, le marin rêvait depuis tout petit de travailler dans le secteur maritime. Alors quand on lui propose une mutation pour Londres, le déclic se fait. Il quitte son job et part avec femme et enfants sur la côte bretonne. Il réalise alors un stage de reconversion dans le nautisme comme agent de maintenance et des services dans les industries nautiques. Il est ensuite embauché chez Saint-Malo Nautique (devenu Naviloc en 2012) et devient responsable de la société en 2010.

Des prix qui s’envolent

« Ces derniers mois, les prix des bateaux ont explosé », constate Yannick Dufeutrelle. « Dernièrement je me suis renseigné sur le prix d’un bateau à moteur, un Cap Camara 12.5, pour un client. Eh bien à sa sortie en 2019, il était affiché à 370000 euros et cette année il est à 515000 ! Tout cela est lié à la demande, le manque de produits disponibles sur le marché, l’inflation, l’augmentation du prix des matériaux… notre secteur n’est pas épargné. Le Covid a également eu pour conséquence une augmentation des achats de bateaux. Certaines personnes qui partaient en vacances à l’étranger, ont modifié leurs habitudes et ont opté pour l’achat d’un bateau. » Les délais quant à eux ne cessent de s’allonger « J’ai commandé un Sun Odyssey de Jeanneau en juin 2021 et je ne l’ai toujours pas reçu. Sur certaines gammes de catamarans, on peut avoir des délais de 3 ans… D’ailleurs chaque fois que je mets un bateau de ma flotte en vente, il part quasiment dans la journée, sans négociation de prix. » Une clientèle dont le pouvoir d’achat « aurait augmenté ces dernières années », d’après le responsable de Naviloc.

Un bateau affiché à 370 000 euros en 2019 est aujourd’hui à 515 000 euros

La Route du Rhum ?

« Cela va être une grande fête comme à chaque édition. Tous nos voiliers sont déjà loués. Évidemment c’est une période très lucrative pour nous. Il y a quelques années, je me souviens avoir loué un petit bateau de 26 pieds pour 3500 euros la journée ! C’est rentable, mais aussi stressant, car les gens viennent faire la fête et il peut y avoir des dégradations… »

La location de nuitée à quai en tant qu’hébergement est interdite au port des Bas Sablons

Le questionnaire marin

Quel est votre Bateau préféré ? Chaque bateau à sa particularité, mais mon coup de cœur va au Nordic Folkboat, un bateau de 1941.

Un marin que vous admirez ? Moi (rire!) Plus sérieusement le navigateur Bernard Moitessier.

Une île qui vaut le détour ? LArchipel’  de Chausey. Ça change tout le temps ! C’est magnifique.

Un lieu de mouillage ? Le mouillage de Montmarin sur les bords de Rance. C’est un site superbe.

Peut-on louer et rester au ponton ?

« Il n’est pas question pour nous de faire de la location type Airbnb. La location de nuitée à quai en tant qu’hébergement est d’ailleurs interdite au port des Bas Sablons et c’est le cas dans de plus en plus de ports. Et de toute façon ce type de prestation n’aurait aucun intérêt pour nous. Le point noir de la location c’est le nettoyage de bateau, de plus le covid est passé par là, on ne trouve plus de personnel. Et puis si vous montez sur un bateau et que vous n’y connaissez rien, vous pouvez très vite dégrader le matériel. Nous louons des bateaux destinés à la navigation.»

Rouxel Marine

La société Naviloc a été rachetée en 2015 par le Groupe Rouxel Marine, acteur majeur du marché du nautisme en Bretagne Nord. Le groupe, fondé en 1976, est réparti sur les sites de Saint- Quay-Portrieux, Saint-Cast, Dinard et Saint-Malo et emploi une cinquantaine de personnes. Rouxel Marine est l’une des plus grosses concessions françaises des marques Jeanneau, Honda Marine et Suzuki Marine. À travers la société Naviloc, le groupe se positionne en acteur incontournable de la gestion location de bateaux en Bretagne Nord.