Couverture du journal du 27/11/2020 Consulter le journal

Galerie du carré d’art – Samuel Bollendorff Photographies : « contaminations »

Depuis sa création, la galerie du Carré d’Art à Chartres de Bretagne s’attache à promouvoir la photographie en mettant en avant sa richesse au travers de la diversité des thèmes et des formes d’expression. Photographie, matière à réflexion et à prise de conscience.

©D.R.

De l’ombre à la lumière

Pour la saison 2020-2021, le Carré d’Art a choisi d’appréhender le passage de l’ombre à la lumière en reprenant fort à propos la métaphore de la photographie argentique. Celle-ci, avant d’être révélée, doit passer par l’obscurité. Six photographes ont été retenus : Samuel Bollendorff, Stéphane Lavoué, Alexa Brunet, Juliette Agnel, Yvonne Kerdudo, Nolwenn Brod pour illustrer ce passage de l’ombre à la lumière.

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La photographie comme « outil de réflexion politique »

Samuel Bollendorff est le premier invité du Carré d’Art. Formé à l’École Louis Lumière où il a fait « ses gammes de technique et de pratiques photographiques », il a aiguisé son regard par des études d’histoire de l’art. Avant d’intégrer l’École des Beaux-Arts de Paris et de mesurer toute l’importance de la mise en forme dans ses réalisations.

Pionnier du documentaire interactif, il explore toutes les formes d’écritures audiovisuelles. Son travail photographique, ses films et ses installations nourrissent son questionnement sur l’image comme « outil de réflexion politique ».

Samuel Bollendorff a parcouru le monde pour recenser les cas de contamination : les populations sont aussi touchées que les paysages ! La faute en incombe à l’action dévastatrice de quelques grands groupes industriels qui opèrent en toute impunité. Samuel Bollendorff dresse un bien sombre constat : « J’ai fait le tour de la Terre en 2018. Cela ne prend que quelques heures tant elle est petite, fragile. Et où que mon regard se soit porté, il s’est perdu dans l’obscurité. Un fleuve mort sur 650 km, des poissons déformés, des forêts radioactives, des enfants qui naissent sans yeux, des mafieux qui trafiquent des déchets nucléaires, des déchets plastiques à la dérive au milieu d’un océan, devenus les premiers maillons d’une chaîne alimentaire dégénérée… Qu’avons-nous laissé faire ? » Question lancinante !

L’exposition « Contaminations » invite à une prise de conscience, à une réflexion sur les pollutions industrielles qui ont transformé pour des décennies, voire des siècles, des territoires, des paysages vierges en zones impropres au développement de la vie.

Contaminations du Rio Doce au Brésil à la forêt boréale d’Alberta au Canada

Samuel Bollendorff embrasse du regard d’immenses étendues souillées par les industries chimiques, minières, nucléaires : le fleuve du Rio Doce au Brésil, mort sur 650 km à la suite, en 2015, de la rupture d’un barrage qui a déversé des tonnes de boues toxiques ; les paysages forestiers de l’Alberta au Canada pollués par l’extraction à ciel ouvert des sables bitumineux… « Face à ces constats, les discours des compagnies pétrolières sont d’une cynique violence ». Ainsi, « les porte-paroles des compagnies pétrolières revendiquent une énergie verte à propos des sables bitumeux » alors qu’ils ont engendré une déforestation massive. Et cela pour exploiter la deuxième plus grande réserve pétrolière du monde. Quant aux pollueurs du Brésil, ils ne sont pas condamnés.

Les photographies de Samuel Bollendorff sont souvent prises grand angle, sous un jour gris et triste qui accentue la désolation de ces territoires sacrifiés. Samuel Bollendorff a rencontré les populations victimes de ces contaminations. Il montre les malformations des enfants à Dzerjinsk en Russie, évoque la montée en flèche des taux de cancer à Fukushima.

Pendant vingt ans, Samuel Bollendorff a travaillé sur des sujets de précarité : « longtemps j’ai imaginé que ces histoires n’étaient pas les miennes », confie-t-il. En photographiant la terre, en découvrant ces déchets partout, contaminant le sol, les eaux et les airs jusqu’en Arctique, il invite à réagir : « continuer, c’est être aveugle, ces histoires sont la nôtre. »