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Opéra de Rennes : « Tisser du lien avec d’autres acteurs culturels »

Directeur de l’Opéra de Rennes depuis 2018, Matthieu Rietzler prône une approche de l’art lyrique ouverte sur le territoire, à travers de nombreux partenariats avec d’autres structures et évènements culturels, dernièrement les festivals Waterproof et Travelling. Mais aussi sur d’autres maisons et établissements dédiés au spectacle vivant, notamment via sa participation au collectif de production La Co[opéra]tive. Le dirigeant fait le point sur ces nombreux liens. Entretien.

Matthieu Rietzler, directeur de l'Opéra de Rennes ©Laurent Guizard

Matthieu Rietzler, directeur de l'Opéra de Rennes ©Laurent Guizard

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Matthieu Rietzler, directeur de l’Opéra de Rennes depuis 2018, évoque la diversité au sein de la structure et ses liens avec les autres acteurs culturels.

L’opéra a été en partenariat avec le festival Waterproof, notamment avec le spectacle Kamuyot, pouvez-vous présenter ce partenariat ?

Matthieu Rietzler. C’est l’idée d’un festival de territoire. Nous décidons, avec toutes les structures, de travailler ensemble pour donner un éclairage fort sur la question de la danse sur le pays de Rennes pendant une quinzaine de jours. Un festival co-porté par quatre structures : le Triangle, l’Opéra, Danse à tous les étages et L’intervalle à Noyal-sur-Vilaine, en lien avec une vingtaine de structures du territoire.

L’Opéra a-t-il d’autres partenariats avec d’autres évènements culturels ?

M. R. Nous avons énormément de partenariats, cela fait partie de l’ADN du projet que nous essayons de mettre en place. Bien sûr, notre mission est de produire des œuvres lyriques et de les partager avec le public, faire en sorte que les spectateurs et les artistes se rencontrent. Mais nous sommes très soucieux et impliqués sur toutes les formes aux frontières de l’Opéra, notamment les comédies musicales, la danse, les concerts… À chaque fois, nous le faisons avec beaucoup de partenaires du territoire. Par exemple, un ciné-travelling avec le festival qui se tient à l’Opéra (dans le cadre du festival Travelling) ; les Tombées de la nuit ; le festival Autres Mesures ; Mythos ; les Transmusicales… nous sommes en avec la plupart des acteurs culturels de Rennes.

L’opéra est en plain cœur de la ville, nous avons le souhait que ce soit une maison ouverte aux habitants, mais aussi à différentes formes artistiques, toujours en lien avec l’Opéra.

La diversité est l’un des enjeux de l’Opéra aujourd’hui ?

M. R. Sans aucun doute. Et surtout, nous pouvons entendre diversité dans plein de domaines, dans les esthétiques que nous présentons, dans les répertoires que l’on aborde (du baroque au contemporain), la diversité des langues, de propositions artistiques complices.

Je suis convaincu aussi que l’ouverture de la programmation crée une invitation à une diversité de spectateurs. Pour autant, nous devons rester une vraie maison d’Opéra qui propose des œuvres lyriques mais l’un n’exclut pas l’autre.

Une diversité qui résonne au-delà de Rennes. La Co[opéra]tive, qu’est-ce que c’est ?

M. R. Un regroupement de trois scènes lyriques, l’Opéra de Rennes, l’atelier lyrique de Tourcoing et le théâtre impérial de Compiègne et trois scènes du réseau pluridisciplinaire, la scène nationale de Sénart, celle de Besançon et le théâtre de Cornouaille, à Quimper. Tous les six, nous nous associons tous les ans pour produire un nouvel opéra en tournée en France dans plusieurs scènes. L’idée étant « si tu ne viens pas à l’opéra, l’opéra viendra à toi ».

Cette année, nous présentons Les ailes du désir, d’après le film de Wim Wenders, qui a été écrite par le compositeur Othman Louati. Cette production nous permet de faire des partenariats avec d’autres acteurs rennais, notamment l’Arvor, avec des scènes de marionnettes du territoire, un échange avec le master de médiation de l’université… Cela permet de tisser des liens.

Qui compose votre public aujourd’hui ? Comment l’attirer ?

M. R. La moyenne d’âge de la communauté d’acheteurs des places à l’Opéra est de 48 ans, quand celle de la population française est de 42 ans. Nous ne sommes pas du tout sur un public vieillissant, contrairement aux idées reçues. C’est un public représentatif de la jeunesse du territoire.

Nous avons fait le choix de ne plus proposer un modèle d’abonnement à l’Opéra, c’est-à-dire que si les personnes ne veulent venir qu’une seule fois, c’est tout à fait possible. L’idée était de simplifier les modalités d’accès. Nous sommes aussi ouverts l’été car c’est important que nous soyons disponibles quand le public a du temps.

Quelles sont les prochaines représentations de l’Opéra que vous conseillez ?

M. R. Les Ailes du désir. Autrement, en fin d’année, nous allons présenter Tosca, un des tubes de l’Opéra de Puccini, un spectacle sur écran, le 8 juin, dans le cadre de l’Olympiade culturelle Paris 2024. Pour l’occasion, nous allons transformer la place de l’Opéra en une grande « fan-zone ».

Que répondez-vous à ceux qui disent que l’Opéra, c’est pour les « vieux » ?

M. R. De venir et tester, tout simplement. Il y a peu d’endroits où nous avons l’occasion de vivre des émotions fortes, à côté de personnes inconnues, devant des artistes.