Couverture du journal du 23/07/2021 Consulter le journal

Mobilités : La révolution automobile en marche ?

La pandémie a provoqué un effondrement historique du marché automobile. Pour autant, ces véhicules demeurent indispensables à une très large majorité des Français. Quel regain est envisagé en 2021 ? Et quel avenir s’esquisse sous le signe de l’électrification ?

Photo de Jose Mueses provenant de Pexels

« La voiture, le divorce impossible ? »

C’est le titre de l’étude réalisée avec Harris Interactive, auprès de 10 000 personnes et dans 15 pays, et présentée mi-décembre 2020. Parmi ses enseignements, on note qu’au-delà de la crise qui frappe le secteur, l’automobile subit une forte pression sociétale : 56 % des Européens interrogés considèrent que la voiture occupe une place trop importante dans le monde actuel. 72 % trouvent légitimes les critiques à son égard lorsqu’il est question de pollution de l’air… 55 % avouent toutefois ne pouvoir se passer d’une voiture.

Baisse de 28 % des immatriculations en France en 2020, – 17 % au niveau mondial

Une décennie en or

Sur le long terme, passée la crise engendrée par le krach financier de 2008, le secteur a connu une « décennie d’or », rappelle Flavien Neuvy, avant que la situation ne commence à se dégrader en raison des évolutions réglementaires, puis de la pandémie. Sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire, l’Observatoire s’attend à un rebond du marché de l’ordre de 11 % cette année, mais « 2021 ne retrouvera pas les niveaux d’avant-crise ». En France, en 2021, le nombre d’immatriculations devrait atteindre 1,9 million, un niveau inférieur à celui que connaît en moyenne ce marché mature (2 millions). Et le niveau d’avant-crise ne devrait être regagné qu’en 2023.

Par ailleurs, l’impact de la crise ne doit pas masquer plusieurs autres tendances. À l’exception de l’année 2009, où les ventes ont été boostées par la prime à la casse mise en place par le gouvernement pour soutenir les constructeurs, on note une « érosion régulière des ventes aux ménages (…) Ils gardent de plus en plus longtemps leur véhicule. Les consommateurs se tournent plutôt vers le marché de l’occasion ». De fait, ce marché a très bien résisté durant la crise, avec une baisse limitée à – 4,6 % en 2020. Autre évolution importante, celle du mix énergétique des véhicules achetés, avec en 2020, « une accélération très forte des ventes de véhicules électriques (…). Tout le monde a été un peu surpris par l’ampleur du mouvement, qui s’est fait au détriment du diesel, et surtout de l’essence », relate Flavien Neuvy. Leur part de marché reste pour l’instant limitée à 2,8 %.

révolution automobile en marche ?

La voiture, un symbole

Derrière ces évolutions du marché, la perception de l’automobile dans la société évolue. Cela concerne essentiellement l’impact environnemental des véhicules, et sont globalement communes à l’Europe entière, même si en Allemagne et en France, pays de constructeurs automobiles, elles sont un peu plus pondérées. 64 % des Français sont d’accord avec les mesures de taxation des véhicules les plus polluants, et 46 % des Français (contre 56 % des Européens) considèrent que la voiture occupe une place trop importante dans le monde actuel. Dans un contexte où le débat public et les réglementations se conjuguent pour orienter les véhicules vers des modèles moins polluants, « l’image de la voiture s’est effritée. Longtemps, l’industrie automobile s’est appuyée sur la relation passionnelle avec la voiture. Mais celle-ci perd du terrain. Déjà, il y a dix ans, en Europe, elle a perdu son côté statutaire. Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, elle devient un objet très utilitaire », observe Flavien Neuvy.

Il reste un sujet sur lequel la voiture reste imbattable : celui de la liberté. Pour 9 Français sur dix, la voiture en est le symbole. Actuellement la voiture individuelle permet aussi d’éviter la promiscuité des transports en commun, devenant un refuge : 79 % des Français s’y sentent protégés de l’extérieur.

80 % de Français automobilistes

En dépit des critiques grandissantes, 65% des personnes en France disent qu’elles ne peuvent pas se passer de leur véhicule (contre 55 % des Européens).

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Une tendance en forte baisse puisqu’il y a quatre ans, ils étaient 80 %. Et les réponses à cette question varient fortement en fonction du lieu de résidence entre habitants des zones péri-urbaines ou rurales. Au total, « il y a 80% de Français automobilistes », pointe Flavien Neuvy, et pour une utilisation intensive, quotidienne à 85 % : pour aller au travail, faire ses courses, transporter ses enfants… Ainsi 35 % seulement des Français jugent qu’ils pourraient vivre sans voiture.

Essor des véhicules électriques et hybrides

Parmi les tendances déjà décelables, 63 % des Français sont favorables à une réduction de la place de la voiture dans les villes, et la crise a joué un rôle d’accélérateur de cette tendance. Les citadins se sont équipés de vélos électriques pour éviter les transports en commun, les municipalités ont instauré de nouvelles pistes cyclables, qui pourraient être pérennisées. Toutefois, les zones péri-urbaines demeurent à l’écart de ce changement. « Ce sont deux France qui ne se comprennent pas », pointe Flavien Neuvy.

L’électrification semble aussi faire partie de l’avenir de l’automobile, 67 % des Français considérant la voiture électrique comme une solution aux problèmes de réchauffement climatique. 17 % de ceux qui envisagent d’acheter une voiture dans les 12 prochains mois entendent la choisir électrique, mais ils ne sont que 13 % si l’on considère que les sondés français. L’hybride est au coude à coude avec l’essence (voir graphique). Les intentions d’achats de véhicules électriques sont « considérables », selon Flavien Neuvy, pour qui l’impact du bouche-à-oreille devrait favoriser leur développement. Il reste cependant des freins, en particulier, « les bornes de recharge encore en nombre insuffisant aux yeux des automobilistes », explique le responsable.