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Agro-industrie : les réactions à l’enquête de Nicolas Legendre

Journaliste au quotidien Le Monde, Nicolas Legendre publie en avril dernier "Silence dans les champs", une enquête sur le système agro-industriel en Bretagne, après 7 ans de travail et 300 entretiens. Réactions de quelques représentants du monde agricole et agroalimentaire, qui regrettent une vision « réductrice ».

©Romain Joly

Thierry Coué, président FRSEA Bretagne

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« La Bretagne ne peut être réduite à une seule vision. Alexis Gourvennec c’est un épisode. Nicolas Legendre nie une réalité plurielle qui dépend du territoire. Il dénonce le remembrement, mais cette réorganisation a permis aux exploitants de sortir du Moyen Âge. Il ne faut pas réinterpréter l’histoire avec les yeux d’aujourd’hui. Certes, il y a des échecs, il faut les reconnaître et apporter des améliorations. À la FNSEA, nous avons mis en place des cellules « Réagir » pour accompagner les agriculteurs en difficulté. Sur la supposée toute-puissance de la FNSEA : le syndicat est majoritaire, toutefois il existe d’autres syndicats et les gens sont libres d’y adhérer. C’est vrai que la question du renouvellement des agriculteurs se pose. Les jeunes ne veulent pas investir dans un outil qui les réduirait en esclavage et cherchent un équilibre entre vies professionnelle et personnelle. Comme les médecins. »

Marie Kieffer, déléguée générale ABEA

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« Il y a des déçus de l’agriculture, mais il ne faut pas en faire un modèle unique. Il y a 66 000 exploitants agricoles en Bretagne. 98% sont des TPE et des PME, il y a une myriade d’entreprises. Les modèles sont pluriels. Les petits bénéficient de structures logistiques des plus gros. Cela ne veut pas dire que tout est bien. Mais la Bretagne a la faculté à travailler en réseau. Les Bretons ont la tête dure, il y a parfois des échanges houleux, car ce sont des métiers difficiles, avec des structures capitalistiques souvent familiales. Cela peut être dévorant. »

Anne-Marie Quéméner, commissaire générale du SPACE

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« Donnons toutes ses chances à la jeune génération. C’est dans cet esprit qu’au Space, nous avons créé l’an dernier un espace dédié aux jeunes. Ils sont conscients des enjeux environnementaux et énergétiques, et il faut les soutenir dans cette démarche. Il n’existe pas de modèle unique, le paysage agricole est de plus en plus diversifié. Le monde agricole évolue constamment grâce à l’innovation. Il ne faut pas opposer le monde agricole au reste de la société. Sachons aussi répondre à la demande des responsables professionnels étrangers et notamment ceux des pays en voie de développement qui nous adressent très régulièrement ce message : « Nous avons besoin de vous ». »

Daniel Cueff, vice-président Mer & littoral à la Région Bretagne

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« Il faut de la nuance. L’enquête révèle l’existence de deux mondes opposés qui nourrissent une radicalité, empêchant la Bretagne de progresser. Des problèmes existent. Le modèle agricole intensif n’est plus viable, il est nécessaire d’opérer des changements. Nicolas Legendre parle d’omerta qui obligerait les gens à se conformer. Il existe pourtant une diversité de modèles et de nouvelles approches, ce qui constitue un mouvement très positif. La Bretagne ne se résume pas à un secteur agroalimentaire complotiste d’un côté et des écologistes aux solutions simplistes de l’autre. »

 

La réponse de Nicolas Legendre

« Le modèle agricole dominant se fonde sur des mythes et de la manipulation. Un tel niveau de déni me surprend. Je pensais que certains ouvriraient les yeux sur le fait que si les transitions n’ont pas été aussi vite que nécessaire, ce n’est pas uniquement à cause de lourdeurs techniques. Certains acteurs ont torpillé les initiatives.

Ce ne sont pas que des intérêts économiques. Si tel était le cas, ça serait presque plus simple. Cela relève de la croyance, de la foi. C’est toute une idéologie qui a été diffusée par les lycées agricoles, par la presse agricole, comme un tatouage mental, pas spécifiquement breton. Toute une génération, ou ses héritiers, a embrassé cette foi et est encore aux manettes. En outre, il n’y a pas d’horizon clair, sur la question des pesticides notamment. Il n’y a aucun projet stratégique. Les responsables sont tiraillés entre la bonne volonté de changer les pratiques et l’envie de nourrir la balance commerciale.

Ce sont ces éléments qui nourrissent le déni, malgré les données et les témoignages. Certains me reprochent la présence de témoignages anonymes. Mais dans le livre il y a de nombreux témoins nommés. Alain Glon qui dit qu’on a épuisé les terres et les hommes, ce n’est pas rien. Pourquoi les autres ont voulu rester anonymes ? Ils ont peur.

Et j’en reviens aux chiffres : la moyenne d’âge des agriculteurs est de 50 ans ; -25% de fermes entre 2010 et 2020 ; entre 1970 et aujourd’hui, la Bretagne est passée de 370 000 actifs agricoles à 60 000, le taux d’endettement ; le taux de suicide ; l’indicateur NODU qui montre que depuis les années 2000, l’utilisation des pesticides ne baisse pas, il y a même une hausse des dépenses pour ceux de synthèse ; la taille des exploitations ne cesse de croître. »

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