Couverture du journal du 12/04/2024 Le nouveau magazine

L’Inde, « ce n’est pas pour un primo exportateur »

Le World Trader Rennes - Bretagne accueillait un événement sur le thème "L’Inde : entreprendre au cœur de la diversité", organisé par les étudiants du master AIPME (Affaires internationales et PME) de l’Université de Rennes. L'occasion de réunir des entreprises venues témoigner de leur parcours d'export ou d'implantation dans le pays où 800 sociétés françaises sont déjà installées.

Christophe Cordès, Jean Calude Breton et, en visioconférence depuis l'Inde, Éric Fajole. ©SB_7Jours

Trésorerie, patience, négociations, administratif

Christophe Cordès, SGPI Consultants (Carnac, 56), accompagne les entreprises bretonnes à l’export en Asie. « Pour une PME, vendre en Inde, sans forcément une grosse part de marché, peut déjà s’avérer positif, encourage-t-il. Il est possible d’aborder le pays avec peu de moyens. Le produit doit être différenciant et il faut prévoir de la trésorerie car il y a de nombreux faux frais. Ne négligez pas la commande publique. »

Mais avertit : « Les Indiens sont de fins négociateurs, ils achètent bien, avec de très bons cahiers des charges. Ce n’est pas une destination pour un primo exportateur. Comptez cinq ans pour être bien positionnés. Le retour sur investissement peut nécessiter plusieurs réincarnations. »  Un appel à la patience réitéré par Éric Fajole, conseiller commercial Business France en Inde : « Certaines entreprises implantées depuis dix ans, ne sont toujours pas profitables, mais restent car elles croient au potentiel du pays. »

À son tour, Vivien Massot, directeur pour le marché indien chez Tac Economics, cabinet de recherche économique dont le siège est à Saint-Hilaire-des-Landes (35), livre ses conseils : « Le secteur des services est moins contraint que la production. Les entreprises de moins de 20 salariés ont également moins d’obligations, notamment en matière de couverture santé. En France, il n’est pas toujours aisé de naviguer dans les procédures administratives. En Inde, c’est une difficulté supplémentaire. Il faut bien se faire conseiller par un expert-comptable ou un avocat. Beaucoup de notifications, en matière fiscale particulièrement, paraissent régulièrement. « 

 » 2023 marque un changement « 

Éric Fajole déroule :  » Le marché indien n’avait pas bonne réputation auprès des PME ; elles sont nombreuses à s’être cassées les dents. Les complexités sont multiples, sanitaires par exemple et, dans certains secteurs, les droits de douane sont élevés. 2023 marque un changement. Les demandes spontanées d’entreprises françaises sur l’Inde sont croissantes. Cette année, une dizaine de PME ont ouvert une usine, une boutique ou un centre R&D, plutôt dans le Sud, plus dynamique. L’Inde est un marché où les entreprises françaises sont visibles ; pas uniquement sur le Rafale, mais aussi l’industrie et le retail. Un accord de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Inde est en négociation. Tout le monde espère qu’il puisse aboutir. » 

Un China +1 « timide »

Le gouvernement espère attirer de plus en plus d’investisseurs étrangers et attendait beaucoup de la diversification de la chaîne d’approvisionnement au profit de sites de production en dehors de la Chine, le phénomène China +1. L’agent de Bercy en Inde constate : « À ce stade, il y a eu quelques mouvements de grands donneurs d’ordre, en particulier dans les secteurs du textile et des semi-conducteurs, mais cela reste timide. Le hub industriel est un peu survendu. Les infrastructures ne sont pas au niveau chinois. »

« Devenir Indien de cœur et d’esprit »

En conclusion, les intervenants ont mentionné une dimension culturelle incontournable : « Pour faire du business en Inde, il faut vouloir comprendre ce que l’on n’arrive pas à comprendre », commente Jean-Claude Breton, ancien salarié de chez Total. « Le rapport au temps n’est le même, ajoute Christophe Cordès. Il faut devenir Indien de cœur et d’esprit ».

La Bretagne au Global Business Forum de la WTC Association à Bangalore

Le responsable du World trade Center Rennes Bretagne, Nicholas Beaty, a représenté la Bretagne lors du Global Business Forum de la World Trade Centers Association, qui se tenait début mars en Inde.

Nicholas Beaty ©SB_7Jours

Nicholas Beaty ©SB_7Jours

Après le Ghana l’an passé et avant Marseille en 2025, le réseau d’affaires internationales se retrouve à Bangalore, ville qui abrite un des plus gros WTC du monde. « Bangalore est la Silicon Valley indienne. De nombreux sièges asiatiques y sont implantés, tels que les sièges de Google et Microsoft, précise Nicholas Beaty. L’Inde est un pays pivot, au centre des relations internationales, bourré d’opportunités commerciales mais encore méconnu par les Français. » L’objectif de cette rencontre est de promouvoir les entreprises bretonnes, découvrir des opportunités et rencontrer la communauté francophone de Bangalore au Consulat Général de France.