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27e édition du festival Mythos : « Rendre le théâtre plus populaire »

Le festival Mythos revient pour une 27e édition du 5 au 14 avril 2024, à Rennes et dans sa métropole. Entre concerts et raconteurs d'histoire, la programmation est une nouvelle fois riche. Émilie Audren, programmatrice et cofondatrice de Mythos, rappelle l’essence même du festival : le théâtre. Entretien.

Emilie Audren ©Magali_R

Émilie Audren, programmatrice et cofondatrice du festival des arts de la parole Mythos, du 5 au 14 avril 2024, rappelle l’essence même de l’évènement : le théâtre.

©Mythos

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Comment s’annonce cette 27e édition ?

Émilie Audren. Cette nouvelle édition s’annonce belle du point de vue de la fréquentation : il ne reste qu’ 1/3 de la billetterie à faire, certains spectacles sont d’ailleurs déjà complets, notamment Black Label (David Bobé et JoeyStarr).

Qu’est ce qui est mis en avant cette année ?

EA. Nous ne travaillons jamais par thème. La programmation est d’ailleurs assez tardive, les thèmes se dessinent au fur et à mesure. Cette année, le festival présente trois grandes lignes principales : du théâtre qui donne envie d’aller au théâtre, accessible, collectif et jubilatoire ; du théâtre ouvert sur le monde, engagé et indispensable ; des formes hybrides entre théâtre, performances et musiques pour dire le monde autrement. Nous avons pas mal de représentations qui viennent d’ailleurs, même si je laisse une place très importante aux compagnies de la région.

« Aujourd’hui, le public est transgénérationnel »

Comment est composé le public ?

EA. Cela a beaucoup bougé avec les années. Quand nous avons monté le festival en 1996, nous étions étudiants et 90 % des spectateurs l’étaient aussi. Petit à petit, les choses se sont équilibrées car nous avons fait venir des têtes d’affiche, ce qui a attiré le grand public. Quand le festival a eu 18 ans, nous avions la sensation que le festival vieillissait avec nous, nous avons donc fait un gros travail en interne sur ce sujet-là, notamment au niveau de la musique et des groupes de théâtre invités. Aujourd’hui, le public est transgénérationnel, avec autant d’étudiants, que de familles, c’est une fierté.

Quel est aujourd’hui le coût d’un festival tel que Mythos ?

EA. Le modèle économique de Mythos tient dans le fait que toute la partie restauration-bar permet d’alimenter la partie théâtre, qui est forcément déficitaire. Ce qui me fait peur, c’est que d’année en année, nous puissions de moins en moins proposer de théâtre alors que c’est la base de notre festival. Nous avons connu une baisse significative des financements publics. Il y a quelques années, cela représentait 30 % du budget ; aujourd’hui, c’est seulement 12 %. Cette aide correspond à 280 000 euros, sur le budget total d’environ 2 millions d’euros.

Est-ce que les tarifs ont évolué ?

EA. Côté gastronomie (avec Les Toquées), volontairement, ce sont des menus assez accessibles, proposés par des chefs reconnus, voire étoilés. Nous diversifions aussi notre offre, il y a des sandwichs, également élaborés par des chefs, dont le prix est le même que pour un sandwich classique.

Sur la partie concert, nous avons un peu augmenté les pleins tarifs après l’inflation et la baisse proportionnelle des moyens publics, pour pouvoir maintenir les autres tarifs réduits, comme ceux pour les personnes disposant de la carte Sortir.

La partie théâtre est celle qui coûte le plus cher et est, par essence, déficitaire. Mais, sur cette partie-là, nous n’avons pas augmenté les tarifs. Volontairement, car c’est l’essence même de notre festival (25 euros en plein tarif).

« Nous ne sommes pas un festival « bobo » au Thabor, comme on peut souvent l’entendre »

« L’essence même du festival », c’est-à-dire ?

EA. L’idée, c’est vraiment de rendre le théâtre plus populaire. C’est pour cette raison que nous faisons en sorte qu’il y ait le moins de freins possible économiquement. Nous parlons souvent de public « empêchés » dans notre jargon : les personnes se disent que le théâtre n’est tout simplement pas pour elles. Ce que j’aime dans notre festival, c’est que les personnes qui n’y connaissent rien découvrent du théâtre contemporain et côtoient des personnes plus « habituées ».
À Mythos, je ne propose que des spectacles qui peuvent s’adresser à tout le monde, on ne s’interdit pas de rentrer dans les émotions fortes.

Vous êtes en lien avec d’autres structures de la métropole ?

EA. Historiquement, le festival n’a pas de lieu. Nous ne sommes pas un festival « bobo » au Thabor, comme on peut souvent l’entendre. Cela n’a pas de sens de faire un festival uniquement sur un seul lieu, l’idée est de fédérer plein d’énergies différentes. Nous fonctionnons par partenariats, notamment avec le TNB, le Liberté, l’Opéra, le théâtre de la Parcheminerie, le théâtre de la Paillette, la forêt de Liffré, la Péniche-Spectacle… C’est très éclectique.

Votre coup de cœur de cette édition ?

EA. L’Éclipse (12h15 le 09 avril et 19h le 10 avril, ndlr), du collectif Bajour, issu de l’école du TNB. Ce spectacle vient tout juste d’être créé, en février. Huit personnes au plateau vont incarner des adolescents qui se retrouvent dans une école d’art. Petit à petit, que l’on ait 14 ou 50 ans, on rentre dans la peau de ces adolescents. Ça danse, ça chante.