Couverture du journal du 23/10/2020 Consulter le journal

Reprise encourageante dans le bâtiment

Entretien avec Xavier Champs président de la FBTP35, et Philippe Lelièvre, secrétaire général.
Si le secteur du bâtiment résiste globalement à la phase compliquée liée au Covid - carnets de commandes garnis et effectifs constants à ce jour dans les entreprises - la relance à long terme reste à confirmer. La FFB demande pour cela des mesures en faveur du logement neuf.

Xavier Champs président de la FBTP35, et Philippe Lelièvre, secrétaire général

Xavier Champs président de la FBTP35, et Philippe Lelièvre, secrétaire général

« Par rapport à d’autres secteurs, le bâtiment a bien résisté », indique Xavier Champs. « Pourtant, deux mois d’arrêt c’est 15 % de CA ou d’activités en moins, ce n’est pas rien. On peut dire que les entreprises ont actuellement entre 2 et 9 mois de visibilité sur leurs carnets de commandes. Deux mois pour les artisans seuls ou PME travaillant auprès des particuliers, 9 mois pour les entreprises de gros oeuvre. La situation doit toutefois beaucoup aux mesures d’urgence prises par le gouvernement. Une inquiétude reste sur logement neuf, absent du plan de relance. La suspension des délivrances de permis de construire en Ille-et-Vilaine pendant la période de confinement est importante : -11,8 % de délivrance de permis en Ille-et-Vilaine, entre fin juillet 2019 et fin juillet 2020… »

Prise de pouls des 1 300 entreprises adhérentes FBTP35

Réélu en juillet dernier à la tête de la FBTP35, pour un deuxième mandat allant jusqu’en 2023, Xavier Champs se veut optimiste sur l’avenir. « Pendant la période de confinement, les entreprises ont eu un besoin d’informations ciblées, triées, et actualisées. Les équipes de la FBTP35 ont été très réactives ». Pour Philippe Lelièvre le Secrétaire Général « nous n’avons pas eu d’échos d’entreprises en grandes difficultés. On a beaucoup apporté de conseils et de services, avec également un travail de représentativité et d’échanges avec l’Urssafet ProBTP… Aujourd’hui les échéances de charges arrivent, ensuite il y aura les débuts des remboursements PGE. Nous sommes référents pour tous besoins d’information. Notre rôle et notre légitimé se sont encore renforcés. » Xavier Champs : « Aujourd’hui pour relancer l’activité, on reprend les fondamentaux : se former et former les jeunes, se labelliser et monter en compétence dans les domaines vertueux de la RSE. » Philippe Lelièvre : « Nous avons embauché, avec le concours du conseil Régional et de la FRB, Raphaël Vasquez, référent en Ille-et-Vilaine et Côtes-d’Armor pour la FBTP sur l’emploi et les recrutements. Il fait l’interface avec les entreprises pour la Branche Bâtiment. Un Job Dating se tient notamment ce 29 septembre à la Maison du Bâtiment, en partenariat avec WeKer, Pôle Emploi, Keolis. »

Plan de relance : 6,7 milliards d’euros sur la rénovation énergétique

« On peut être satisfait de ce plan gouvernemental, qui permet d’accompagner la relance économique par la construction. 6,7 milliards d’euros sont mis sur la table pour deux ans, en aides complémentaires à la rénovation du bâti. » 

—> « Ce sont 4 milliards d’euros de soutien aux bâtiments publics, notamment 2 milliards d’euros pour les hôpitaux et Ehpad, mais aussi les universités, casernes, écoles, équipements sportifs… Des lieux où il y a un énorme travail de rénovation. Les EPCI vont pouvoir bénéficier de ces aides à l’investissement pour leurs projets déjà à maturité, mais aussi pour les projets qui étaient encore en réflexion, cela peut accélérer les décisions sur certains chantiers. Mais le planning est court pour bénéficier de fonds, des élus nous indiquent se positionner dès le prochain mois… Il faut inciter les nouveaux élus à prendre la mesure de ces incitations financières. On sort de la période électorale synonyme de coup de frein dans les décisions d’investissements des communes, et des suspensions des délivrances de permis de construire le temps du confinement… il faut rattraper ce retard.

Du côté des entreprises cela doit être bénéfique pour les carnets de commandes de 2021. »

—> 2 milliards d’euros pour MaPrimeRenov. « le dispositif est ouvert à tous les ménages, tous les logements privés, copropriétés et bailleurs privés compris ! Le budget est rehaussé de 2 milliards d’euros sur 2021 et 2022, pour financer des travaux lourds de rénovation. C’était une requête de longue date de la Fédération Française du Bâtiment. » 

—> « 500 millions d’euros d’aides à la réhabilitation du parc social. C’est un coup de pouce supplémentaire, aux dispositifs ANRU et Action Coeur de Ville, pour la rénovation thermique et la restructuration lourde. Les subventions seront octroyées aux organismes HLM, aux collectivités ou aux maîtres d’ouvrage d’insertion (associations, etc.) pour que le parc de logement social atteigne les standards les plus élevés de « bâtiments basse consommation ». —> 200 millions d’euros d’aides à la rénovation énergétique des bâtiments et locaux des PME, TPE et indépendants.

Le Neuf, PTZ, Pinel

« L’activité des entreprises du bâtiment c’est 50 % en neuf, 50 % en rénovation. Sur le neuf on a des craintes pour l’avenir. Alors que les projections indiquent d’ici 2040, l’arrivée de 500 000 nouveaux habitants en Bretagne, soit 11 000 chaque année en Ille- et-Vilaine et 2 000 par an à Rennes… les besoins sont importants. Il faut prolonger le Pinel au-delà de fin décembre 2021. De même pour le PTZ l’étendre sur tout le territoire, qu’il serve d’apport aux ménages voulant investir. »

Les salariés, intérimaires et apprentis

X.C. : « Il n’y a pas eu de casse sociale dans nos entreprises, on a maintenu les emplois en Ille-et-Vilaine (19 800 salariés), mais ce sont les intérimaires qui ont encore été la variable d’ajustement en cette période difficile. »

P.L. : « Quant à l’apprentissage, on peut se réjouir du taux positif d’accueil des jeunes dans nos CFA : +3 % en Bretagne, +4,3 % en Ille-et-Vilaine, avec 844 apprentis accueillis en cette rentrée au CFA de Saint-Grégoire. »

X.C. : « Il faut continuer à former, ne pas casser la dynamique de l’emploi pour assurer les chantiers demain. Et monter aussi en compétence dans les entreprises. Beaucoup d’entreprises du bâtiment sont engagées naturellement en RSE, il faut plus encore développer cette démarche : traitement des déchets, meilleure utilisation des énergies, nous sommes au coeur de ces mutations. »