Couverture du journal du 03/02/2023 Le magazine de la semaine

Téléradiologie d’urgence : un centre de garde à Rennes

Créée en 2008 par cinq jeunes radiologues lyonnais, Imadis développe une offre innovante de radiologie d'urgence à distance. 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, des médecins radiologues se relaient dans des centres de garde pour interpréter en temps réel des examens radiologiques, scanners et IRM passés dans les services d'urgence. Chaque jour, 900 cas sont traités, 1000 les week-ends. À Rennes, un centre est en activité depuis août 2021.

Corentin Robert, est radiologue associé et référent du centre rennais

Corentin Robert, est radiologue associé et référent du centre rennais

Le centre de garde rennais est installé dans un vaste appartement près du Parlement de Bretagne. Il est géré par un « gouvernant » qui veille à la bonne tenue de l’endroit et au bien-être des 47 radiologues qui se relaient jour et nuit pour traiter les urgences. La salle des commandes est équipée de matériels dernière génération, coiffés de suspensions anti-bruit pour assurer une acoustique agréable. Une cuisine tout équipée et des chambres douillettes pour les phases de repos complètent les prestations. Bienvenue dans une nouvelle organisation de la médecine.

Télé-médecine ne veut pas dire télétravail

Imadis propose aux établissements de santé d’externaliser l’interprétation des résultats des examens radiologiques, particulièrement pendant la nuit et les week-ends. Des plages horaires difficiles à organiser avec un manque de personnel sur certains territoires. Corentin Robert, radiologue associé et référent du centre rennais, se réjouit de voir la société lyonnaise se développer sur la Bretagne. « Imadis permet aux radiologues d’assurer des gardes de manière très organisée avec un matériel de pointe dans un environnement propice, un cadre de travail agréable. Nous pouvons nous concentrer sans être interrompus. Pour ma part, je fais deux gardes de 12 heures par mois et deux demi-journées. Le point fort de cette organisation est le principe de centre de garde. Ce n’est pas de la télémédecine pratiquée en télétravail, seul chez soi, mais bien depuis une structure où l’on officie en équipe. Aujourd’hui, nous sommes une petite cinquantaine, tous en activité dans des établissements de santé ou en libéral. »

Les gardes sont assurées dans un endroit agréable, où les radiologues peuvent se reposer

Les gardes sont assurées dans un endroit agréable, où les radiologues peuvent se reposer

Moins de 16 minutes entre la réception des images et l’envoi du compte-rendu

Pour le patient, rien ne change. À son arrivée aux urgences, il est pris en charge par un médecin. Dans 40 % des cas, son état nécessite un examen d’imagerie médicale. Une demande est alors formulée par l’urgentiste sur le portail de téléradiologie d’Imadis. Un radiologue régulateur d’un centre de garde valide la demande avant d’établir un protocole de prise en charge. « Les images médicales nous parviennent en une à deux minutes. Les radiologues répartis sur les sept centres d’IMADIS vont traiter les différentes demandes. Nous sommes en moyenne sur un temps de prise en charge de 16 minutes, entre le moment où l’image est reçue et celui où le résultat est communiqué. Et pour les AVC, il s’agit de neuf minutes. De plus, nous échangeons avec les équipes sur site, médecins comme manipulateurs en radiologie, quelle que soit l’heure, comme si nous étions dans la pièce d’à côté, au sein même de l’établissement : c’est là toute la force du concept. »

De l’IA pour améliorer les diagnostics

IMADIS a investi ces dernières années dans des partenariats industriels permettant de placer les outils d’intelligence artificielle (IA) au cœur de la prise en charge des patients. Un partenariat est signé depuis 2021 avec Aidoc, société internationale développant des algorithmes d’IA, mais aussi depuis peu avec Gleamer, startup de la MedTech française. Aujourd’hui, cinq algorithmes sont opérationnels. « Une étude d’évaluation interne a montré que les algorithmes de détection d’hémorragie intra-crânienne et d’embolie pulmonaire permettaient de redresser le diagnostic respectivement dans 0,5 % et 1 % des cas. Cela peut paraître faible en valeur relative, mais avec près de 900 patients pris en charge tous les jours, il est clair que le gain individuel pour chaque patient est majeur. L’IA ne peut évidemment pas se substituer à l’interprétation du médecin, mais lui apporte un filet de sécurité supplémentaire. »

53 000 patients pris en charge par le centre rennais depuis son ouverture

Plus d’un an après son installation à Rennes, le bilan local est très positif. L’équipe des radiologues bretons a déjà pris en charge près de 53 000 patients de la région et en dehors de la région. « Le développement d’IMADIS en Bretagne nous permet d’avoir une empreinte locale et une proximité avec les établissements de santé partenaires, notamment le GHT ARMOR (Lannion, Guingamp, Paimpol, Saint-Brieuc), Sud Bretagne (Douarnenez, Pontivy, Quimperlé, Lorient, Ploërmel, Vannes) et tout récemment autour de Rennes, Dinan et Fougères. Cela permet également aux correspondants d’avoir affaire à des radiologues qui connaissent les circuits et les spécificités locales de prise en charge », souligne Corentin Robert.

Imadis a été fondée en 2008 par Alexandre Ben Cheikh, Nicolas Girouin, Charles Journé, Vincent Mougenot et Vivien Thomson. Alors médecins radiologues dans différents services des Hospices Civils de Lyon, tous ont fait le constat qu’une meilleure organisation de la radiologie d’urgence au service des patients est possible et souhaitable. Ils ont alors imaginé un service de radiologie d’urgence à distance doté d’une organisation inspirée du SAMU. Ils ont mis sur pied des centres de garde dans lesquels travaillent, en équipe, des médecins radiologues (350 à ce jour). IMADIS dispose aujourd’hui de sept centres de garde situés à Lyon, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Marseille, Rennes et Dijon.